S'évader de la prison en courant

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A petites foulées, trente-huit détenus s'échauffent sur le terrain de sport de la maison d'arrêt de l'Elsau. Sous les filins anti-évasion, l'herbe est famélique et la terre ocre de la piste glissante. Les détenus ont enchaîné les épreuves sportives toute la matinée d'hier, épaulés par 25 athlètes amateurs de l'association sport-loisirs de la Robertsau (ASL). C'est la quatrième manifestation de ce type qu'elle organise en milieu carcéral.

Les courses, d'une distance de 100 à 3 000 mètres, sont suivies attentivement, depuis les fenêtres grillagées qui surplombent le terrain. Alors que des détenus chambrent, l'un des coureurs d'un jour lance « Je suis une gazelle ». Aux quolibets succèdent les cris d'encouragement. Visages en sueur, muscles qui se dérouillent, on ne distingue plus les détenus des athlètes. « Momo », l'un des trois profs de sport de l'établissement, encourage un grand gaillard à s'inscrire. Il termine premier. « Il fallait que je prouve que je suis un vrai ! », clame-t-il en reprenant son souffle. Sur le podium improvisé sur des marches de béton, les trois plus rapides coureurs du 100 mètres – « ils sont de la même cellule » s'exclame un détenu – brandissent leur coupe et l'embrassent en riant. Ils récupéreront le trophée à leur sortie de prison. Il est déjà midi. L'euphorie retombe. « Ca fait plaisir de voir des gens du dehors. Mais une fois en cellule, on se sent oubliés par tout le monde », regrette un jeune homme.

Jeanne Mahé

« On peut se droguer et s'évader autrement. » Tel était le slogan de la course organisée hier à l'initiative de Fernand Kolbeck, membre de l'ASL et sélectionné à deux reprises pour courir le marathon olympique.