Les gays, « je ne les supporte pas... »

thomas Calinon

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«J'ai rarement vu des prévenus qui nient autant l'évidence. » Au moment d'attaquer ses réquisitions, lundi, devant le tribunal correctionnel de Strasbourg, le procureur Gilles Delorme ne cache pas son agacement. A la barre, deux jeunes majeurs de 19 et 20 ans. Jeans, baskets, sweat et doudoune à capuche et cheveux ras. Nicolas Gutzmann et Adrien Wacek. comparaissent pour violences aggravées et injures publiques. Le 8 novembre dernier, dans le tramway, ils s'en sont pris à un jeune homosexuel de leur âge. Selon une passagère témoin des faits, Adrien Wacek a tout de suite pointé la victime, qui était maquillée, quand elle est montée dans la rame. « Regarde le sale pédé, aurait-il dit à son comparse. T'y crois toi, ils vont avoir le droit de se marier ? Je ne les supporte pas. » Puis les insultes ont fusé : « Pédé, pédale, grosse tapette… »
Les prévenus se défendent pourtant de toute opinion homophobe. « Ils me laissent tranquille, je les laisse tranquilles », marmonne Nicolas Gutzmann. « Je connais des gens qui sont gays, je me suis jamais embrouillé avec eux, assure Adrien Wacek. J'ai juste dit : “Qu'est-ce qu'il regarde ce pédé ?”, mais je ne l'ai pas dit parce qu'il était gay. Ensuite, il m'a insulté et, là, je me suis emporté. »
Pour le parquet, les prévenus sont « deux abrutis ». « Vous vous êtes pris pour les Zorro de l'homophobie, mais à la différence du vrai Zorro, vous êtes des lâches. Laissez les gens vivrent leur vie ! » leur lance Gilles Delorme. Pour la défense, Me Eric Weber évoque plutôt des « quasi-adolescents » pris dans une simple « histoire d'insultes entre gamins  ». Nicolas Gutzmann, dont le casier judiciaire était vierge, a été condamné à 4 mois de prison avec sursis. Adrien Wacek, qui avait déjà été condamné par le passé, pour des violences notamment, a écopé de 3 mois ferme. Sa peine est portée à 6 mois en raison de la révocation de sursis antérieurs.

Gifle et coup de pied

Le 8 novembre, les deux prévenus sont déjà dans le tramway lorsque la victime monte à l'arrêt Marais, à Schiltigheim. Quatre minutes plus tard, selon les caméras de vidéosurveillance, Adrien Wacek lui assène une gifle. Un homme s'interpose et le jeune homosexuel appelle la police. Mais il est à nouveau pris à partie lorsqu'il sort du tramway, place de l'Homme de Fer, où il reçoit un coup de pied. Adrien Wacek, qui apparaît comme l'auteur principal des faits, évoque une simple « bousculade ».