Le Subutex s'injecte dans les trafics

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Lundi soir, une équipe de police interrompt une revente de drogue à Strasbourg. Au cours de l'enquête, les forces de l'ordre découvrent que l'une des personnes mises en cause s'est fait prescrire en deux ans près de 2 500 doses de Subutex, un produit de substitution à l'héroïne qui permet de pallier la sensation de manque. Pour la police, une telle quantité est probablement le signe qu'il existe un trafic.

« Depuis la fin 2004, on constate une augmentation des ventes illicites de Subutex », signale la direction départementale de Sécurité publique. Une plaquette s'échangerait contre un simple billet de 20 e. Or, pris sous forme d'injection, son effet ressemble à celui d'un « shoot » d'héroïne. Pour certains policiers, la facilité avec laquelle le produit serait prescrit par les médecins expliquerait la vigueur du trafic. L'Alsace serait même une des régions où ces délivrances sont les plus importantes. « Mais le niveau de trafic reste marginal par rapport à l'utilisation saine du produit », souligne un inspecteur de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass). Se basant sur les statistiques de l'assurance-maladie, qui peut contrôler le nombre de prescriptions délivrées aux patients, la Ddass estime que « seuls 3,5 % des usagers en Alsace peuvent être soupçonnés de se livrer à un trafic ». Une part trop minime pour justifier une remise en cause des produits de substitution qui, utilisés normalement, restent de bons outils thérapeutiques, selon les professionnels de la prise en charge des toxicomanes.

Jonathan Barbier

Selon la Ddass, environ 4 000 personnes bénéficient d'un traitement au Subutex en Alsace, contre 3700 en 2001. Dans l'agglomération strasbourgeoise, un peu plus de 1000 usagers sont recensés.