Strasbourg: Michel Cymes face aux détracteurs de son livre polémique

HISTOIRE Le médiatique docteur Michel Cymes était à la librairie Kléber pour dédicacer son livre Hippocrate aux enfers...

Gilles Varela

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Strasbourg le 30 janvier 2015. Michel Cymes dédicace son livre à Strasbourg, Hippocrate aux enfers — G. Varela / 20 Minutes

Ils l'attendaient avec impatience, de la ferveur même. Le docteur Michel Cymes a pénétré dans une salle comble et sous les applaudissements pour dédicacer son livre Hippocrate aux enfers

Un livre qui revient sur les expérimentations exercées par les médecins nazis dans les camps de la mort lors de la Seconde Guerre mondiale et qui suscite depuis sa parution un vif émoi et parfois des critiques nourries. Certains universitaires reprochent à l'auteur des inexactitudes et surtout de relancer des rumeurs que l'on croyait oubliées.

«Je suis venu parler du livre sachant très bien qu'il existe une grosse polémique»

Après avoir rappelé que son grand-père paternel, juif polonais, avait été déporté à Auschwitz, Michel Cymes est rapidement rentré dans le vif du sujet.  «Je suis venu pour parler du livre à Strasbourg en sachant très bien qu'il existe une grosse polémique sur des choses que je n'ai jamais écrites.»

Le docteur a expliqué sa méthodologie pour écrire. «J'ai essentiellement procédé par mail. De contact en contact j'ai conservé des témoignages, une façon "progressive", avec une succession de portraits de médecins et mes recherches m'ont conduit au professeur August Hirt et ses expériences nazies».

«Il faut lire ce que j'ai réellement écrit»

Michel Cymès est ensuite revenu sur sa visite de l'institut d'anatomie de Strasbourg et à sa rencontre avec son directeur, Jean-Luc Kahn. A l'adresse d'anciens universitaires venus obtenir des explications, Michel Cymes s'est adressé à la foule et dit:  «Il faut lire ce que j'ai réellement écrit. Je pense que ces messieurs de la faculté, ont lu une version strasbourgeoise qui n'est pas la version nationale, ou ils ont lu quelque chose que je n'ai pas écrit, ou une sorte de fantasme». 

Puis il a rappelé une nouvelle fois que ce n'étaient pas ses propos mais notamment ceux du professeur Federmann. «Je n'ai fait qu'écrire mot pour mot ce qu'il m'a écrit et dont je conserve le mail. Il faut bien lire ce que j'ai écrit et non pas fantasmer sur ce que j'aurais écrit» lance Michel Cymes, applaudi par la foule, mais aussi vivement contesté par d'anciens membres de l'université présents dans la salle.

Le coeur de la polémique

Pris à partie, le professeur George Federmann, président du Cercle Menachem Taffel, a pris à son tour la parole. Il a alors difficilement reconnu qu'il avait bien écrit un mail où l'on pouvait lire «qu'Il existe probablement encore des coupes anatomiques constituées à l'époque nazie...» Des propos déformés selon le professeur Federmann. «J'avais demandé à Michel Cymes de pouvoir relire le chapitre sur Strasbourg avant sa parution. Jamais je n'aurais laissé passer ça».

Concernant le témoignage du Dr Uzi Bonstein, ancien assistant à l'institut d'anatomie de Strasbourg qui aurait raconté y avoir vu des bocaux dans une armoire avec des étiquettes où il était écrit en lettres gothiques «Juden», George Federmann ajoute: «Vous avez publié ses propos sans son accord également. C'est un témoignage traumatique!». Hué par le public, George Federmann a également reproché à Michel Cymes que son nom ne soit jamais cité dans le livre, ce que ce dernier n'a pas manqué de souligner.

«Ce n'est pas une thèse»

Finalement, Michel Cymes a rappelé que «Ce chapitre n'avait pas pour but d'être exhaustif, ce n'est pas une thèse.»

Dans une ambiance survoltée, c'est Frédérique Neau-Dufour, directrice du centre européen du résistant déporté qui a conclu cette rencontre en qualifiant l'ouvrage  d'un «livre sensible» et de qualifier la «polémique proportionnelle au silence qu'il y a en Alsace sur le sujet.»