Strasbourg : La première « salle de shoot » de province vient d’ouvrir

SANTE Après Paris, la salle de consommation à moindre risque vient d’ouvrir dans l’enceinte du Nouvel hôpital civil, une expérimentation sur six ans…

Gilles Varela
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La salle de consommation à moindre risque (salle de shoot). Strasbourg le 7 novembre 2016.
La salle de consommation à moindre risque (salle de shoot). Strasbourg le 7 novembre 2016. — G. Varela / 20 Minutes

Tout est prêt. Seringues, compresses, aiguilles, professionnels de santé aux petits soins, pas de doute les usagers de drogues sont les bienvenus dans la première salle de consommation à moindre risque établie en province et ouverte ce lundi. Logée dans une maison au cœur de l’hôpital civil, dirigée par l’association , Argos (le nom donné au lieu) se trouve au bout d’une petite allée, dont l’entrée quai Manachem-Taffel (près de l’entrée Pasteur) est dissociée du reste de l’hôpital et rappelle qu’une certaine discrétion est de mise, car le sujet est sensible. « Il   à Strasbourg. Il semble qu’il y ait eu une compréhension sur le fait d’aider, de soigner et le lieu, dans l’enceinte d’un hôpital avec un accès spécifique, a certainement contribué à son acceptation » a souligné le Maire Roland Ries, venu pour l’inauguration.

Pour quoi faire ?

L’objectif des professionnels de santé est d’aider, de soigner et de sortir les malades, si possible de leur addiction et d'« éviter d’ajouter du risque au risque », assure Roland Ries. Une porte d’entrée pour beaucoup d’entre eux vers les soins. Eviter la propagation lors des injections de maladies telle l’hépatite C dont 30 % des toxicomanes par injections seraient porteurs en Alsace où d’autres maladies, qui se soignent moins bien.

Pour cela, des infirmiers, des intervenants sociaux, des médecins, des psychologues vont se relayer tous les jours, fériés compris, de 13h à 19h. Si les personnes sont intéressées, elles pourront être suivies médicalement, être dirigées vers d’autres services, avoir un bilan de leur foie grâce à un Fibroscan, permettant rapidement s’il faut suivre ou pas un traitement efficace (dans 90 % des cas) pour l’hépatite C par exemple, ou encore remettre à jour leurs papiers sécu et autres… Une tâche difficile car il s’agit souvent de personnes échappant à toutes les statistiques, marginalisées, mais c’est là  : atteindre ceux que l’on ne voit jamais.

Comment ça se passe ?

Accueilli dans un espace lumineux et coloré, c’est un peu comme à la sécu. Il faut prendre un ticket et patienter dans une salle d’attente jusqu’à ce que son numéro s’affiche. Il peut ensuite se rendre à la salle de consommation où six postes d’injections, deux postes « de sniff » et une salle d’inhalation l’attendent. En ayant le choix « le toxicomane peut passer à une autre pratique moins dangereuse que l’injection, précise Danièle Bader, la directrice d’Ithaque. C’est une porte d’entrée vers les soins. » Mais attention, la personne toxicomane ne pourra utiliser que le matériel stérile qui est mis à sa disposition et il devra bien entendu venir avec sa drogue. Dans la salle, deux personnels médicaux veillent à ce que tout se passe bien. Ils sont spécialement formés pour intervenir rapidement en cas de problème. Puis le toxicomane a accès à une salle de repos.

Chaque « rotation » devant durer environ une trentaine de minutes. Une fois le lieu connu, la fréquentation journalière devrait tourner autour des 80 à 100 pasages. A noter, un médecin allemand sera présent une fois par semaine accueillir aussi des usagers allemands.

L’expérimentation va durer six ans et une première  sera donnée dans trois ans.