Au pied de la Cour, des campeurs en détresse

Thomas Calinon

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Dix tentes sont plantées devant la Cour des droits de l'homme
Dix tentes sont plantées devant la Cour des droits de l'homme — G. Varela / 20 Minutes

«Je suis une morte vivante. Avec la technologie, on a tué mon corps. Je demande que justice me soit faite... » Vêtue d'un peignoir rose, voutée au point de sembler cassée en deux, la vieille dame s'est extirpée à grand peine de sa tente kaki. Elle s'exprime maintenant avec la volubilité de ceux qui se sentent victimes d'injustice, la voix chargée de désespoir. Elle se prénomme Mimouna, dit avoir 81 ans et se plaint d'être « contrôlée par des satellites à cause d'une puce électronique implantée dans (son) organisme ».

Mimouna vit « depuis six mois » au pied de la Cour européenne des droits de l'homme. A cet endroit, au bord du canal, une dizaine de tentes sont aujourd'hui alignées. Venus de toute l'Europe, et souvent des pays de l'Est, leurs occupants campent dans l'espoir de faire avancer leur cause, suscitant l'étonnement des touristes

Il y a parfois des soucis juridiques, mais aussi des problèmes psychiatriques. Mimouna et ses satellites, ou encore « une dame qui se cache sous sa tente et qui se dit persécutée par le KGB », raconte Laurence Lery, de Médecins du monde. L'association suit ces campeurs, de plus en plus nombreux, au même titre que les Restos du cœur et que l'équipe mobile de rue de la ville. Ces personnes connaissent les structures pour s'alimenter et se laver. Elles fréquentent les Bains municipaux et l'accueil de jour de la rue Fritz-Kiener.

Au plus froid de l'hiver, « certaines ont été hébergées durant quelques jours », dit Laurence Lery. Mais de manière générale « elles n'ont pas de demandes d'hébergement » et « on ne peut pas soigner les gens malgré eux », observe Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe en charge de l'action sociale territoriale. Elle constate qu'une « cohabitation » s'est installée entre les campeurs et le personnel des institutions. Cela semble parti pour durer.