Bure: Ils résistent contre le projet d’enfouissement de déchets radioactifs, « la poubelle »

ENVIRONNEMENT Qui sont les opposants au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse) ? Que comptent-ils faire face aux menaces d’expulsions ? « 20 Minutes » est allé à leur rencontre…

Gilles Varela

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Strasbourg le 21 février 2017. Bure, dans le bois Lejuc occupé par les militants antinucléaire. Lancer le diaporama
Strasbourg le 21 février 2017. Bure, dans le bois Lejuc occupé par les militants antinucléaire. — G. Varela / 20 Minutes

De notre envoyé spécial à Bure (Meuse)

Il pleut, ils ont de la boue jusqu’aux genoux mais ils ont le sourire. Malgré une vingtaine de blessés légers lors de la manifestation qui a dégénéré samedi dernier, le mouvement se renforce chaque fois un peu plus, à chaque confrontation. Car, pour les opposants au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure, « il n’y a pas d’autre issue possible » que l’abandon du projet ANDRA.

Ils ont été étudiants, fonctionnaires, manutentionnaires… Autant de vies différentes et d’histoires cassées, et nombreux « sont les révoltés du système, un système auquel ils ne croient plus ». Ils affirment ne pas être des casseurs, mais « faire tomber les barrières, symboliquement. » La lutte n’est pas violente, elle est nécessaire, inévitable », affirme Lychen, presque la quarantaine. « Les débats sont focalisés sur ces barrières qui sont tombées à la fin de la manifestation. Mais il n’y a rien de violent, Il faut avoir une vision plus large, il y avait 400 personnes devant l’ANDRA qui étaient devant et qui ne repartaient pas. Symboliquement, c’était très fort et on nous parle de violences. »

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« On reparle de la faillite du nucléaire »

« Il ne faut pas être fataliste ou résigné, on peut construire un monde meilleur, un avenir hors du nucléaire. Les gens reparlent de la faillite du nucléaire et on essaye de nous vendre une poubelle pour les déchets. Il n’y a pas de réversibilité pour le nucléaire. Un autre monde est possible, ce n’est pas une fatalité, les choses peuvent changer, il ne faut pas être résigné », ajoute Jean.

Aussi, les opposants s’organisent, se structurent. Tous les corps de métiers sont les bienvenus, ils rêvent de voir naître une autre économie. Ils espèrent faire un marché, cultivent quelques hectares de terres et veulent être autonomes. « L’espoir renaît dans le village, il peut y avoir un autre avenir, pour l’instant ce n’est qu’un projet et un laboratoire. Certains pensent qu’il y a déjà des "colis", que c’est inéluctable, mais non, ce n’est qu’un projet et il faut se battre contre, il faut en parler », confie Jean. Depuis des mois, ils occupent le bois Lejuc. Un bois qui est devenu le symbole de leur mobilisation car c’est un site retenu pour l’installation des cheminées d’aération de galeries souterraines. Quelques cabanes dispersées, des tentes, le squelette d’un mur d’enceinte qui a été détruit et des gens de passages, souvent mouillés mais motivés, se croisent, échangent quelques mots. D’autres repartent vers nulle part et la forêt, barricadée, replonge dans le silence.

« Les barricades de papiers »

Vers une nouvelle ZAD ? « Rien à voir, ce n’est pas que nous sommes contre cette appellation mais elle est inappropriée à la situation. Ici, il y a 220 hectares à protéger », explique Jean, un trentenaire qui est là depuis plusieurs mois. « De plus en plus de personnes nous rejoignent ou nous soutiennent. Et ce ne sont pas les candidats à la présidentielle qui pourront nous aider. Les gens, ici ne croient plus, ils n’attendent rien d’eux, après des années de trahison », regrette-t-il.

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Les opposants occupent le bois Lejuc et ne craignent pas une expulsion qui pourrait être décidée mercredi. « Nous espérons que le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc se reconnaîtra comme incompétent, ce qui repoussera l’expulsion », confie Lychen. « Et en mai, il y a la nidification des oiseaux… Nous utiliserons tous les moyens judiciaires et administratifs possibles. C’est les barricades de papiers. Et puis dans le cas contraire nous reviendrons, encore et encore. »

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