Strasbourg: Le jeu vidéo se met au service de la santé

SOCIETE Le concours Tango & Scan de l’agglomération strasbourgeoise a distingué des « serious game » en lien avec le secteur médical…

Alexia Ighirri

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Strasbourg: Quand le jeu vidéo se met au service de la santé (illustration
Strasbourg: Quand le jeu vidéo se met au service de la santé (illustration — Hème the game - Ludus académie

Il ne s’agit malheureusement pas d’avoir des codes de triche pour guérir plus vite que prévu. Mais le jeu vidéo s’est bel et bien fait une place dans le secteur médical. D’ailleurs, l’appel à projets de l’agglomération strasbourgeoise Tango & Scan a récemment distingué deux projets de « serious game » lié à la santé.

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Le premier, baptisé Hème the game et porté essentiellement par la société Perimethre et l’école strasbourgeoise Ludus Académie, traite de la douleur infantile, visant à rassurer les enfants avant ou après la prise de sang, mais aussi à accompagner leurs parents et les soignants.

Le second projet, Vipy contre Dark Tumor, de la société Method in the Madness et l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif (Ircad) notamment, propose un jeu destiné aux enfants atteints d’un cancer pour mieux comprendre l’utilité des thérapies.

Ils ont respectivement reçu une subvention de 3.900 euros et 20.000 euros pour mener ces projets à terme.

Pour s’évader et prendre contact

Si elle peut surprendre de prime abord, cette passerelle entre les jeux vidéo et la médecine s’explique aisément. « Quand on regarde un enfant, il aime beaucoup jouer. On le voit dans les services. Ça leur permet de s’évader dans la maladie », indique le professeur Luc Soler, directeur en recherche et développement à l’Ircad. Ancien gamer, c’est lui qui est allé chercher du soutien d’un concepteur de jeux vidéo.

En plus du divertissement, ces jeux permettent une prise de contact plus facile entre le praticien et son patient : « On peut plus facilement leur parler, poursuit le Pr Luc Soler. C’est un moyen d’aborder le patient sans parler de quelque chose de désagréable. C’est un très bon moyen d’approche. »

« Quelque chose d’utile »

Du côté des acteurs du jeu vidéo, on confirme la tendance. Stéphane Becker, l’un des fondateurs de Method in the Madness et du Hacking Health Camp qui donne naissance à plusieurs projets innovant en matière de santé, abonde : « Les “serious game” se développent et le médical y a une part non-négligeable. Alors oui, ça nous apporte du travail supplémentaire mais surtout ça donne du sens. On fait quelque chose d’utile ».

Ce qui n’est évidemment pas insignifiant : « Nos jeunes adorent ça. On ressent leur côté altruiste dès qu’on a un projet sur la santé », complète Jérôme Hatton, directeur de la Ludus académie qui compte 110 étudiants cette année.

Nouveau support de communication ?

D’après Stéphane Becker, ce type de jeux peut aussi être un support utile pour gommer la « grosse différence de compétences entre les médecins et leurs patients ».

Surtout lorsqu’il s’agit de bambins. « Ce qui est naturel pour un adulte ne l’est pas pour un enfant. Par exemple, il faut lui expliquer pourquoi on doit se déshabiller pour passer un examen, illustre Jérôme Hatton. Les professionnels manquent de temps et de moyens. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. Parfois on identifie mal qui, quand et comment expliquer. Ça reste de la pédagogie, on doit s’adapter au patient ».

Son école a déjà collaboré sur plusieurs supports en rapport avec le domaine médical, allant de la rééducation à la prévention du suicide, toujours avec un même objectif : « Apprendre en dédramatisant. Le but est de réduire la douleur et la peur. On a moins peur de ce qu’on connaît. »

Un mélange de genres qui porte ses fruits et qui rencontre « un vrai engouement des équipes médicales », assure le Pr Luc Soler. Mais elles devront encore attendre quelques mois pour pouvoir s’approprier ces nouveaux supports.