Alstom: Comment Belfort compte se battre pour maintenir l'activité sur son territoire

INDUSTRIE Après le coup de massue de l'annonce d'Alstom de sa volonté de transférer la majorité de ses activités du site de Belfort mercredi, salariés, syndicats et élus locaux comptent bien lutter...

Bruno Poussard

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Les salariés de l'usine Alstom de Belfort pourraient rapidement décider de se mettre en grève (archives)
Les salariés de l'usine Alstom de Belfort pourraient rapidement décider de se mettre en grève (archives) — M.LIBERT / 20 MINUTES

Plus qu’un choc. « Un coup de massue », « une trahison », « un avenir tout à coup assombri »… A Belfort, tout le monde a un peu de mal – comme Ségolène Royal – à comprendre la décision d’Alstom de transférer les historiques activités d’études et de fabrication vers Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, d’ici deux ans.

Décision « aberrante », annonce « avec légèreté »

Justifiée par une baisse des commandes par le constructeur ferroviaire mais jugée « aberrante » par les responsables syndicaux, l’annonce de la direction d’Alstom a du mal à passer. Le maire de Belfort Damien Meslot l’a appris par un coup de téléphone du directeur mercredi : « J’ai pourtant vu beaucoup de restructurations, mais jamais je ne l’avais entendu avec autant de légèreté. »

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S’il pensait possible un plan de préretraites devant la situation, jamais le premier magistrat n’a imaginé une telle option. « Pour nous, c’est une fermeture pure et simple (sur les 480 emplois, seuls 80 seraient conservés autour des activités de maintenance, ndlr), estime le délégué CFDT Olivier Kohler. Alors que la première motrice TGV a été conçue ici, dans deux ans tout sera fini… »

Colère et réaction plus qu’abattement et fatalisme

Salariés, délégués syndicaux et élus locaux ne décolèrent donc pas. A l’usine, le sujet est dans toutes les têtes depuis mercredi midi. « Nous sommes face à une grande incertitude, reprend Olivier Kohler. Sur ces deux ans à venir, les salariés se demandent comment réagir, comment se positionner, si on doit travailler ou pas… »

L’abattement a vite laissé place à la réaction. Surtout pas au fatalisme. Pour les syndicats, il s’agit maintenant de tout mettre en œuvre pour remettre en cause la décision : « On pense qu’il faut agir au niveau de la direction d’Alstom, ça fait partie des discussions qu’on veut avoir. » Grève, occupation, des actions pourraient rapidement s’organiser.

Grève, occupation, des actions à prévoir

Toujours dans le cadre de commandes à long cycle, les salariés travaillent notamment à Belfort sur des rames TGV. La construction de locomotives pour l’Azerbaïdjan devait également être lancée à l’automne, avant d’autres pour la Suisse. Mais l’avenir est flou. « La direction souhaite que ça débute, mais on verra comment les gens vont réagir… », embraye Olivier Kohler.

CDFT, CGT ou CFE-CGC, les syndicats sont en tout cas soutenus par les élus locaux de tous bords. Jusque dans leurs actions, tant qu’elles sont légales. « On veut reprendre la main, c’est un combat à mener tous ensemble, insiste le maire Damien Meslot. La pérennité du site avait pourtant été confirmée au préfet il y a encore quinze jours… »

Au siège d’Alstom, au ministère, les réunions obtenues par les élus

Egalement député, il est mobilisé à quasiment 100 % sur la question depuis 24 heures, afin de caler un certain nombre de rendez-vous. Pour défendre le « savoir-faire » local et « une des meilleures productivités » des usines Alstom, le planning s’annonce tout aussi chargé en début de semaine prochaine.

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« Avec mes collègues élus du territoire de Belfort, on sera reçu à Bercy par Christophe Sirugue (secrétaire d’Etat à l’Industrie) lundi à 17 heures, puis par le PDG d’Alstom Henry Poupart-Lafarge (lui-même reçu au ministère ce jeudi) mardi à 16 heures, et puis on organisera un conseil municipal exceptionnel mercredi à 20 heures », liste Damien Meslot. La lutte ne fait que commencer.