Alsace: Et si la tortue remplaçait la cigogne comme symbole de la région

ANIMAUX Ce mardi, 40 tortues vont être lâchées dans le nord de l’Alsace. Ces cistudes d’Europe sont une espèce emblématique des zones humides rhénanes que le Bas-Rhin tente de restaurer…

Floréal Hernandez

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Une tortue cistude d'Europe avec sur sa carapace un enregistreur de comportement.
Une tortue cistude d'Europe avec sur sa carapace un enregistreur de comportement. — www.cnrs.fr / IPHC

Quarante tortues sont prêtes à coloniser le nord de l’Alsace. Ce mardi, Jean-Yves Georges, chargé de recherche au CNRS, va relâcher 40 cistudes d’Europe sur le site du Woerr, à Lauterbourg à quelques hectomètres de la frontière allemande. C’est la troisième fois depuis 2013 que ces petits reptiles à carapace sont invités à prendre leur aise dans cette zone à proximité du Rhin.

Des tortues qui se carapatent

La cistude d’Europe est « l’animal étendard », dixit le scientifique, du programme de restauration des milieux humides rhénans et de préservation de la biodiversité dans les environs de la Lauter initié par le conseil départemental du Bas-Rhin en 2009. « La preuve de la survie des cistudes [15 individus relâchés en 2013 et 22 en 2014], leur croissance et leur dispersion montrent que l’action de restauration sur ce milieu naturel est de qualité », souligne Jean-Yves Georges.

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Et les tortues ont l’air de se plaire à Lauterbourg. « Leur croissance et leur survie sont bien meilleures sur le site du Woerr qu’en élevage », indique le scientifique. La raison ? « La qualité de leur alimentation naturelle, souligne-t-il. On a des difficultés à reproduire ce qu’elles mangent. » A savoir : des larves, des mollusques et des crustacés.

Pas facile de repérer une cistude d'Europe dans son habitat naturel. Avec sa carapace couleur eau trouble, la tortue ne se distingue que quand elle prend le soleil.
Pas facile de repérer une cistude d'Europe dans son habitat naturel. Avec sa carapace couleur eau trouble, la tortue ne se distingue que quand elle prend le soleil. - F.LEPAGE/BNT/SIPA

Mais si la petite colonie de cistudes se plaît sur les rives de la Lauter, vous risquez d’avoir toutes les peines du monde à en observer une. Sa carapace longue de 20 cm est de la couleur de l’eau trouble. Pas facile donc de l’apercevoir quand l’animal est dans l’eau. « Le plus facile, c’est quand la tortue est sur un tronc pour emmagasiner de la chaleur », avance Jean-Yves Georges. Mais là, gaffe à ne pas faire de bruit ! « C’est un animal très craintif, prudent. A la première approche, il se carapate. »

Bientôt un crowdfunding pour parrainer une tortue

Alors pour les suivre, les scientifiques ont équipé les tortues des deux premiers lâchers d’enregistreurs de comportement avec un petit émetteur VHF. Ils ont suivi leur dispersion et savent la pression, la température ou la lumière pour chaque animal. L’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien qui porte le projet pour le CNRS et l’Université de Strasbourg va même cet été faire un crowdfunding pour offrir la possibilité de parrainer une tortue. « Ces fonds nous permettront notamment de soutenir financièrement la formation d’étudiants », indique Jean-Yves Georges.

Et le scientifique avertit les possesseurs de tortues : « Ne relâchez pas les vôtres dans la Lauter ! » En effet, les tortues généralement achetées en animalerie sont des tortues de Floride et celles-ci excluent les cistudes de leur milieu. Jean-Yves Georges incite ceux qui ne voudraient plus de leur reptile à carapace à contacter le département, le zoo de Mulhouse, la réserve naturelle de la Petite Camargue alsacienne ou le CNRS.