Moselle: Tension autour de l'abandon des 35 heures à l'usine Smart de Hambach

TRAVAIL Les salariés sont appelés à donner leur acccord pour revenir aux 39 heures…

Gilles Varela

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Hambach (Moselle) le 10 09 2015. Devant l'usine Smart, la CGT tracte. Elle refuse les conditions du «pack 2020» proposé par la direction.
Hambach (Moselle) le 10 09 2015. Devant l'usine Smart, la CGT tracte. Elle refuse les conditions du «pack 2020» proposé par la direction. — G. Varela / 20 Minutes

La petite voiture Smart déclenche les flashs. Pas ceux des radars mais ceux des journalistes, venus nombreux à l’entrée de l’usine. La direction organise ce vendredi un référendum auprès des 800 salariés de l’entreprise sur un éventuel retour aux 39 heures, en échange d’une hausse de salaire de 120 euros brut par mois et d’un maintien de l’emploi jusqu’en 2020. Le tout emballé dans une formule dénommée « le pacte 2020 » sur lequel les salariés doivent se prononcer. Une situation que beaucoup perçoivent comme symptomatique de la réforme du Code du travail qui se profile en France.

Hambach (Moselle) le 10 09 2015. Devant l’usine Smart, la CGT tracte. Elle refuse les conditions du « pacte 2020 » proposé par la direction. - G. Varela/20 Minutes

 

Simple coïncidence pourtant dont se serait bien passé le directeur des ressources humaines de Smart, (une filiale du groupe allemand Daimler, également propriétaire de Mercedes), Philippe Steyer, surpris par l’emballement médiatique, « reconnaît être rattrapé par l’actualité des derniers jours  [le rapport de Jean-Denis Combrexelle sur l’assouplissement du droit du travail] ».

Faire baisser le coût de la main-d’œuvre

Devant l’entrée de l’usine, la CGT tracte. Pour elle, ce vote n’est pas recevable et le « pacte 2020 » n’est qu’un plan de compétitivité déguisé. Elle appelle pourtant les salariés à voter massivement contre : « Si nous devons travailler plus, alors cela doit être payé en heures supplémentaires, revendique Jean-Luc Bielitz, délégué syndical CGT. La direction a annoncé clairement qu’elle voulait baisser le coût de la main-d’œuvre, ce n’est pas une question de concurrence, ou de délocalisation. C’est à se demander s’ils ne veulent pas revendre l’usine… »

De son côté, Didier Getrey, représentant syndical CFDT assure que « les voyants de l’entreprise sont au vert. S’il y avait eu des difficultés on aurait été prêts à discuter ». Selon ses calculs, cela reviendrait à 17h33 supplémentaires de travail tous les mois pour seulement 5,19 euros net de l’heure.

Et c’est bien là que le bât blesse. « Si cela avait été des heures supplémentaires, le salarié aurait gagné 260 euros net en plus. Cette proposition est "paradoxale" : on nous a annoncés il y a un mois qu’il y aura huit vendredis chômés mais on veut nous faire passer aux 39 heures. La direction veut faire un geste fort aux collègues allemands. Quand je vois les bénéfices records de Daimler, c’est se foutre de notre gueule ! »

Hambach (Moselle) le 10 09 2015. Devant l’usine Smart, la CGT tracte. Elle refuse les conditions du « pacte 2020 » proposé par la direction. - G. Varela/20 Minutes

« Ça fait 18 ans que l’on entend que ça va mal »

Nathalie, salarié depuis 18 ans, reste sceptique : « J’ai l’impression de revenir 18 ans en arrière. Qui accepterait de travailler 39 heures payées 35 ? La prime promise de 1.000 euros, qui sera d’ailleurs versée en deux fois, peut séduire les jeunes. Mais c’est un piège »

De son côté, Pierre, renchérit : « Nous subissons déjà depuis longtemps la modulation des heures de travail. Les vendredis chômés vont être rattrapés mais ne seront jamais payés. Pourquoi ne pas revenir alors sur les congés payés ? » ironise-t-il. Et la concurrence ou les délocalisations font presque rire : « Cela fait 18 ans que l’on entend que ça va mal, de délocalisation… C’est une arnaque. Ce n’est pas un référendum, ni un vote, mais une menace », ajoute un salarié.

Un référendum consultatif pour prévenir

Loin de partager cet avis, comme beaucoup de cadres et des «non modulants», Philippe Steyer, se veut rassurant : « La concurrence sur le marché de la petite voiture est dure. Nous devons avant tout améliorer notre compétitivité. Nous devons consolider notre position et nous sommes dans l’ordre de la prévention et de l’optimisation. Il vaut mieux prévenir que guérir et il n’y a pas de menace à l’emploi. Le résultat est consultatif. »

Le suspens reste entier

Kevin, intérimaire, ne sait pas vraiment encore ce qu’il va voter : « Dans un sens, avec les 39 heures, ils auront moins besoin de nous. De l’autre, je gagnerai plus car je ne serai pas payé au même taux horaire qu’eux. En plus, si nous passons aux 39 heures, il pourrait y avoir une création d’une cinquantaine de CDI. »

Résultat normalement ce vendredi soir. Les négociations vont pouvoir continuer.

Hambach (Moselle) le 10 09 2015. Devant l’usine Smart, la CGT tracte. Elle refuse les conditions du « pacte 2020 » proposé par la direction. - G. Varela/20 Minutes