Débrayage « soft »chez Delphi

Thomas Calinon

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François Kormann et une partie des salariés devant le site d'Illkirch, mardi midi.
François Kormann et une partie des salariés devant le site d'Illkirch, mardi midi. — G. Varela / 20 minutes

Plein soleil, idées noires. Mardi, toute la journée, les 140 salariés de Delphi à Illkirch étaient appelés à débrayer pour une journée « site mort ». Profitant du beau temps, ils ont pris « un long petit déj » sur les pelouses entourant les bâtiments situés au parc d'innovation, raconte François Kormann, élu sans étiquette au comité d'entreprise. Puis ils ont poursuivi par un pique-nique. « On n'a peut-être pas les mêmes capacités de blocage que des ouvriers en production, mais on sait aussi mettre le pied sur le frein avec des moyens plus» softs « », commente le représentant du personnel. Ici, les salariés sont pour la plupart des ingénieurs. Pour l'équipementier automobile, ils imaginent et conçoivent la voiture de demain. Leur spécialité : l'interface homme-machine. Le site fait partie du pôle de compétitivité Véhicule du futur. Mais cela n'empêche pas Delphi de prévoir 103 suppressions de postes, dans le cadre d'une délocalisation en Pologne des activités de recherche et de développement.

« Un réel gâchis »


« Pour moi, c'est un réel gâchis », affirme une salariée qui souhaite rester anonyme : « J'ai fait un doctorat dans l'optique de continuer dans la recherche publique, mais je me suis vite rendue compte que c'était difficile de trouver ce genre de poste. Alors je me suis tournée vers le privé, mais finalement, c'est la même chose. Ça ne donne vraiment pas envie de rester en France. On va vivre de quoi dans ce pays ? Du tourisme ? »

En se mobilisant comme mardi, les ingénieurs espèrent obtenir « une sortie honorable », dixit François Kormann. Pour l'heure, les négociations entamées dans le cadre du plan social butent sur la durée du congé de reclassement et sur les indemnités extralégales. « Les gens vont devoir déménager parce que reclasser une centaine d'ingénieurs dans la région, avec le contexte actuel, ça ne va pas être facile », argumente le membre du comité d'entreprise. La direction de Delphi n'a pas pu être jointe mardi.