Alsace: La région se mobilise pour les «perdus de vue»

SOCIETE En Alsace, 13.000 jeunes de 15 à 24 ans sont sans diplôme ni emploi...

Floréal Hernandez

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Entretien dans une mission locale. (Illustration)
Entretien dans une mission locale. (Illustration) — A. Gelebart / 20 Minutes

Ces jeunes de 14 à 25 ans sans diplôme ni emploi n'ont pas le droit à une émission de télé présentée par Jacques Pradel. Eux, ce sont les «perdus de vue». Aujourd'hui, ils sont plus de 13.000 en Alsace et chaque année, 3.500 jeunes de plus de 16 ans quittent le système scolaire sans diplôme. Ce phénomène de décrochage –9,5% d'abandon scolaire (9,7% en France, 12% dans l'Union européenne)– mobilise la région qui a fait de l'insertion professionnelle des jeunes non diplômés une priorité.

Difficile de repérer les «perdus de vue»

En Alsace, un «perdu de vue» est généralement un garçon (57%), qui cesse d'aller dans son lycée professionnel (56% contre 20% au collège et 24% en lycée général et technologique) et entre 16 et 18 ans (67%). Une situation qui interpelle quand on sait que «75% de ces jeunes sans qualification sont au chômage longue durée», annonce Lilla Mérabet, vice-présidente de la commission jeunesse et économie sociale et solidaire à la région Alsace.

La difficulté est de repérer ces «perdus de vue». Les missions locales, les acteurs socio-éducatifs (associations, centres socioculturels...) voire les institutions tentent de les localiser et de les accompagner jusqu'à l'acquisition de leur autonomie dans leurs démarches professionnelles. «Il faut faire du sur-mesure avec chacun», poursuit Lilla Mérabet.

Des abandons, des emplois trouvés

A Schiltigheim, une des sept villes alsaciennes où un projet sur les «perdus de vue» a été monté entre juin 2013 et fin 2014, la mission locale a proposé à deux groupes de jeunes –12 lors de la première session, 8 à la suivante– de «réaliser un film sur le métier de leur rêve de A à Z», explique Yann Parisot, directeur de celle-ci.

>> Show pour l'emploi, projet réalisé par 10 jeunes de la mission locale de Schiltigheim.

Chrystèle Mauclert qui a accompagné ces jeunes, «du délinquant au jeune phobique de la société», a été surpris par les métiers choisis: «Aucun n'a formulé un métier où on gagne beaucoup en travaillant peu (sourire). Non, ça a été cariste, sapeur-pompier, travailler à la SPA...» S'il y a eu deux abandons dans chaque session (emploi, incarcération ou démission), les projets ont été menés à bien. Et certains ont trouvé un emploi ou poursuivi une formation. Ceux qui n'ont encore rien trouvé ont une tout autre attitude à la mission locale. «De manière ludique, ils ont développé un projet qui leur a redonné confiance et leur a permis de prospecter pour un travail, souligne Chrystèle Mauclert. Aujourd'hui, ils savent comment chercher un emploi et ont quelque chose d'original sur leur CV.»