Roland-Garros: Alizé Cornet, championne des «drama queen»?

TENNIS Après le match de jeudi où lui a été reproché son «cinéma», la Française affronte au troisième tour Venus Williams…

Annabelle Laurent

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Alizé Cornet, le 26 mai 2016 à Roland-Garros.
Alizé Cornet, le 26 mai 2016 à Roland-Garros. — Juergen Hasenkopf/REX/Shutterstock

«Et revoilà le cirque habituel». « Pitoyable, ce cinéma». Ou encore « palme d’or pour Cornet». Pas de pitié pour Cornet, surtout. Jeudi, le public de Roland-Garros se lâchait allégrement sur la Française, accusée d’en faire quinze fois trop autour de ses crampes, comme en écho à la Serena pseudo-agonisante de la demi-finale de l’an dernier. Mieux, son adversaire Tatjana Maria la soupçonnait de s’être «inventé» une blessure pour rallonger sa pause, et allait jusqu’à jurer n’avoir pas «pire souvenir, dans sa carrière, que ce match». «J’avais une véritable jambe de bois, insistait Alizé en conférence de presse jeudi soir. Je me suis demandé quand j’allais pouvoir remarcher.»

Catastrophisme, bonjour. Ne manquait plus qu'un «j’ai cru qu’il faudrait m’amputer». Cela ressemble en tout cas à un «sketch» de plus, après celui où elle avait jugé le court «pourri» avant d’haranguer un juge de ligne. Alors Cornet «drama queen», telle qu’elle se définit elle-même? Ça ne date pas d’hier, et c’est un petit plus compliqué que ça.

Alizé qui pleure (la tête dans la bâche)... 

«Elle a toujours été comme ça, très généreuse dans les émotions», explique Pierre Bouteyre, qui l’a entraîné de ses 10 à ses 20 ans, jusqu’en 2010. « Petite, elle pouvait être un moment en pleurs et la tête dans la bâche, et le point suivant courir partout. Elle change d’une minute à l’autre. Je comprends que certains se disent: «il faut qu’elle arrête, elle se plaint de ses crampes et semble inépuisable la dernière heure?» Il faut être cohérent. »

Peu de constance et beaucoup de drame : le cocktail n’a pas changé depuis des années. «J’entendais les responsables à la Fédé dire d’elle, plus jeune, “c’est pas possible, il faut qu’elle arrête son théâtre“.» «On a toujours l’impression qu’elle surjoue un peu, concède l’ancien coach. C’est ce «too much» qui peut être agaçant. »

Colère, donc adrénaline

Sauf que ces accès de colère, ces plaintes excessives, contre elle-même, une blessure ou un court pourri, la Niçoise de 26 ans ne peut pas s’en passer. «J’ai parfois besoin de ces regains de colère, ça me met des coups d’adrénaline. Des petits coups de pied aux fesses pour pouvoir rebondir derrière», nous confiait-elle pendant la quinzaine, l’an dernier.

Ce n’est pas toujours Alizé qui s’énerve. En 2013 à Toronto, l’Italienne Errani, agacée de ses «vamos», lui réclamait des «allez». 

Ses coachs, souffre-douleurs prioritaires

« On avait essayé de travailler ensemble sur son attitude, de ne plus dire un mot, mais ça ne lui va pas, poursuit le coach. Sinon elle est brimée, et moins efficace. L’enjeu est de trouver l’équilibre. Elle y a en tout cas beaucoup réfléchi, et se connaît par cœur. »

Ses coachs la connaissent par cœur en retour, mais parfois, perdent patience. «Ce sont ses premiers souffre-douleurs, et ça va crescendo, semble-t-il», glisse Pierre Bouteyre qui, à l'entendre, a été préservé. Georges Goven, qui a pris le relai de 2011 à 2014, a lui jeté l’éponge, après un match à Indian Wells qui aurait été la goutte d’eau. « J’étais prête à faire un effort sur mon attitude, mais il n’a pas voulu me donner de deuxième chance»,concédait elle-même la joueuse.

«Bien pour le tennis»?

Puisque vous n’êtes pas coach, il vous reste à décider si ce tennis fougueux vaut mieux qu’un match plat. Comme avec unNick Kyrgios ou un Ernests Gulbis, ou encore, côté français, un Benoît Paire qui jouait dimanche en pestant «c'est de la grosse merde, ce que tu fais»... Des tempéraments comme ceux-là ou celui d’Alizé, est-ce «bien aussi pour le tennis», comme l'avance Pierre Bouteyre?

Si le joueur se bat jusqu’au bout, faut-lui pardonner ses sautes d'humeur? Alizé a «cette niaque de fou, qu’elle avait déjà enfant même à l’époque où tennistiquement, c’était pas terrible», conclut le coach. «Ça se voyait dans son œil quand elle venait s’entraîner. Et bien plus que d'un bon coup droit ou un bon revers, tout commence par là, par cette niaque.»