Roland Garros, la plaie des entreprises bientôt de retour

TENNIS Chaque année, les employés perdent étrangement en productivité pendant deux semaines au mois de mai…

B.V.

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Illustration d'une personne regardant Roland Garros au travail, le 20 mai 2015.
Illustration d'une personne regardant Roland Garros au travail, le 20 mai 2015. — Charlotte Gonthier/20 Minutes

Allez avouez, on est entre nous… On le sait bien que vous aurez du mal à résister au quart de finale de Gaël Monfils ou au cinquième set d’un Rafael Nadal en danger dès le premier tour. Et puis, c’est tellement facile de lancer un onglet avec un streaming du match et le fermer dès que quelqu’un passe derrière vous. Il y a même des sites pour vous apprendre à mater toute la compétition au boulot sans vous faire gauler. Le problème, c’est que vous n’êtes certainement pas le seul dans votre boîte. Et que c’est un poil risqué.

Le licenciement, c’est possible

Chaque année, entre fin mai et début juin, les entreprises perdent assez bizarrement en productivité pendant une petite quinzaine de jours. Et si certaines préfèrent jouer le jeu en organisant des visionnages collectifs en auditorium ou à la cafet’, d’autres apprécient moyen que le dossier Michaud-Saubiron soit retardé par un Azarenka-Cornet. « Dès lors qu’il y a des événements sportifs comme Roland ou la Coupe du monde, c’est une question qui se pose, note Me Eric Rocheblave, avocat spécialisé dans le droit du travail. Il y a fréquemment des décisions de justice sur des contentieux entre des entreprises et des salariés qui utilisent leur temps de travail pour regarder les compétitions. »

Et si les décisions sont « fluctuantes en fonction du passé ou du secteur d’activité », il existe une jurisprudence qui fait peu rire. « En 2013, la Cour d’appel de Bordeaux a jugé que l’écoute à la radio de matchs de la coupe du monde de football 2006 rendait impossible le maintien du salarié dans l’entreprise et constituait une faute grave », poursuit Me Rocheblave. Et l’on ne parle ici que d’écouter un match à la radio, pas de le regarder à la télé, sur son ordi/téléphone/tablette.

Sans aller jusque-là, plusieurs boîtes se contentent parfois d’envoyer une notice avant une compétition ou de délivrer quelques rappels à la règle. « Lorsque je travaillais pour une société de bourse, les employés avaient fortement tendance à regarder Roland-Garros sur les écrans de la salle des marchés, se souvient Joseph Thouvenel, Vice-président confédéral de la CFTC. Il y a eu une remise au pas car la direction s’en est vite aperçue. Il n’y a pas eu de sanction car j’avais fait valoir à l’époque que la direction, pour ce qu’on en savait, était elle-même dans les tribunes de Roland-Garros. »

Y a lolo qui bouffe toute la bande passante

Dans cette grande boîte d’e-commerce, on rigole encore l’histoire de cet informaticien déserteur le jour d’une demi-finale de Rafael Nadal, reconnu à la télévision par ses collègues avec une pancarte à la gloire de l’Espagnol entre les mains. Bilan : un avertissement de la direction. Dans le cultissime « Paparazzi », pour une histoire similaire au Parc des Princes, Patrick Timsit n’avait pas eu droit à autant de clémence.


 

Et si un léger débrayage peut éventuellement être autorisé pendant quinze jours, la limite est franchie quand on gêne ceux qui se foutent cordialement du revers de Richard Gasquet. « Je surveille 3 ou 4 personnes fans de tennis car ils regardent des streamings, bouffent toute la bande passante et font ramer les serveurs, témoigne Yves, travaillant au service informatique d’une grande radio. Parfois, je suis obligé de faire crasher leur ordi avec un message ‘il suffit’. C’est devenu un jeu entre nous, mais parfois c’est pesant. » Et ça dure quinze jours.