Tournoi de Bercy: Pourquoi Novak Djokovic est invincible cette saison

TENNIS Le Serbe n’a plus perdu depuis la fin août…

J.L. à Bercy

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Novak Djokovic en mode sérénité totale.
Novak Djokovic en mode sérénité totale. — YANN BOHAC/SIPA

Gilles Simon a fait ce qu’il a pu, et même un peu plus. Rouge pivoine à force de courir jusque dans le parking de l’Accor Hotels Arena pour ramener les gauche/droite de Novak Djokovic, le Français a fait durer le suspense une heure et demie jeudi en huitièmes de finale à Bercy (6-3, 7-5), ce qui n’est pas si mal vu les standards actuels du n° 1 mondial, invaincu depuis la fin août et qui n’a pas perdu un seul set depuis la finale de l’US Open. En étant un peu attentifs à son match du jour, on a essayé d’isoler quelques raisons qui font de Novak un monstre absolu, avant son quart de finale face à Berdych ou Tsonga.

Il ne s’énerve jamais

Contre Simon, Novak a semblé aussi concentré qu’un petit garçon hyperactif à son premier jour de crèche. A force de laisser son esprit flâner de partout sauf sur le court, il a totalement perdu le rythme au service, se faisant breaker quatre fois (!) dans le seul deuxième set. Cela aurait pu (dû) le faire sortir d’un match qu’il maîtrisait de moins en moins devant un public qui poussait de plus en plus. Que nenni. Le n° 1 mondial semble imperméable à la frustration : tout était oublié après une petite séance de services avec Boris Becker à la sortie. « Ça arrive, relativise le Serbe, un œil sur le match (mal embarqué) de Federer en salle de presse. Ce genre de journées arrive, il faut juste essayer de garder ses nerfs. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, et je reste positif malgré tout. Je suis allé taper quelques services, ça va déjà mieux. »

Il crée du stress en permanence

Il y a Federer, qui vous met à deux mètres de la balle le temps de tourner la tête. Il y a Nadal, qui défend jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et puis il y a Djokovic, une sorte de RoboCop troisième génération, qui envoie des fusées dès le premier coup de raquette jusqu’à finir par vous cuire à l’étouffée. « C’est le problème de Novak, explique Simon. Je n’ai pas peur de jouer contre lui parce que qu’il va y avoir des échanges et qu’il va devoir faire plusieurs coups de raquette pour marquer un point, mais ce qu’il se passe justement c’est que je le sens s’imposer, petit à petit. Après 50 retours de service parfaits, on se dit que peut-être, il va finir par vous en donner un, et puis non. Il crée du stress en permanence, c’est ce qui fait sa force. »

Il n’est pas fatigué (parce qu’il gère bien son calendrier)

Peut-être le plus déprimant de tout. S’il est arrivé par le passé que Djokovic soit cramé par une trop longue saison à Bercy (abandon face à Tsonga en 2011, match balancé face à Querrey en 2012), le Serbe donne l’impression de sentir la rose quand tout le circuit est plus ou moins à l’agonie. Le fruit d’une programmation exceptionnelle. Malgré ses 80 matchs en 2015, Djokovic a par exemple joué 8 tournois de moins que Gilles Simon (16 contre 23), avec tout ce que ça implique d’économie d’énergie en termes de déplacement, de transports, et de séjours stressants à l’étranger. « Il joue moins que les autres, ça fait partie de ce qu’il est en train de créer. Il ne s’aligne que sur les tournois où il se sent à 100 % et où il est presque sûr de gagner. Ça fait qu’il ne lâche aucun match à personne et qu’il est frais même à ce moment de la saison. »

Il a un avantage psychologique sur tout le monde

Ils ne sont que quatre à avoir fait tomber Novak depuis le 1er janvier. Karlovic et son service mastoc, Wawrinka et son niveau surréel en finale de Roland-Garros, Murray presque par hasard et Federer deux fois sur surface rapide. Il va sans dire que la confiance indécente du Serbe, qui a marqué deux fois plus de points que Federer, son plus proche poursuivant, commence à peser sur les esprits. « Il sait avant de commencer un match qu’il va gagner 60 ou 65 % des points du fond du court, résume Simon. Il va en perdre quelques-uns bien sûr, mais à la fin il sait qu’il sera devant. » « Je sais que j’ai une bonne chance contre n’importe qui sur le circuit, reconnaît Djokovic. Evidemment, ça aide pour avoir une attitude positive et optimiste sur le court. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. » Le bougre y arrive bien, pourtant.