Le commerce équitable ne se solde pas

©2006 20 minutes

— 

Magasins parfois bondés, longues files d'attentes aux caisses, la frénésie des soldes n'a pas manqué Strasbourg, hier. Dans les boutiques de commerce équitable de la ville, ce n'était pourtant pas franchement l'effervescence. Et pour cause : « Par principe, je refuse de proposer des soldes. On ne favorise pas l'économie solidaire en bradant les prix », lance Sonia J. Fath, qui gère La Cédraie, installée dans la Grand'rue. En proie à d'importantes difficultés financières depuis la liquidation judiciaire, en octobre, de l'association qui le détenait, le magasin pourrait disparaître à court terme. Hors de question cependant de céder à la tentation des offres accrocheuses.

« En pratique, ce ne serait de toute façon pas possible, puisque les marges que nous réalisons sont déjà minimes », indique Sonia. Chez « Artisans du monde », rue de la division Leclerc, janvier est aussi un mois comme les autres. « Notre clientèle est composée de fidèles, qui ne sont pas forcément à la recherche des prix les plus bas », explique Iris Fleurquin, bénévole au magasin. Les quelques promotions sont généralement destinées aux produits légèrement abîmés. « On proposera aussi des réductions pour écouler plus rapidement un stock et repasser une commande à nos artisans. Mais nous n'avons pas besoin d'impérativement écouler une marchandise pour lancer une nouvelle collection, puisque nous n'avons pas vocation à suivre la mode », souligne-t-elle.

Dans la boutique Mijara, située rue de la 1re Armée, la responsable des lieux, Gabrielle del Fabbro, a également été longtemps réticente à solder ses produits. « Mais comme certains magasins qui proposent des rayons de vêtements issus de l'économie solidaire pratiquent des soldes, j'ai dû faire de même sur les textiles. » Là encore, en raison de la faiblesse des marges dégagées, les réductions ne dépassent pas les 20 à 30 %. « Mais, à qualité égale, nos produits ne sont pas plus chers qu'ailleurs », note la gérante.

J. Barbier