Roland-Garros: Jo-Wilfried Tsonga, le Français au mental (presque) d’acier

TENNIS S’il est le plus régulier des Frenchies en Grand Chelem, ce n’est pas un hasard…

A Roland-Garros, Nicolas Camus

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Jo-Wilfried Tsonga lors de son 8e de finale victorieux contre Tomas Berdych, à Roland-Garros, le 31 mai 2015.
Jo-Wilfried Tsonga lors de son 8e de finale victorieux contre Tomas Berdych, à Roland-Garros, le 31 mai 2015. — XINHUA/SIPA

A force d’entendre que « les Français n’ont pas de mental », on a failli finir par y croire. Bon, d’accord, le 4e set catastrophique de Monfils face à Federer, même si ce serait plus une histoire de petite laine, ne plaide pas pour la cause. Mais Jo-Wilfried Tsonga déjà beaucoup plus. « Peu importent les résultats que j’ai pu avoir avant, je sais que je suis un joueur solide en Grand Chelem », disait-il dimanche après avoir renvoyé le n°4 mondial à la maison. Il a raison. Face à Nishikori, mardi, il disputera le onzième quart de finale de sa carrière en tournoi majeur, soit plus que Monfils (6), Gasquet (2) et Simon (1) réunis.

Les résultats de Jo en Grand Chelem. - capture d’écran 20 minutes

 

Cette confiance en soi est la clé qui donne l’impression que Tsonga est celui qui se rapproche le plus des quatre monstres du tennis mondial. « En France, on pense souvent qu’il faut gagner pour avoir de la confiance, et en même temps qu’il faut être en confiance pour gagner. Du coup c’est un cercle fermé, explique Pier Gauthier, ancien joueur de tennis désormais coach mental au cabinet Celions Coaching. Tsonga a raison de raisonner comme ça. Quand on regarde Djokovic, Nadal ou Federer, ils sont persuadés qu’ils peuvent battre tout le monde tout le temps, ils ont ça ancré en eux. »

>> Si vous lisez l’anglais, nous ne saurions que trop vous conseiller de lire cet article expliquant comment Djoko est devenu le maître du monde

Et ça, ça ne vient pas tout seul. Entouré depuis deux ans par Thierry Ascione et Nicolas Escudé, le grand Jo a entrepris avec eux un gros boulot. « Ma plus grosse faiblesse, c’est que je me disperse. Ce n’est pas maintenant que je vais refaire mon revers ni changer ma volée, estime-t-il. Il faut que je grappille là où j’ai la plus grosse marge, dans la gestion des matchs. »

Dans le mille. Pier Gauthier, qui a collaboré avec Gaël Monfils il y a quelques années, a bien observé Tsonga : « Il a encore un souci à régler : sa frustration. Il a un jeu à risque, il est obligé de se livrer pour battre les meilleurs. Donc des fois il rate, c’est normal. Et ça, il ne le gère pas forcément très bien. Hier [dimanche], quand il se met à rater à la fin du 3e, il fait des mimiques, il s’agace, il parle au public… Au plus haut niveau, il n’y a pas la place pour ça. La preuve, après il perd trois jeux d’affilée. Federer, qui a aussi un jeu à risques, est très bon là-dessus. Il accepte que des coups lui échappent, il maintient le cap quoi qu’il arrive. »

Malgré ce passage à vide, Tsonga a réussi à se remobiliser. Et quand il a fallu à nouveau servir pour le match, il a cette fois été parfait. Son geste vers ses deux entraîneurs après l’ultime faute de Berdych n’est pas anodin.

La tête mec ! - capture d’écran 20 minutes

 

Il s’en est expliqué ensuite en conférence de presse (à partir de 43’’)

Cela prouve que Jo-Wilfried Tsonga avance petit à petit. « Il dégage quelque chose. Ses intentions sont très claires. Il y a une ligne directrice chez lui, ce qu’on ne sent pas forcément avec Monfils, qui est plus en dents de scie, juge notre coach mental. Il ne lui manque que ce petit truc pour gagner des grands tournois. Mais il en parle, c’est bon signe. » Aller se frotter aux grosses têtes du circuit dans le dernier carré de Roland serait aussi un bon moyen d’achever la mutation.