Alsace: Il n’y a plus de choux au pays de la choucroute

ECONOMIE Inondations, sécheresse, la production de choux à choucroute ne sera pas florissante cette année encore…

Gilles Varela

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Strasbourg le 05 03 2013. Cuisiner avec des ingrédients locaux. Feuilles de choux. Illustration
Strasbourg le 05 03 2013. Cuisiner avec des ingrédients locaux. Feuilles de choux. Illustration — G. VARELA \20 MINUTES

La récolte de choux à choucroute ne sera pas, pour la deuxième année consécutive, florissante. Une fois encore, les intempéries diverses viennent mettre à mal le dur labeur des producteurs de choux d’Alsace. Après la sécheresse 2015, ce sont les inondations qui mettent en péril la récolte 2016. Avec les pluies d’avril à juin, de nombreuses parcelles ont été inondées, totalement pour certaines, entraînant le pourrissement des premiers choux, l’arrivée de bactéries destructrices mais aussi en retardant le calendrier des plantations pour ceux qui ont eu la chance de garder la tête hors de l’eau.

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« Certains producteurs ont tout perdu »

« L’ensemble des pertes de productions devrait atteindre les 15 % à 20 %. Mais certains ont quasiment tout perdu » alerte Laurent Heitz, président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. C’est le cas de Rémy Goettelman, producteur à Meistratzheim qui affiche au moins 70 % de pertes : « Je ne vais pouvoir produire que 30 tonnes par hectare alors qu’habituellement nous approchons les 90 tonnes. Nous n’arriverons pas à tirer un seul salaire et nous ne couvrirons même pas les charges. L’eau a stagné trois fois sur mes parcelles depuis avril. Nous sommes la troisième génération de producteur de choux et ce n’est jamais arrivé, je n’ai jamais vu ça ».

Les producteurs ne pourront pas fournir les choucroutiers

« Nous espérons obtenir le label l’indication géographique protégée (IGP), nous attendons une décision d’ici la fin de l’année. Cela permettrait de protéger notre production mais aussi d’en tirer un plus de bénéfice, d’augmenter la production », espère Laurent Heitz. Les producteurs ne pourront pas fournir les choucroutiers comme prévu et le prix de la choucroute pourrait bien monter en flèche à l’avenir. Même si les prix de la tonne vendue aux choucroutiers part déjà du plus haut de l’année précédente déjà sinistrée et même un peu plus pour atteindre les 80 euros. Une situation d’autant plus inquiétante que l’Alsace est la plus grande productrice de choux à choucroute française avec 75 % de la production nationale, avec 700 hectares consacrés aux choux et que l’autre « concurrent », l’Aube, connaît les mêmes déboires météorologiques…

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Des indemnités, mais quand ?

Seul espoir pour de nombreux producteurs, les dossiers de demandes de calamité qui seront adressés à la Direction départementale des territoires (DDT). Mais ce ne sont que les balbutiements des discussions et il faudra attendre encore de longs mois avant qu’une éventuelle aide financière soit versée. « Pour l’instant, nous démarrons notre enquête, nous contactons les producteurs, analysons chaque situation, évaluons les pertes afin d’aider les producteurs à monter leur dossier, mais ce n’est que le début », explique Anaïs Claudel, conseillère à l’association Planète légumes détachée à la Chambre d’agriculture d’Alsace.

Après la pluie, la sécheresse

Et c’est à présent la sécheresse qui s’invite à la table des réjouissances. C’est bête comme choux mais les racines ayant trouvé à très faible profondeur de l’eau au printemps pour se développer sont courtes. Si la choucroute n’atteindra pas le prix du caviar, elle pourrait vite devenir rare.