Strasbourg: Une filière d'immigration clandestine de 114 faux mineurs bangladais démantelée dans le Bas-Rhin

JUSTICE Une filière d'immigration clandestine a fait entrer 114 faux mineurs dans le Bas-Rhin de 2010 à 2015...

Floréal Hernandez

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Charlotte Priestman, commissaire de police à la Police aux Frontières du Bas-Rhin, et Alexandre Chevrier, vice-procureur de la République au tribunal de grande instance de Strasbourg.
Charlotte Priestman, commissaire de police à la Police aux Frontières du Bas-Rhin, et Alexandre Chevrier, vice-procureur de la République au tribunal de grande instance de Strasbourg. — F. Hernandez / 20 Minutes

Six millions d'euros de prise en charge du Conseil général du Bas-Rhin et 114 faux mineurs bangladais. Ce sont les deux chiffres qui ressortent du démantèlement d'une filière d'immigration clandestine par la police aux frontières du Bas-Rhin.

Le 10 mars, sept personnes – cinq dans le Bas-Rhin et deux en région parisienne –  ont été interpellées dans le cadre d'une enquête sur une filière d'immigration clandestine. «La filière était parfaitement organisée. Le lieu de destination était Strasbourg, il y avait des relais à Paris et on trouve des organisateurs, des intermédiaires, des logeurs et des faussaires», énumère Alexandre Chevrier, vice-procureur de la République au tribunal de grande instance de Strasbourg.

Six individus déférés dont quatre en détention

Le mode opératoire? «Les faux mineurs arrivaient du Bangladesh en Europe via l'Italie, avec des visas pour travailler dans l'agriculture, ou via le Royaume-Uni, avec des visas étudiant. Ils étaient ensuite acheminés en France et arrivaient à Strasbourg où ils déposaient avec un faux acte de naissance un dossier de mineur étranger isolé au Conseil général du Bas-Rhin», détaille la commissaire Charlotte Priestman de la police aux frontières.

Là, ils étaient pris en charge par le département via l'aide sociale à l'enfance. «Ils étaient nourris, logés, scolarisés», explique la commissaire de police. Le coût pour la collectivité: six millions d'euros entre 2010 et 2015!

Dans cette affaire qui a débuté fin 2012, six personnes bangladaises sont aujourd'hui déférées et sont accusées du délit d'aide à l'entrée ou au séjour d'étrangers en situation irrégulière, d'escroquerie, de faux et usage de faux documents administratifs. «Quatre sont en détention provisoire, deux sont sous contrôle judiciaire», indique le vice-procureur du TGI de Strasbourg.

15.000 euros l'acheminement, 3.000 euros le faux acte de naissance

Parmi ces six individus, résidents réguliers en France et âgés de 32 à 44 ans, on trouve un organisateur, deux faussaires et trois logeurs. Lors des perquisitions, une cinquantaine de fausses cartes d'identité bangladaises, des tampons et de faux passeports bangladais ont été saisis.

Les faux mineurs devaient débourser 15.000 euros pour leur acheminement en Europe et 2.000 à 3.000 euros pour les faux actes de naissance. «Ce sont des sommes considérables pour un candidat à l'immigration. On est loin de l'entraide charitable», estime Alexandre Chevrier.

Encore dans le Bas-Rhin ou partis ailleurs, les 114 faux mineurs risquent cinq ans de prison pour avoir produit de faux actes de naissance et une reconduite aux frontières.