France-Nouvelle-Zélande: «Par moments on les a concassés», les Bleus entre fierté et «dégoût» d’être passé si près

RUGBY Le XV de France a offert un magnifique spectacle contre les All Blacks, mais ça n'a pas suffi... 

Au Stade de France, Nicolas Camus

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Xavier Chiocci lors de France-Nouvelle-Zélande, le 26 novembre 2016 au Stade de France.
Xavier Chiocci lors de France-Nouvelle-Zélande, le 26 novembre 2016 au Stade de France. — Christophe Ena/AP/SIPA

A bien écouter les joueurs de l’équipe de France après leur rageante défaite contre la Nouvelle-Zélande (19-24), samedi, on se dit qu’il n’y avait peut-être pas que nous, avec notre indécrottable mauvais esprit, qui craignions le pire. Dans un coin de leur tête, les Bleus avaient eux aussi un peu peur que les progrès affichés face aux Samoa puis l’Australie se fracassent sur la montagne noire. Que leur état d’esprit joueur ne fasse pas le poids face aux maîtres du monde. Bref, de repartir du Stade de France avec une valise qui aurait ébranlé les quelques convictions qu’ils commençaient à se forger.

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Oh ils n’en ont rien dit, bien sûr. C’est dans les sous-titres qu’on est allé pêcher cette impression. Dans cette manière qu’ils ont eu, tous sans exception, de répéter qu’ils avaient «rivalisé avec la meilleure équipe du monde». Cela a été une belle surprise pour une équipe dont une petite moitié des titulaires n’avait jamais affronté les Blacks. «Je suis très fier du comportement de l'équipe de France et de ses jeunes joueurs, critiqués par leur faible engagement physique contre l'Australie. Les Néo-Zélandais nous étaient supérieurs, mais je pense qu'ils n'ont pas trop rigolé. On les a affrontés, par moments concassés», résume Guy Novès.

«Il y a beaucoup de positif, embraye Charles Ollivon. Sur la volonté, l’engagement, on a été là. On s’était promis de ne pas s’échapper, et on a répondu présent.» Le troisième ligne est bien placé pour en parler. C’est lui qui a donné le ton avec une cavalcade dans la défense néo-zélandaise dès la 2e minute, amenant la première des 42 occasions gâchées par les Bleus.

N’allez pas croire non plus que les Français avaient la banane jusque là dans la zone mixte du stade. La déception était évidemment prégnante. «On est content, mais on n’est pas très content. On est passé tout près, c’est rageant, ajoute Ollivon. On a un peu les boules, mais on va pas baisser la tronche, loin de là. Parce qu’on a mis les ingrédients pour se régaler, pour combattre. Et on l’a bien fait.»

Satisfaits. Mais frustrés. Mais heureux quand même. Mais pas trop non plus. On n’en a pas croisé un qui n’était pas tiraillé au sujet de cette performance. Petit florilège.

Guilhem Guirado: «On est tous très déçus, à la limite du dégoût car on tient le bon bout, on arrive tous à trouver notre place dans le collectif, malheureusement ça fait deux défaites d'affilée et on ne l'accepte pas quand on est des compétiteurs».

Maxime Machenaud: «On a plus de regrets ce soir [samedi] que contre l’Australie. Parce qu’on ne peut s’en prendre qu’à nous même. Les occasions, on les a. On aurait dû en mettre deux ou trois au fond. On a été trop impatients, eux ont profité de nos erreurs défensives».

Brice Dulin: «Au vu de tous les efforts qu'on a pu fournir et de ce qui a été produit, le résultat n'est pas en notre faveur. On sentait qu'il y avait la possibilité de le faire. Quand on est capable d'enchaîner les temps de jeu, de faire des beaux mouvements et qu'on fait tomber le ballon par manque de réussite ou par maladresse, le regret est là».

On laissera le mot de la fin à Yannick Bru, l’entraîneur des avants. Parce qu'il résume parfaitement le sentiment dominant après cette soirée. «Le destin ne nous donne rien, philosophe-t-il. Les gars, pour leur qualité de travail, pour le temps qu’on a passé ensemble, auraient mérité de valider tout ça par une victoire sur une nation majeure. Mais ça donne envie de continuer.» Ces Bleus essayent, savent où il veulent aller et ont réveillé notre curiosité.