Michel Cymes, médecin français connu pour ses activités d'animateur de télévision et de radio devant le  Mur des noms au Memorial de la Shoah , où figure le nom de son grand-père 
Paris-France-19/12/2014/JDD_112827/Credit:DESSONS ERIC/JDD/SIPA/1501251157
Michel Cymes, médecin français connu pour ses activités d'animateur de télévision et de radio devant le Mur des noms au Memorial de la Shoah , où figure le nom de son grand-père Paris-France-19/12/2014/JDD_112827/Credit:DESSONS ERIC/JDD/SIPA/1501251157 — SIPA

HISTOIRE

Strasbourg: L'université relève des inexactitudes dans le livre de Michel Cymes

L'université de Strasbourg a tenu à rectifier certains faits en réaction à la parution du livre de Michel Cymes, médecin et animateur de télévision, intitulé «Hippocrate aux enfers»...

L'université de Strasbourg (Unistra) n'a pas trop apprécié le dernier livre de Michel Cymes, Hippocrate aux enfers (éditions Stock) qui revient sur les expérimentations nazies exercées par les médecins dans les camps lors de la Seconde Guerre mondiale. Une conférence de presse a ainsi été organisée ce mercredi pour réagir et rectifier certains passages du livre du médecin et désormais célèbre animateur télé.

Une différence entre l'université de Strasbourg et l'université nazie

«On se réjouit qu'un bouquin sorte sur ce genre de sujet. Ça part d'une bonne intention mais la qualité de la démarche historique laisse à désirer, débute Alain Beretz, président de l'Unistra. Je conteste deux choses. D'abord, l'assimilation de l'université nazie à l'université de Strasbourg.» L'Unistra a expliqué que, contrairement au doute que laisse planer Michel Cymes selon elle, aucun membre académique strasbourgeois n'a fait partie de cette université nazie entre 1941 et 1944.

Durant cette période, l'université de Strasbourg résistante s'était repliée à Clermont-Ferrand suite à l'annexion de la ville par les Allemands. L'université nazie, fraîchement installée, a tenté de convaincre certains enseignants-chercheurs strasbourgeois de la rejoindre, en vain.

Des restes humains à l'institut d'anatomie...

L'autre fait qui dérange concerne l'institut d'anatomie de la fac de médecine de Strasbourg et la page 104 du livre, sur laquelle il est écrit: «Il existe probablement encore des coupes anatomiques constituées à l'époque nazie, malgré les dénégations des responsables de l'institut. Il existe un rapport d'autopsie «historiques» des 17 cadavres entiers et des 166 morceaux de cadavres découverts le 1er décembre 44 dans les cuves de l'institut d'anatomie normale, qui date de 46». Michel Cymes poursuit avec le témoignage de Dr Uzi Bonstein, ancien assistant de cet institut, qui raconte y avoir vu des bocaux avec des étiquettes Juden.

... une fausse rumeur

Ce que balaye d'un revers de main Jean-Luc Kahn, directeur de l'institut d'anatomie: «Il n'y a plus aucune pièce depuis septembre 1945. Les parties restantes des corps de ces victimes (déportées d'Auschwitz) ont été enterrés au cimetière juif de Cronenbourg.» Quant au témoignage d'Uzi Bonstein, «c'est un amalgame, entre une visite de l'Institut et ce qu'il avait appris des travaux des médecins dans les camps. Il l'a retiré devant nous», assure Jean-Luc Kahn.

Cette histoire de restes humains est partie d'un entretien entre Michel Cymes et le psychiatre Georges Yoram Federmann, président du Cercle Menachem Taffel. Il reproche aujourd'hui «une surdité sélective» au médecin ORL. Il s'agit en fait d'une rumeur «Je lui ai dit qu'il y avait toujours des rumeurs, basées sur des fantasmes. Cymes peut faire beaucoup de mal avec ce livre. Il risque de discréditer 30 ans de travail.»

De la «légèreté»

Si ces membres de l'université rejettent tous le terme d'un écrit «révisionniste», ils pointent «une mauvaise interprétation», une certaine «légèreté» chez Michel Cymes, qu'ils ne veulent pas «diaboliser». «Un livre n'a pas de contrainte de temps et d'espace. On a le temps de la réflexion, la possibilité de vérifier, croiser les sources. Je ne retrouve pas ça dans ce livre, sur des choses qui peuvent être vérifiées», regrette Christian Bonah, historien de la médecine. Jean-Luc Kahn a, lui, eu l'impression lors d'une visite de Michel Cymes à l'institut à l'automne dernier que «son livre était déjà écrit dans sa tête. Qu'il est venu voir ce qu'il pensait devoir voir».

Michel Cymes a répondu par courriel: «Mon livre fait plus pour le devoir de mémoire que des dizaines d’autres passés inaperçus. (...) Je n’interprète rien. Je relate des faits. Tirés des archives.» Le médecin et animateur télé est attendu vendredi à 17h à Strasbourg, pour une rencontre et une séance de dédicaces à la librairie Kléber.