Cop21: «On a des solutions, il faut maintenant de la volonté», estime Isabelle Autissier

ENVIRONNEMENT La navigatrice participera à la Cop21 en tant que présidente de la WWF France...

Alexia Ighirri
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La navigatrice et présidente de WWF France, Isabelle Autissier, à la rédaction de 20Minutes en 2013.
La navigatrice et présidente de WWF France, Isabelle Autissier, à la rédaction de 20Minutes en 2013. — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

A quelques semaines de la conférence internationale pour le climat Cop21 à Paris, Isabelle Autissier était en visite dans la capitale alsacienne. La navigatrice, présidente de WWF France et écrivain-voyageur était en effet l’invitée de l’EM Strasbourg. Avant d’y animer une conférence gratuite et ouverte à tous, ce mardi à 18h, Isabelle Autissier évoque la Cop21 et la situation du climat.

Participerez-vous à la Cop21 ?

J’y serai avec la WWF, qui participe à toutes les Cop. On travaille depuis deux ans dessus, avec tout notre réseau. Si celle-là est particulière c’est parce qu’elle doit prendre des engagements pour 2020, qui est aussi la date butoir fixée par les scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour maîtriser le réchauffement climatique de 2 degrés maximum. Même si nous, nous partons plutôt sur 1,5 degré.

Qu’attendez-vous de cette conférence pour le climat ?

Des engagements contraignants et vérifiables. On veut qu’il y ait vraiment 100 milliards d’euros par an sur la table pour aider les pays en voie de développement à faire leur transition énergétique. Ce sont souvent eux les plus impactés par le réchauffement climatique, alors qu’ils n’en sont pas les principaux responsables. Il faut qu’on signe le mieux possible. Plus le signal politique sera fort et plus les citoyens, le monde économique et les collectivités vont s’engouffrer dans la brèche. Ce qui est important c’est ce qui va se passer le lendemain, parce que la Cop21 ne va pas arrêter le problème. Aujourd’hui on a un diagnostic et une très grande partie des solutions, il faut maintenant de la volonté. C’est tout ce qui manque.

Comment les citoyens peuvent-ils justement agir ?

La bonne nouvelle de toute cette histoire, c’est que c’est la faute de l’Homme. Ce n’est pas à cause d’une météorite tombée sur Terre, mais à cause de la façon dont nous avons organisé le développement humain. A titre individuel, on peut faire beaucoup de choses. On peut par exemple mettre sa machine à laver à 30 degrés plutôt qu’à 60, parce qu’à part utiliser plus d’énergie pour chauffer l’eau, ça ne sert à rien. On peut aussi éteindre la veille des appareils : une tranche d’une centrale nucléaire n’est consacrée qu’à ça alors que ça n’augmente pas notre confort. Trente pour cent de l’énergie et de la nourriture qu’on produit partent directement à la poubelle. C’est déjà important, même si ça ne suffit pas.

Vous avez navigué sur les océans : quelle évolution avez-vous constaté ? Y a-t-il plus de déchets ?

Ce qui est terrible c’est qu’on ne voit pas l’évolution. La température a augmenté de 0,8 degré, c’est énorme mais pas perceptible pour le grand public. Alors je pourrais dire qu’en retournant dans certains endroits, je trouve que le climat a un peu changé, qu’il y a moins d’oiseaux… Mais ce n’est pas très scientifique. Il y a des relevés très précis pour ça. La pollution des océans est très réelle mais ce sont des petites particules. Là encore ce n’est pas visible, c’est pour ça qu’on ne fait rien. C’est beaucoup plus grave que des gobelets ou des sacs en plastique, mais on ne sait pas les récupérer.

Les défenseurs des océans soulignent qu’il n’y a pas de volet océan à la Cop 21…

L’océan absorbe 30 % des émissions de CO2, ce qui entraîne son acidification et des conséquences sur la vie planctonique qui fournit la moitié de notre oxygène. On va avoir un problème si l’océan absorbe moins de CO2 et produit moins d’oxygène. Sans parler de la biodiversité marine. L’océan est le grand acteur du climat. Il a un rôle clé mais il est assez flou pour les décideurs et le grand public parce qu’il n’y a pas de gouvernance. L’océan ne peut donc pas être à la table des négociations. Mais les préoccupations doivent exister, des règles doivent être établies. A WWF, on a calculé qu’en termes de PIB, l’océan est la 7e puissance économique du monde, dont les deux tiers de la richesse viennent de sa biodiversité. Il ne serait donc pas idiot de s’en occuper.

En dehors de cette Cop21, sur quoi travaillez-vous à WWF ?

Il y a des grands chantiers historiques, essentiellement sur la biodiversité. Depuis 3, 4 ans, on s’occupe aussi du braconnage de grandes espèces sauvages. On est très impliqué également sur la question des forêts. Enfin, on travaille de plus en plus avec les entreprises et les collectivités pour faire bouger les lignes. On discute du caoutchouc naturel durable avec Michelin par exemple, ou avec Lyon pour son écoquartier à Confluence.