Strasbourg: Des chercheurs avancent sur un vaccin contre la maladie de Lyme

SCIENCES Si la prise de conscience publique de la maladie de Lyme est récente, un groupe de chercheurs travaille dessus depuis des années à Strasbourg. D’abord destiné aux chiens, un projet de vaccin est en développement…

Bruno Poussard

— 

De la plus petite à plus grande, des tiques à l'état de larve, nymphe, et adulte. C'est au second stade qu'elles peuvent porter et transmettre la maladie.
De la plus petite à plus grande, des tiques à l'état de larve, nymphe, et adulte. C'est au second stade qu'elles peuvent porter et transmettre la maladie. — Laboratoire de recherche sur la borréliose de Lyme.

Largement médiatisée ces derniers mois, Lyme fait peur. Pourtant loin d’être nouvelle, la maladie transmise par les tiques Ixodes n’est pas encore parfaitement connue. « Les gens manquent d’information, ils ont besoin d’une meilleure connaissance et d’une prévention efficace, mais pas de psychose ! », estime le Professeur Benoît Jaulhac, devant la prise de conscience publique récente.

>> A lire aussi : Maladie de Lyme: «Il n'est plus temps de publier des rapports, mais d'agir».

Alors que le débat sur sa prise en charge fait rage en France, son groupe de biologistes (du CNR, centre national de référence des Borrelia) à la pointe sur le sujet, travaille entre autres à Strasbourg sur un projet vaccin. Pas encore sur l’homme, mais sur le chien. Un développement déjà considérable. Fin décembre, des premiers tests ont même été lancés.

Après deux brevets, les premières expériences lancées sur le chien

Médecin biologiste et directeur du CNR des Borrelia, Benoît Jaulhac ajoute : « On ne vient pas de découvrir les Borrelia [bactéries à l’origine de la maladie, ndlr] avec le plan [national de lutte contre] Lyme, ça fait plus de vingt ans que l’on travaille dessus et nous sommes la seule équipe de recherche en France à s’intéresser à ses mécanismes. »

>> A lire aussi : Le gouvernement s'engage à améliorer la lutte contre la maladie de Lyme

Des années de travail sur l’épidémiologie humaine (en cherchant à appréhender les modes de transmission de la maladie pour mieux y faire face) et les outils diagnostiques leur ont ainsi déjà permis  de déposer deux brevets. Aujourd’hui, un laboratoire vétérinaire allemand collabore avec eux. Il a lancé les premières expériences sur le chien. Premières observations attendues dans six mois.

« Si ça marche chez le chien, ça pourrait marcher chez beaucoup d’espèces »

« Mais ça reste fragile, on n’est pas sûr de trouver la bonne protéine candidate », nuance la pharmacienne Nathalie Boulanger, directrice du laboratoire de recherche universitaire sur la borréliose de Lyme.

Après avoir identifié (in vitro sur des cellules, puis dans la peau de souris) des protéines bactériennes précoces, essentielles à la transmission précoce de la bactérie, l’étape suivante consistera à créer des protéines (dites recombinantes), qui induiront des anticorps pour neutraliser les agents infectieux et ainsi protéger l’animal.

Une tique à l'état de nymphe photographiée en laboratoire à Strasbourg.
Une tique à l'état de nymphe photographiée en laboratoire à Strasbourg. - Laboratoire de recherche sur la borréliose de Lyme.

« Si tout va bien, le vaccin pour le chien pourra être développé entre cinq et dix ans, précise encore Benoît Jaulhac. Et si ça marche, ça pourrait marcher chez beaucoup d’espèces. » Et donc pourquoi pas sur l’homme, mais à plus long terme.

« C’est qu’entre ce que vous observez au laboratoire et ce qui se passe chez l’animal dans des conditions naturelles, la différence peut être grande », justifie Nathalie Boulanger. Externalisée pour des raisons logistiques, cette phase expérimentale leur est indispensable pour confirmer leurs observations faites chez la souris.

Développement, en parallèle, d’un nouveau test de diagnostic

En progressant sur la connaissance de la maladie et ses vecteurs, ce groupe multidisciplinaire de chercheurs (médecins, pharmaciens, biologistes et chimistes) avance aussi sur les méthodes de diagnostic, autour du développement d’un nouveau test. Conseils et formation des professionnels de la santé sur la maladie ne sont pas non plus oubliés.

>> A lire aussi : Maladie de Lyme: Une centaine de médecins dénoncent un «sous-diagnostic»

« C’est un ensemble, termine Nathalie Boulanger. La transmission, le rôle de la peau… il faut comprendre ces questions afin de développer les outils pour bloquer la maladie. » Pas seulement parce que la région est particulièrement touchée (c’est d’ailleurs loin d’être la seule), l’Alsace est avec ce groupe strasbourgeois à la pointe dans l’expertise et la recherche sur la borréliose de Lyme.

 

Un partenariat indispensable. Faute d’avoir une animalerie et le personnel nécessaire, les chercheurs strasbourgeois (répartis entre le CNR, l’équipe de recherche universitaire et une équipe du CNRS, l' IPHC de Cronenbourg) laissent un partenaire privé allemand mener la phase d’expérimentation sur le chien. C’est la cellule de valorisation de l’Université de Strasbourg (chargée de l’interface avec les industriels) qui a permis de monter ce partenariat.