Roland-Garros: Djokovic-Nadal, c'est qui le plus fort? Leurs deux sparring français racontent

INTERVIEW Les Français Thibaut Venturino et Nicolas Devilder ont été choisis par Djokovic et Nadal pour s'entraîner à la veille de leur affrontement en quarts...

A Roland-Garros, Nicolas Camus
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Thibault Venturino (g.) et Nicolas Devilder (d.) ont été les sparring-partners de Nadal et Djokovic avant leur quart de finale à Roland-Garros, le 2 juin 2015.
Thibault Venturino (g.) et Nicolas Devilder (d.) ont été les sparring-partners de Nadal et Djokovic avant leur quart de finale à Roland-Garros, le 2 juin 2015. — Nicolas Camus

Ils auront eux aussi, à leur manière, participé au match que tout le monde attend depuis le début de ce Roland-Garros. Nicolas Devilder et Thibault Venturino sont les deux sparring-partners qu’ont respectivement choisis Novak Djokovic et Rafael Nadal pour préparer leur quart de finale, mercredi. Mardi matin, les deux Français se sont entraînés une bonne heure et quart avec les deux favoris du tournoi. Un peu plus tard, nous les avons fait s’asseoir à la même table pour qu’ils partagent leurs impressions. Alors, c’est qui le plus fort ?

Savez-vous pourquoi ils vous ont choisi ?

Nicolas : Sûrement parce que je suis gaucher, comme Nadal. Je ne suis pas le seul disponible mais j’avais déjà joué avec lui deux fois avant ses premiers tours ça, c’était bien passé, son entraîneur a sans doute voulu me reprendre.

Qu’est qu’il vous a demandé ?

N. : On travaille le retour, des zones bien spécifiques, un certain type de balle. Concrètement, on essaye de produire la même balle que ce que son adversaire lui proposera.

Mais on ne peut pas faire le même coup droit lifté que Nadal, si ?

N. : Ah oui c’est compliqué ! On essaye, et puis Djoko demande de taper plus fort mais on ne peut pas (rires). Si ce n’est exactement la même balle, j’essaye en tout cas de reproduire les mêmes schémas de jeu que Nadal.



Et Nadal, quelles étaient ses demandes ?

Thibault : Rien de particulier en fait. On a joué tout dans l’axe et ensuite au bout de quatre cinq frappes, il mettait un coup gagnant. C’était assez basique, volées, smashs, services.

C’est la première fois que vous jouiez avec lui ?

T. : Oui. J’en avais fait la demande, parce que j’étais assez curieux de voir ce que ça donnait d’être en face. Après, c’est lui qui veut ou pas et qui a le dernier mot.

Vous allez regarder ce match d’une façon particulière du coup ? Avec un sentiment de responsabilité ?

T. : Moi oui. Ça peut paraître un peu ridicule, mais s’il gagne, j’aurais l’impression d’y être un peu pour quelque chose. Par contre, s’il perd, je penserais peut-être que c’est un peu de ma faute. En tout cas on regarde pas du tout le match de la même manière.

N. : C’est sûr, on a toujours un œil particulier dessus. Après, se sentir vraiment responsable… Ces grands joueurs, ils sont déjà dans leur bulle quand ils s’échauffent avec nous. Et puis ce n’est pas parce qu’ils s’entraînent la veille avec un gaucher ou un droitier qu’ils vont être réglés. Ils n’ont pas besoin de ça, ça fait des années qu’ils sont réglés. C’est juste un petit plus, pour fignoler la chose.

Comment sont-ils tous les deux ?

N. : Ce sont des personnes comme les autres, ils sont respectueux. Après s’ils viennent c’est pour des choses précises. Ils sont dans leur truc, ils échangent beaucoup avec leur staff. Ce qui ne les empêche pas d’afficher du respect.

T. : Ah oui, il n’y a rien à redire là-dessus. Humainement parlant, c’est nickel. Ils sont au top.



Sur une échelle de 1 à 10, ils sont sympas comment ?

N. : Pour moi c’est un peu différent [il a été professionnel sur le circuit jusqu’en 2013], ça fait un moment que je connais Djokovic. Je l’ai joué deux ou trois fois sur le circuit challenger quand il était plus jeune, on s’est croisé ensuite dans les vestiaires. Certains joueurs sont plus près de 1, mais lui, il est vers les 10, clairement.

T. : Moi, à Nadal, je lui mets 10 sans problème. De toute façon, tous les joueurs avec qui j’ai eu la chance de jouer ça s’est toujours très bien passé.

Lequel de vous deux a joué avec le plus fort ?

T. : Alors ça, c’est vraiment dur à dire. Les deux ce sont des monstres. L’un a gagné neuf fois Roland, l’autre ne perd pas un match. Tout peut arriver dans ce match, vraiment, il n’y a pas de règle.

N. : Si on regarde le début de saison de Djoko, c’est extraordinaire. Après, Nadal à Roland en cinq sets, ça reste Nadal à Roland en cinq sets. Je pense que ça va dépendre beaucoup des conditions climatiques.

Etre sparring, c’est encore mieux avec les meilleurs du monde ?

N. : C’est toujours sympa parce qu’on se rend compte de la rigueur, de la qualité de frappe, de plein de choses. Ce sont des personnes qui dégagent tellement de choses, c’est un plaisir.

T. : Pour moi qui ne suis pas pro, me retrouver face à des mecs comme ça, c’est une chance hors du commun. Ils représentent le tennis, ce sont eux qui ont fait évoluer ce sport et qui continuent à le faire. Ce sont des monstres vivants.

Ça met la pression de les relancer ?

T. : Un peu… Surtout Nadal aujourd’hui [hier]. Je l’avais déjà vu s’entraîner et c’est un rouleau compresseur. Je me demandais si j’allais tenir. Bon j’ai tenu, mais forcément on a un peu de pression. On ne veut pas rater. Imaginons que demain je joue avec Federer et qu’au bout de deux minutes il arrête la balle et dit « ah non, ça ne va pas », ce serait dur mentalement (rires). Je me dirais « purée, en fait je joue comme une crêpe, je suis nul ».

N. : (il coupe) Le truc avec ces joueurs c’est de leur faire taper un maximum de balles. Et puis à la bonne hauteur, dans la zone qu’ils demandent. Ça demande beaucoup d’implication, de concentration. Ils ont des qualités de frappe incroyables.