Strasbourg: La cathédrale entre les mains des artisans de la Fondation de l'œuvre Notre-Dame

PATRIMOINE Mille ans après la pose de ses fondations, tailleurs de pierre et sculpteurs se consacrent toujours à la cathédrale de Strasbourg, perpétuant fièrement sur ce chantier éternel les techniques des bâtisseurs...

A.I. avec AFP

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Strasbourg le 25 05 2014. La cathédrale de Strasbourg
Strasbourg le 25 05 2014. La cathédrale de Strasbourg — no credit

Perché sur un échafaudage à plus de 30 mètres du sol, Jonathan Waag a une vue plongeante sur les grappes de touristes aux têtes tournées vers le ciel, qui scrutent la célèbre flèche unique de la cathédrale de Strasbourg.

Mais le tailleur de pierres est concentré sur son ouvrage, caressant le mortier coloré qu'il vient d'appliquer sur du grès abîmé. «C'est un nouveau produit, je ne sais pas combien de temps ça va tenir», explique le trentenaire. L'artisan, affecté ce matin-là aux soins de pierres fragilisées par le temps, fait partie de la vingtaine d'ouvriers de la Fondation de l'œuvre Notre-Dame, institution unique en France dédiée depuis huit siècles à ce monument qui fête son millénaire cette année.

A quelques pas de la cathédrale, dans le fracas du métal qui percute la pierre, des tailleurs y sont en pleine action. Ici, les artisans préparent les remplaçantes des pierres que l'on ne peut plus sauver.
Parmi eux, Vincent Munio s'évertue à atteindre avec son ciseau des zones nichées dans la profondeur d'un baldaquin en grès. «Je crois que je vais avoir un ulcère», plaisante l'artisan de 43 ans, «pur produit» de la Fondation, où il est entré comme apprenti à l'âge de 14 ans. Il a déjà passé 500 heures depuis juin sur cette pièce et un millier d'heures sont encore prévues, sans compter l'intervention des sculpteurs pour les ornements.

Oui à la modernité, mais...

«C'est quand même beau», dit-il en pointant des détails de la pierre taillée. «Et quand j'allume cet aspirateur, j'ai une pensée pour mes prédécesseurs qui travaillaient dans la poussière», dit-il en montrant l'une des trompes bleues qui pendent du plafond de l'atelier. Ces tuyaux aspirent les poussières dégagées par le travail de la pierre, pour ne pas inhaler de la silice comme autrefois. Car s'ils utilisent des outils médiévaux pour travailler la pierre, les artisans ne dédaignent pas certaines techniques modernes.
A condition qu'elles ne remettent pas en cause le strict respect de l’œuvre des aînés, garanti par les études minutieuses et documentées qui précèdent chaque opération.