US Open: On vous raconte le (seul) match où Monfils a failli battre Djokovic à New York

TENNIS En 2005, le Français, alors champion du monde junior, s’était incliné en cinq sets très disputés contre le futur numéro 1 mondial…

Julien Laloye

— 

Gaël Monfils, le 30 août 2005 à New-York.
Gaël Monfils, le 30 août 2005 à New-York. — AMY SANCETTA/AP/SIPA

On peut faire semblant d’y croire, évidemment. On a même toute la journée pour ça. Mais on ne connaît que trop bien la fin de l’histoire : Monfils qui résiste, Monfils qui prend un set, soyons fous, puis Djoko qui se détache inexorablement. Trois petites heures de jeu et l’interview de bord terrain de Brad Gilbert : « J’adore jouer contre Gaël, c’est un athlète incroyable, j’ai dû lutter pour gagner ». Merci et à l’an prochain.

Ce n’est pas du défaitisme, juste des chiffres : douze matchs entre les deux, douze victoires pour le Serbe. Bonjour les complexes pour la Monf' avant sa demi-finale contre Djokovic ce soir.

Le bilan des face-à-face entre les deux hommes.
Le bilan des face-à-face entre les deux hommes. - Capture d'écran/ATP

« Un match que Gaël aurait dû gagner à 99 % »

C’est couillon, d’ailleurs, parce que l’affaire aurait pu tourner autrement. Elle aurait dû. On prend les mêmes en septembre 2005, au premier tour du Grand Chelem new-yorkais. Monfils à 19 ans et Djokovic 18 ans, c’est la première fois que ces deux se rencontrent, sous un cagnard du diable et sur un court paumé de l’US Open. Paumé mais blindé.

Monfils est annoncé comme LE joueur du futur : il a gagné trois Grands Chelems sur quatre chez les juniors l’année d’avant. On dit aussi le plus grand bien de ce Serbe qui a pris un set à Coria à Roland-Garros.

Thierry Champion, l’entraîneur du Français à l’époque, raconte la suite : « Ça avait été un super match de tennis, très accroché. Un match que Gaël aurait dû gagner à 99 %. Il était supérieur physiquement et je ne voyais pas comment il pouvait perdre le cinquième. Puis Djokovic avait commencé à se plaindre pour couper le rythme. Un coup la jambe, un coup le souffle, un coup l’épaule, le match s’arrêtait toutes les cinq minutes. D’autant que le court était loin et que le médecin mettait des heures à venir à chaque fois ».

Novak est encore une crevette physique avide de gluten. C’est le temps des shows de drama queen qui ont tant agacé le circuit dans les premières années de carrière du futur numéro 1.

Gaël Monfils, le 30 août 2005 à New-York.
Gaël Monfils, le 30 août 2005 à New-York. - AMY SANCETTA/AP/SIPA

« Novak était plus mature »

Son meilleur coup contre Monfils ? Un arrêt de jeu de 12 minutes à 4-3 pour lui dans le 5e set et 40-40 sur le service de Djoko, qui s’écroule alors comme asphyxié sur le court. « J’avais des problèmes de respiration, se justifiera le jeune homme.Je ne suis pas habitué aux formats en cinq sets, je sais que c’est agaçant à regarder pour les gens mais c’était le seul moyen de gagner ce match (7-5 4-6 7-5 0-6 7-5) ». Sans que Monfils ne s’en offusque particulièrement.

« Dès la fin du match, je suis allé dans le bureau du superviseur pour lui dire qu’il fallait qu’il revoit le règlement. Ce n’était pas possible de gagner du temps comme ça. Mais ça ne m’a pas empêché d’engueuler Gaël juste après. Je lui ai dit : "Tu vois, il est plus malin que toi, il a utilisé tous les moyens pour gagner, alors que toi tu t’es laissé faire". Novak était plus mature ».

Djokovic a l'air d'avoir très mal partout lors du fameux match contre Monfils en 2005.
Djokovic a l'air d'avoir très mal partout lors du fameux match contre Monfils en 2005. - AMY SANCETTA/AP/SIPA

« La seule fois où Gaël a commencé le match en se disant qu’il pouvait gagner »

On n’ira pas jusqu’à dire qu’une autre issue aurait fait gagner 10 Grands Chelems à Monfils, mais elle lui aurait au moins permis d’y croire un peu plus contre Djokovic pour le reste de sa carrière.

« Ce jour-là, c’est la seule fois où Gaël a commencé le match en se disant qu’il pouvait gagner, reprend Champion. Et le mental est très important chez lui. Après, Djoko est devenu rapidement plus fort dans tous les domaines. Mais je pense que pour la première fois depuis longtemps, Novak doit se dire que Monfils peut le battre vendredi ». Dans ce cas, on lui fait confiance pour se trouver une ampoule quelque part et retourner le match grâce au temps mort médical.