Strasbourg: Avec le festival O.Q.P, les quartiers populaires veulent s'occuper de la culture

CULTURES URBAINES Lancée lundi à Strasbourg, la première édition du festival O.Q.P a pour objectif, pendant dix jours, de prouver et parler du potentiel artistique de création des quartiers populaires...

Bruno Poussard

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Production de la Compagnie Mémoires vives, le spectacle Les raisons d'un retour au pays natal sera présentée en clôture du festival, le mercredi 12 et le jeudi 13 octobre.
Production de la Compagnie Mémoires vives, le spectacle Les raisons d'un retour au pays natal sera présentée en clôture du festival, le mercredi 12 et le jeudi 13 octobre. — Benjamin Piat

Le système D est parfois un formidable accélérateur de création. Les ingénieux réalisateurs parisiens du filmIls l’ont fait, où un jeune du quartier du Val-Fourré radié de pôle Emploi monte une liste électorale, ne diront pas le contraire. Présentée mardi dans le cadre du premier festival O.Q.P, la production trouve un écho particulier à Strasbourg.

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Parce qu’ici, certains acteurs des quartiers populaires sont bien décidés à se faire entendre. « On part d’un constat clair, de stigmates des discours insupportables sur des territoires et des personnes avec lesquelles on travaille tous les jours », regrette Yan Gilg des  Sons d’La Rue et de Mémoires vives, à l’origine du festival.

Le spectacle Usines est aussi une pièce chorégraphique de Mémoires vives, jouée ce vendredi 7 octobre à Vendenheim.
Le spectacle Usines est aussi une pièce chorégraphique de Mémoires vives, jouée ce vendredi 7 octobre à Vendenheim. - Abou Mouridi.

Montrer la richesse des cultures urbaines et interroger sur leur place

« Dans les quartiers, la création est riche, et ces mouvements artistiques sont en phase avec ce qu’il se passe vraiment dans le pays, en termes de vivre ensemble ou de multiculturalisme, insiste le responsable artistique. On a la volonté de (ré)occuper le terrain, les ondes, les médias, pour que le public vienne découvrir ce qu’il s’y passe. »

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Financé par le Commissariat général à l’égalité des territoires et la Fondation Abbé Pierre (pour un budget de 50.000 euros), le projet porté par la compagnie et l’association respectivement respectivement nées il y a plus de dix et vingt ans vise à interroger, en même temps, sur la place des cultures urbaines, ici et ailleurs.

Un lieu dédié et géré par les acteurs des quartiers souhaités

Depuis lundi, et jusqu’au jeudi 13 octobre sont ainsi prévues des tables rondes, des concerts, des représentations, des projections ou des soirées, entre le centre socioculturel de l’Elsau et l’espace culturel de Vendenheim. Hip-hop, DJing, théâtre, danse, le tout est en entrée libre (mais souvent sur réservation).

A travers le festival, les organisateurs souhaitent aussi parler de leurs projets, mais plus seulement sur des événements. Symbolique, l’interrogation autour d’un lieu dédié aux cultures urbaines et géré par les acteurs des quartiers de Strasbourg, revient souvent. « C’est là que les choses se réfléchissent au quotidien », justifie Yan Gilg.

Des racines locales pour l’Espace Django, pour toutes les cultures

« Pourquoi n’a-t-on pas, malgré 20 ans d’expérience, des identités culturelles fortes et de vrais talents, de site où nous pourrions tous nous associer pour développer et valoriser la création artistique d’ici ? », questionne cet artiste engagé, dont les projets de reprise du théâtre Hautepierre, de Django ou de l’Espace K n’ont jamais été retenus.

Les raisons d'un retour au pays natal raconte l'histoire de deux migrants bien motivés à traverser la Méditerranée.
Les raisons d'un retour au pays natal raconte l'histoire de deux migrants bien motivés à traverser la Méditerranée. - Benjamin Piat

Le tissu artistique ou associatif est riche dans les quartiers. Depuis janvier, la nouvelle équipe de l’Espace Django cherche notamment d’abord à s’implanter dans son quartier du Neuhof, en accueillant par exemple le  collège du Stockfeld en pleine création de son spectacle « histoire et mémoires des trois Neuhof », avec Mémoires vives justement.

« Les cultures urbaines pas toujours légitimées »

Même si elle ne se limite pas aux arts urbains, Django a la volonté d’accueillir des artistes émergents, en développant aussi des partenariats les plus larges possible. « Chaque concert a une première partie locale, et puis nous avons une pépinière et des résidences possibles pour les Strasbourgeois », liste notamment Pierre Chaput, le directeur.

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Il reconnaît aussi des carences : « Les cultures urbaines ne sont pas toujours légitimées, alors qu’elles permettent de toucher un autre public, et à un autre public de s’exprimer. Elles ont besoin de plus de place dans l’espace public ici, et le festival O.Q.P pourrait déjà être un de ces temps. » En attendant mieux, un jour ?

Malgré de bons rapports avec la mairie et son interlocuteur Mathieu Cahn, adjoint en charge des cultures urbaines, Yan Gilg prévient : « Si nos idées ne sont pas entendues, c’est peut-être parce qu’il faut qu’on les porte nous-mêmes au lieu de les présenter aux représentants politiques. » Jusqu’à s’y lancer, un jour ? La porte est ouverte.

Programme complet du premier festival O.Q.P sur sonsdlarue.fr ou cie-memoires-vives.org.