Roland-Garros: Le corps de Rafael Nadal est-il en train de lâcher?

TENNIS L'Espagnol a dû déclarer forfait en plein tournoi parisien...

Romain Baheux

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Rafael Nadal à Roland-Garros le 24 mai 2016.
Rafael Nadal à Roland-Garros le 24 mai 2016. — MIGUEL MEDINA / AFP

A Roland-Garros,

Vu le malin plaisir pris par Rafael Nadal à renverser la pierre tombale de son gros bras gauche dès qu’on se risque à l’enterrer, on se gardera bien de dire que l’Espagnol a peut-être perdu toute chance de regagner un jour Roland-Garros après son forfait vendredi. A bientôt trente ans, on est quand même en droit de se demander si le corps du nonuple vainqueur du tournoi parisien ne lâche pas progressivement. Car après le pied, le poignet droit et le genou, c’est au tour du poignet gauche de céder.

  • Un style exigeant

« Non mais qu’est-ce qu’il court, il va tenir combien de temps comme ça ? » Qui n’a jamais entendu ça devant un match de Rafael Nadal lève la main tout de suite. Depuis ses débuts, le Majorquin impressionne le circuit par sa débauche d’énergie sans équivalent sur le court. Ça lui a valu de nombreuses blessures mais il a su en revenir à chaque fois, comme lors d’un Roland 2013 remporté après huit mois d’arrêt.

Mais depuis, les blessures se sont empilées et les années ont passé. « Quand on a trente ans, on récupère moins bien qu’à vingt, glisse le directeur du tournoi Guy Forget. Vous l’avez vu jouer sur dur, on se rend compte des contraintes physiques du jeu. Les raquettes en carbone font mal, l’enchaînement des tournois aussi et Rafa a beaucoup joué depuis son retour. »

« On va dire que c’est son âge mais il a surtout dû beaucoup forcer cette année, juge Robin Deslandes, kinésithérapeute. Il n’est pas le plus vieux, tous les joueurs plus âgés auraient de l'arthrose au poignet si ça n’était dû qu’à l’usure. »

  • Un joueur qui ne s’écoute pas

« Il a joué un nombre insoupçonnable de matchs en étant blessé, rappelle Paul Quétin, préparateur physique de l’équipe de France de Coupe Davis. Ça a été sa force, car ça lui a permis de gagner beaucoup de tournois dans des conditions pas toujours simples. A côté de ça, il ne sait pas trop calculer parce qu’il joue tout à fond. » « S’il a dit stop, c’est que c’est assez sérieux. souligne Richard Gasquet, de la même génération que le Majorquin et qui était allé tester la méthode Nadal en allant s’entraîner aux Baléares fin 2014. S’il y a bien un mec qui ne s’écoute pas, c’est lui. »

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Cette fois encore, il a voulu forcer. Lors de l’officialisation de son abandon, l’Espagnol a admis qu’il souffrait du poignet depuis le Masters de Madrid (29 avril-8 mai). Si son état s’était amélioré dans la foulée à Rome, il a joué sous infiltration son deuxième tour contre Facundo Bagnis jeudi. Vendredi, son staff a dû le contraindre à déclarer forfait, lui martelant qu’à trop vouloir jouer, il risquait d’y laisser son tendon. Cette fois, il a entendu raison.

  • Une blessure gênante

Quelques minutes après l’annonce de son forfait à Roland-Garros, Rafael Nadal assurait qu’il n’excluait pas de s’aligner à Wimbledon (27 juin-10 juillet). Encore faut-il que ce poignet cesse de le tourmenter. « Par le passé, on a vu des joueurs être handicapés assez longtemps par ce type de blessures, glisse Paul Quétin. Avec l’épaule et la hanche, c’est l’un des points de fragilité du tennisman. »

« Il va pouvoir se reposer et, contrairement à vous et moi qui devons quand même solliciter notre poignet dans les gestes du quotidien, lui peut se permettre de bénéficier d’un repos complet, estime Robin Deslandes. Après, tout se jouera lors de la reprise de la compétition. » Il sera alors temps pour Rafael Nadal d’encore faire mentir ceux qui l’enterrent.