Wimbledon: Comment Richard Gasquet est (presque) devenu un roc mental

TENNIS Demi-finaliste de Grand Chelem pour la troisième fois, le Français efface une réputation de joueur trop fragile dans sa tête…

Julien Laloye

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Richard Gasquet, a new man is born.
Richard Gasquet, a new man is born. — Mike Frey/BPI/REX Shutt/SIPA

« Richard Gasquet, the man of steel ». L’homme d’acier. Ça vient de la BBC, d’accord, et l’auteur de la formule n’a certainement pas partagé toutes les affres de la Gasquet-dépendance, mais quand même, lire Richard et acier dans la même phrase, ça fait un choc. Un choc à peine surmonté qu’il nous faut écouter le bison de Sérignan expliquer « que c’est le mental qui a pris le dessus sur le reste » pour lui permettre de désagréger la machine Wawrinka en quart de finale de Wimbledon. Là, il a carrément fallu se mouiller la nuque pour ne pas succomber. Richard qui nous parle mental, lui, l’homme des épaules tombantes, des défaites formidables et des capitulations avant la bataille ?

Peut-on avoir un orgasme en regardant jouer Richard Gasquet ?

Le nouveau blockbuster à la mode à Londres/montage maison

MAIS QU’EST-CE QUI LUI PREND ? RENDEZ-NOUS NOTRE RICHARD D’AVANT ! avait-on alors envie de crier de désespoir. Las, il faut s’y faire, Gasquet est en train de devenir un gagnant. « Le mental va avec la maturité, la gestuelle, l’attitude sur un terrain, explique Eric Deblicker, l’entraîneur qui l’a emmené jusqu’à sa première demie de Grand Chelem, en 2007. En début de carrière, il montrait parfois beaucoup trop de signes d’agacement ou de fatigue. Mais Il a progressé de ce point de vue, et ça va avec le mental. Au fur et à mesure des années qui passent, on mûrit, on se connaît mieux, et on sait ce qu’on doit montrer ou non vis-à-vis de l’adversaire, et aussi de l’extérieur. Face à Wawrinka, il a démontré qu’il était capable d’encaisser tous les scénarios qui peuvent se présenter lors d’un match de tennis. »

Richard d’acier n’est pas né contre Wawrinka, d’ailleurs. Il s’est limé la raquette progressivement, malgré quelques rechutes malheureuses, tel le légendaire « Si j’étais un animal ? Un chien ! On le caresse toute la journée, il dort, il mange, il mange, il dort… c’est une belle vie, il ne force pas beaucoup ! » lâché à L’Equipe en 2013, suivi cette année du non moins fameux « J’ai jamais autant travaillé de ma vie que chez Nadal » (L’Equipe toujours), après un stage découverte à Manacor.

Deux hommes sur cette photo n’ont pas gagné le tournoi de Montpellier/Page Facebook de Nadal

« On lui a tellement dit qu’il était doué, qu’il jouait sur son talent, alors qu’il est un des joueurs que je connais qui bosse le plus, rectifie Deblicker. C’est quelqu’un qui réfléchit beaucoup. Quand il a été blessé au dos cet hiver, il s’est rendu compte que le tennis comptait énormément. Tout ça participe d’une prise de conscience. » Si ça n’en fait pas un héros, Gasquet a tout de même surmonté un contrôle positif à la cocaïne et une hernie discale, ce qui n’est pas si mal pour un garçon affligé d’un supposé manque de caractère.

Reste à faire péter les derniers complexes, ceux qui l’empêchent de dégommer un joueur comme Djokovic, qui ne lui a laissé qu’un set par politesse sur leurs dix derniers matchs. « Il doit encore se persuader qu’il peut aller battre ces mecs-là, l’exhorte Deblicker. Là, on est dans le mental pur. Je discutais avec lui ce matin, je lui disais : “Voilà, entre sur le court en pensant que tu peux gagner”. C’est aussi simple et compliqué que ça. Il m’a répondu : “Oui, oui. Je sais que je peux le faire”, mais bon… »

Mais bon, il disait déjà ça à Roland-Garros, et il s’était fait fesser bien comme il faut par le numéro 1 mondial après avoir lâché l’affaire au bout d’une demi-heure (6-1, 6-2, 6-3). « Tous les entraîneurs qu’il a eus ont tous eu les mêmes discours. Après, c’est à lui de déclencher tout ça. En ayant battu Wawrinka qui a lui-même battu Djokovic censé être imbattable, oui ça peut lui ouvrir des portes. » Même si elles sont en acier trempé.