Reprise de Caddie: Quel avenir pour le spécialiste français du chariot ?

SOCIAL Le projet de reprise du groupe a été approuvé ce lundi par le tribunal de commerce de Paris…

Bertrand de Volontat
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Un employé dans une usine Caddie, filiale d'Altia, à Drusenheim, le 5 mars 2012
Un employé dans une usine Caddie, filiale d'Altia, à Drusenheim, le 5 mars 2012 — Frederick Florin AFP

Caddie va pouvoir se remettre à rouler, mais à quel prix? Dans une ambiance pesante, Les salariés du fabricant de chariots de supermarché Caddie à Drusenheim dans le Bas-Rhin ont accueilli ce lundi avec résignation la validation d'un projet de reprise qui prévoit le maintien de 128 des plus de 380 emplois. «Les gens sont résignés: ils savent ce qui les attend», a confié à l'AFP Céline Goerhinger, déléguée syndicale Force Ouvrière. «C'est bien qu'il n'y ait pas liquidation, mais il va y avoir une saignée» dans les effectifs de l'entreprise, note-t-elle.

«Dans la mesure où c'était la seule solution, c'était la meilleure», a commenté devant les journalistes à Strasbourg Thierry Carl, élu CFTC au CE. Pour autant, l'annonce reste «une catastrophe» selon lui, car elle mettra «plus de 250 salariés sur le carreau». La liste des postes que l'offre de reprise partielle retenue prévoit de supprimer a déjà été publiée la semaine dernière, mais elle n'est pas nominative.

Le repreneur principal, l’ancien directeur général du groupe Stéphane Dedieu, prendra 65% de la nouvelle société, et ses associés -l'italien Bertoldi, distributeur de Caddie depuis 1961 et l'allemand Shopbox, spécialisé dans l'entretien et la maintenance des chariots, apporteront respectivement les 25% et  10% restants- se sont engagés à ne pas effectuer de licenciements économiques pendant deux ans.

La marque sauvée, pas les salariés

«Cette décision permet de préserver une partie des emplois de l’entreprise et également, sur le territoire régional, une marque emblématique existant depuis 1928, a réagi ce lundi Philippe Richert, président du Conseil régional d’Alsace et ancien ministre, devant 20 Minutes à Strasbourg. C’est une étape essentielle dans le redressement de cette entreprise.»

Guy-Dominique Kennel, président du Conseil Général du Bas-Rhin et de l’Adira, l’agence de développement économique locale, a quant à lui exprimé en conférence de presse en présence de 20 Minutes «sa solidarité aux 250 salariés qui vont perdre leur emploi » et regrette que «la décision ne permette pas de sauver plus de postes». Il salue toutefois « leur engagement dans l’entreprise qui va permettre la poursuite de l’activité de ce fleuron industriel alsacien».

Le travail du DG salué

«Alors que plusieurs fois au cours des derniers mois, la menace de la liquidation judiciaire a été brandie [Caddie était en redressement judiciaire depuis début août], le sauvetage in extremis de l’entreprise qui pourra conserver l’usage de la marque Caddie est le fruit d’un travail partenarial exemplaire», a-t-il ajouté.

Un sauvetage d'autant plus salué que Caddie revient de loin. On se souvient qu'en 2013, la société alsacienne s'était faite dépouiller en Chine par le manager de sa troisième unité de production mondiale, implantée à Shanghai, comme le racontait en interview à Challenges, le PDG d'Altia, alors propriétaire de Caddie. Ce gérant d'usine, qui était auparavant l'importateur local de Caddie, faisait alors construire une unité concurrente, à quelques kilomètres de celle de Caddie se servant du nom de la marque tout en se servant des ressources de ce dernier pour confectionner les chariots. Une escroquerie à plusieurs millions d'euros, qui avait alors grevé les comptes du Français ainsi que son carnet d'adresses, bon nombre de ses clients locaux ayant été récupérés par ce manager chinois.

Un business plan trop juste?

Thierry Carl espère «que Dedieu va avoir les reins assez solides pour repartir sur une base solide», rapporte l’AFP. Mais certains, à l'instar de Céline Goerhinger, jugent son plan «trop prudent». «Si la cadence commence à augmenter, le business plan de Dedieu risque d'être trop juste», avance-t-elle.

Soutenus par l’Adira, en lien avec les services de l’Etat et notamment le Commissaire au redressement productif, les repreneurs vont désormais mettre en œuvre un projet industriel qui doit permettre à l’entreprise de restaurer sa place parmi les leaders de son secteur d’activité. Ils visent un chiffre d'affaires de 17 millions d'euros pour l'année prochaine, soit moins de la moitié des 37 millions d'euros de ventes réalisées par le groupe en 2013.