Strasbourg: Frotter sa bedaine à l'histoire, c'est à nouveau possible avec la colonne dite «Büchmesser»

PATRIMOINE La mise en place de la nouvelle colonne en grès rose située à l’angle de la rue Mercière et de la place de la Cathédrale, dite la colonne Büchmesser, « le mesureur de ventre », est sur le point de s’achever…

Gilles Varela

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Fabien Michel, architecte du patrimoine, devant la colonne Buchmesser. Strasbourg le 23 février 2016.
Fabien Michel, architecte du patrimoine, devant la colonne Buchmesser. Strasbourg le 23 février 2016. — G. Varela / 20 Minutes

Comment savoir, après un bon repas, si votre ventre ne dépasse pas les 35 centimètres tout en vous baladant dans le centre historique de Strasbourg ? C’est à nouveau possible avec la restauration de la colonne dite « Büchmesser », le « mesureur de ventre ».

Située à l’angle de la rue Mercière, au pied de la cathédrale, la colonne de grès rose datant de 1567 tire son nom d’une vieille tradition remontant déjà au XIVe siècle, où les membres du conseil de la ville l’utilisaient comme gabarit pour mesurer leur embonpoint. S’ils ne parvenaient pas à se glisser de profil dans l’espace entre la colonne et le mur de la maison qui abritait dès 1268 la pharmacie du Cerf, un régime s’imposait.

Des restaurations hasardeuses

Mais avec les années et les nombreuses restaurations plus hasardeuses les unes que les autres, la pierre de la colonne a fini par disparaître sous des couches d’enduits ou de peintures. « Une saignée a même été faite tout du long pour y faire passer un tuyau d’alimentation en gaz pour les luminaires, fin du XIXe, effaçant au passage probablement le dernier chiffre de la date de sa construction, explique l’architecte du patrimoine, Fabien Michel. C’est un élément emblématique de Strasbourg, cela ne pouvait pas rester en l’état. Il a été reproduit le plus fidèlement possible à l’original, que nous avons déposé et qui sera présenté plus tard dans l’un des musées de la ville. Le passage conserve ses 35 centimètres et nous avons découvert sous l’enduit les vestiges de trois bagues décoratives et des traces de moulures qui ont été retaillées à l’identique. Le socle est à huit faces, comme un autre datant de la même époque et situé rue de l’Ail. »

 

Olivier Maezza (veste bleue) et Fabien Michel devant la colonne Buchmesser. Strasbourg le 23 février 2016. - G. Varela/20 Minutes

 

Trois années pour obtenir toutes les autorisations nécessaires

L’association des « Amis du vieux Strasbourg » a alerté la ville de cette situation en 2013 et a recherché un mécène pour financer les travaux. La société Maezza, spécialisée dans la restauration du patrimoine, auteure de la rénovation du bâtiment qui abrite la CCI place Gutenberg, a finalement offert cette nouvelle colonne, qui a coûté 25.000 euros).

Une longue course de trois années semées d’embûches notamment administratives s’est alors engagée. Le fût de la colonne dont le poids avoisine les 350 kilos, a été taillé dans les ateliers de Maezza durant tout le mois de janvier. Il a été mis en place ce lundi. Taillé dans le grès rose de Niderviller de la région du Dabo, l’ouvrage devrait être finalisé en fin de semaine. Juste à temps pour le tester après une sortie gastronomique dans le quartier ce week-end.