US Open: Il y a dix ans, ils ont vu «l’insouciant» Gasquet battre Federer

TENNIS Le jeune Français, âgé de 18 ans, avait créé la surprise à Monte-Carlo…

B.V. et J.L.

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Richard Gasquet et Roger Federer, en avril 2005 à Monte-Carlo.
Richard Gasquet et Roger Federer, en avril 2005 à Monte-Carlo. — Capture d'écran/20 minutes

Ce match laisse un souvenir ému dans le petit cœur fragile de tous les amoureux de Richard Gasquet. Ce 15 avril 2005, celui qui joue mieux du revers que Mozart du piano a écrit les premières lignes de sa légende sur la terre battue de Monte-Carlo en battant, au bout d’un match fou, Roger Federer. Alors que les deux hommes se retrouvent jeudi en quarts de finale de l’US Open, 20 Minutes convoque acteurs et spectateurs de l’époque pour ranimer l’esprit de l’exploit. Quand le 101e mondial, 18 ans, vient à bout de l’intouchable numéro un mondial…

Avant le match : « Rien ne lui paraissait impossible »

Par Eric Deblicker, coach de Richard Gasquet à l’époque

« Richard venait d’enchaîner une dizaine de victoires sur terre battue, il était dans une spirale positive. Rien ne lui paraissait impossible. On est à un moment de plein progrès, où son tennis se déclenchait. Il était bien plus insouciant qu’il a pu l’être plus tard dans sa carrière. Avant le match, j’avais juste insisté sur deux points : jouer relâcher et surtout bien servir. Il savait que c’était Federer en face, mais à 18 ans, on n’est pas aussi respectueux de l’adversaire. Battre Federer ne nous semblait pas étonnant. D’ailleurs, dans le vestiaire, je ne me rappelle pas d’euphorie particulière après la rencontre. Comment je l’ai vécue ? J’étais avec son père, on était surtout dans les encouragements et les conseils à droite à gauche. Fais ci, pense à respirer, passe une première, des choses comme ça. »

Pendant le match : « On était tous ébahis »

Par Philippe Bouin, ancien journaliste à L’Equipe couvrant le tournoi

« Mon souvenir le plus marquant c’est l’étonnement. Il jouait sans se poser de questions et avait une faculté à tirer les coups gagnants, surtout en revers. C’est une époque où son naturel s’exprimait totalement sans aucune retenue. On était tous ébahis de sa capacité à mettre Federer à cinq mètres de la balle et tellement surpris par la qualité des coups que ça nous faisait marrer. Tout le monde se disait « c’est pas possible », c’était à la fois irréel et épatant. Même le public était abasourdi, l’ambiance était un peu étrange. Il y a toujours des petits prodiges dans le tennis, mais le voir mener Federer c’était un moment assez ahurissant, sidérant, presque de fiction.


Je me souviens avoir écrit dans le journal que même si c’était quelque chose qu’il ne referait pas forcément dès le lendemain, la France tenait un grand joueur. Je pensais vraiment à ce moment-là qu’il avait les qualités pour gagner un grand chelem. Quand on est capable de faire ça… »

Après le match : « Il pourrait donner la même interview demain »

Par Marc Maury, intervieweur au bord du terrain

« Après le match, il était heureux comme tout. L’interview, c’était déjà du Richard dans le texte, avec son accent : "Je ne m’attendais pas à battre Roger, c’est un grand joueur". C’est l’humilité faite homme, sans doute un peu trop. Pour gagner il ne faut pas regarder jouer l’adversaire, et ce jour-là il ne l’avait pas fait. Il était d’ailleurs revenu plusieurs fois au score après avoir été mené. Richard est un timide, pas un extraverti, même s’il a fait beaucoup d’efforts dans ce domaine-là. Il a toujours été très déférent en interview, d’ailleurs il pourrait parfaitement donner exactement la même jeudi s’il gagne. »

Si cet article vous en a donné l’envie, voici le match en entier :