Sireli Bobo, une vieille star du rugby fidjien qui ne s'est pas perdue à Strasbourg

SPORT A bientôt 41 ans et une participation à la Coupe du monde derrière lui, l'ailier fidjien Sireli Bobo a signé pour trois ans à Strasbourg, preuve de la belle ambition du rugby alsacien...

Bruno Poussard
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Sireli Bobo a toujours une joie de vivre (et une expérience) qu'il aime véhiculer.
Sireli Bobo a toujours une joie de vivre (et une expérience) qu'il aime véhiculer. — B. Poussard / 20 Minutes.

Il y a quelque chose de déconcertant à écouter . Parce que, malgré ses 40 balais, tout paraît si simple. Comme à le voir gambader d’ailleurs, sur la pelouse  , en Fédérale 1 (troisième division). Et s’il n’a pas marqué contre Mâcon ce 2 octobre (22-15), le Fidjien n’a rien perdu.

Ni ses cannes et ses fabuleux démarrages, ni sa bonhomie. Même quand il ne dispose que de peu de ballons comme dimanche, l’ailier apporte à son équipe. En bonne humeur, en expérience et  à la même hauteur. C’est notamment pour ça que le Rugby club strasbourgeois (RCS) a été le chercher à Pau (Top 14).

Un appel en direct et au culot pour vendre le projet du RCS

Son engagement de trois ans cet été remonte au début de l’année 2016. Manager depuis trois saisons, Julien Chastanet veut alors frapper un grand coup. Auprès d’un de ses joueurs fidjiens, , il demande le 06 de l’ancien international fidjien ( ). Au culot.

« Je n’avais rien à perdre, et on avait projet qui tenait la route », commente l’ancien pilier. Celui d’un club , avec l’objectif d’atteindre à moyen terme le monde professionnel et la deuxième division. Ce dont l’ancien champion de France ne sait encore rien avant une visite de deux jours en mars.

La confiance de staff face à la méfiance du Top 14 devant son âge

« J’ai réalisé qu’il y avait une équipe ici, jamais je n’aurais pensé qu’il y avait du rugby si près de l’Allemagne, , également ex-finaliste de la Coupe d’Europe. Et pourtant, j’ai rapidement dit pourquoi pas. » Le challenge lui plaît. Comme la confiance de son staff à l’heure où le Top 14 le rabaisse désormais (un peu) à son grand âge.

« En fait, tous ne regardaient que ça, et plus mon physique et mon mental, regrette celui dont l’agent a seulement eu quelques brefs contacts à Bayonne. Pouvoir encore jouer à 40 ans n’est pas normal pour eux. Pourtant, tous les coaches  (Pau, Toulon, La Rochelle, Racing 92, Biarritz) savent à quel point j’en prends soin. »

Une forte communauté îlienne, en attendant sa famille

Toujours du genre à rallonger les séances, l’ailier aux grandes paluches a trouvé une forte communauté îlienne en Alsace. Avec lui, ils sont désormais cinq  et  . Comme une famille, en attendant que sa femme et ses trois garçons ne viennent s’installer dans son village d’Obershaeffolsheim. « Chaque jour off, on se retrouve pour prier et manger ensemble », décrit-il.

A l’exception du bon gros millier de passionnés présents en tribunes ce dimanche 2 octobre, ce mythique ailier fidjien passe encore (presque) inaperçu sur les bords du Rhin. Pourtant, depuis son débarquement,  participe largement à la reconnaissance de ce sport en Alsace, et sa connaissance dans le milieu de l’ovalie.

« Viser le maintien en Fédérale 1 est ennuyeux », alors l’objectif du monde pro

« Vous n’imaginez même pas à quel point on est désormais médiatisé, mesure Julien Chastanet. A l’intersaison, jamais autant de joueurs ne s’étaient proposés, on a reçu près de 50 CV, contre zéro il y a trois ans. Sireli y croit, alors, pourquoi les autres n’y croiraient pas ? C’est une chance énorme pour nous, avec la joie qu’il amène chaque jour. »


Outre , le budget en augmentation de 15 % par saison depuis trois ans - désormais porté à 1,9 million - illustre aussi la croissance du club aux 490 licenciés, un centre de formation (ainsi qu’une structure naissante pour les plus jeunes) et des ramifications dans le Grand Est, malgré une position isolée dans la France rugbystique.

Au-delà de la présence à ses côtés de l’impressionnant Fidjien, la cigogne qui joue la mascotte pourrait gagner bien vite en respect dans le futur. C’est l’ambition de tout un club. « L’an dernier, après notre titre de Fédérale 2, on a vu que viser le maintien, même en Fédérale 1, est ennuyeux », termine Julien Chastanet. Et à Strasbourg,  n’est pas venu pour s’ennuyer.