Serge Betsen a répondu à vos questions: «Pour répondre au racisme, un bon plaquage a plus de valeur que de s'énerver»

CHAT L'ancien 3e ligne de l'Equipe de France de rugby vous a répondu...

C.G et C.La

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Serge Betsen en chat à la rédaction de «20 Minutes», le 12 mars 2015. Lancer le diaporama
Serge Betsen en chat à la rédaction de «20 Minutes», le 12 mars 2015. — Aurélie Delaunoy / 20 Minutes

Le chat est désormais terminé, merci à tous.

Le mot de la fin:
J’ai écris ce livre avec pour objectif de mettre en avant les freins qui ne permettent pas à la France aujourd’hui d’être une nation compétitive au très haut niveau. Alors que nous avons le potentiel et les moyens pour y parvenir. Grâce à ce livre, j’aimerais que les institutions du rugby puissent se mettre autour d’une table pour définir ensemble qu’elle est la vision du rugby que la France souhaite avoir et quels sont les moyens que l’on souhaite y mettre. Merci pour vos questions pertinentes. Serge Betsen

David: Un livre choc sur le dopage dans le rugby est paru et indique que le rugby n'aurait pas été épargné par le dopage. Quel est ton point de vue? 

Le rugby, c’est la vie. Et dans la vie, il y a toute sorte de personnes. Des gens respectueux, des gens motivés, des gens travailleurs…

Personnellement, je n’ai jamais vu un partenaire ou un adversaire se doper. Il faut condamner ces pratiques. Elles n’ont pas lieu d’être dans ce sport.

En parlant de dopage, je me sens le premier responsable, car j’ai été acteur de mon sport. Et tous les sacrifices que j’ai fait, tout le travail que j’ai du faire pour arriver à ce niveau là, est balayé d’un revers de main par ce livre. C’est vrai que le rugby est un jeune sport professionnel, et c’est essentiel de le garder propre. Il faut que les dirigeants soient continuellement à l’écoute des joueurs pour leur donner les moyens de bien vivre leur sport et de surtout, être protégé dans l’exercice de leur métier, de ne pas avoir par exemple de cadences infernales qui pourraient les faire se poser la question d’une tricherie pour être plus performants.

Le râleur: A part Thierry Dusautoir, nous n'avons plus de gros plaqueurs en équipe de France, je trouve... Pensez-vous que les joueurs français ne veulent plus se faire mal?

Je pense qu’il y a toujours eu, et il y aura toujours, de très bons plaqueurs en France. Et on a un joueur très talentueux qui a fait ses débuts, et qui à chaque fois m’émeut, c’est Eddy Ben Arous. Je le trouve très mobile et il a été dans ses deux derniers matchs la source de beaucoup de récupération de balles. Il est très technique.

A ce niveau là, c’est aussi une question d’organisation. On a vu l’équipe de France être très agressive sur le match contre l’Irlande. Mais on n’a pas vu cette régularité tout au long du tournoi pour le moment.

Xav: Au vu des résultats de l’équipe de France, doit-on faire rentrer de nouveaux joueurs (jeunes ou moins jeunes) dans le groupe France ou doit-on garder les sélectionnés actuels jusqu’à la Coupe du monde?

Je pense que Saint-André a déjà changé des joueurs en novembre. Je pense à Speeding, Teddy Thomas, Camille Lopez… pour renouveler l’équipe. Aujourd’hui, il faut faire confiance à ces joueurs et essayer de les préparer au mieux pour la fin du tournoi des 6 nations et puis cette échéance à venir de la Coupe du monde.

Polodidas: Pourquoi avoir mis fin à votre carrière internationale si tôt? 

J’ai arrêté à 38 ans, c’est plutôt tard. Et, j’ai réalisé lorsque je jouais pour les Wasps, en découvrant l’âge de Billy Vunipola et Joe Launchbury, qui faisaient leur premier match comme titulaires en équipe première, qu’il était temps que je passe à autre chose.

J’ai réalisé ce jour là qu’ils étaient nés en 1991, l’année où je suis arrivé à Biarritz à 17 ans! 

Au delà de cette raison marrante, l’expérience anglaise m’a fait réaliser que j’avais fait le tour de la question. J’ai arrêté avec la sérénité que je voulais. C’était le bon moment pour ça.

Seb: Bonjour Serge, je suis un grand fan de rugby et de sport en général, quel sport aurais-tu aimé faire s'il n'y avait pas eu le rugby? Et autre question, te vois-tu un jour sélectionneur du XV de France?

Je suis né au Cameroun. Et j’ai joué au football dès mon plus jeune âge. J’adore aussi le tennis. J’aime pratiquer tous les sports et les essayer. C’est cette ouverture sur d’autres sports qui m’a enrichi en tant que joueur de rugby.

Je sors du tournoi des 6 stations, où on a pratiqué du ski, du surf… J’adore vraiment faire du sport!

Pour être sélectionneur du XV de France, cela ne se décrète pas… Mais c’est vrai que j’adorerais entraîner. Depuis ma retraite, je me suis laissé le temps d’apprendre, de comprendre encore plus mon sport. C’est d’ailleurs l’objet de mon livre. Donc pourquoi pas.... Mais cela ne dépend pas de moi. Avant tout cela, il faut dans tous les cas s’occuper d’un club, ce que je n’ai pas encore fait.

Kemi: Le racisme de base fait-il partie des 7 plaies? Vous qui évoluez à ce niveau, comment y faites-vous face et quel message donnez-vous aux Français d'origine étrangère?

Bonne question. Il est clair qu’il faut combattre ce fléau.  Pour moi il est inadmissible d’avoir ce genre de propos dans le sport, plus particulièrement sur les terrains de rugby.

La meilleure réponse, c’est de pouvoir faire preuve de contrôle, de maîtrise de soi et de répondre concrètement en imposant sur le terrain une pression à son adversaire.

On a dans le rugby énormément d’occasion de pouvoir régler ce genre de conflit en étant dans l’action plus que dans la rébellion ou la bêtise. Un bon plaquage, un bon déblayage a plus de valeur à mon sens que le fait de s'énerver puis d’être pénalisé bêtement et ainsi pénaliser son équipe. L’autre solution, c’est de montrer le résultat final à l’adversaire du joueur en ayant tout fait pour gagner justement! 

Milo: Que penses-tu des choix de notre sélectionneur?

Je ne me sens pas le droit de critiquer les joueurs sélectionnés. Car ils sont là et ils ont travaillé dur pour être dans cette position. Et c’est important de respecter cela.

Aujourd’hui, j’aimerais juste comprendre ce que Saint-André attend des joueurs.

Une fois qu’ils sont sélectionnés, il faut les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils puissent faire bien leur métier et vivre leur passion. Et aujourd’hui, je ne retrouve pas cette exaltation, ce plaisir, de jouer en Equipe de France. Alors que les joueurs font pourtant énormément d’efforts. On a envie de les aider.

Il y a eu aussi beaucoup de blessés qui font qu’il n’y a pas eu de continuité dans les équipes. Pour moi, n’importe quel joueur qui est à l’honneur de la sélection, doit être prêt à tout donner et je pense que c’est le cas.

Tanguy: Bonjour Serge, Ne penses-tu pas que c'est dommage de ne pas prendre le meilleur buteur du top 14 Wisniewski alors que le buteur en Equipe de France Lopez n'est pas en réussite et n'est même pas buteur en club? Est-ce qu'on ne minimise pas trop le rôle de buteur en France? Merci

Déjà, Lopez, normalement est buteur à Clermont, il me semble. Derrière, oui, on peut dire que l’on minimise le rôle du buteur en France. Je dois dire qu’on n’y accorde pas l’importance qu’on devrait y accorder. Je me rappelle de Laurent Mazas, que je voyais tout le temps à l'entraînement faire ses gammes de buteur. C’est ce qui m’avait permis d’ailleurs, avec Biarritz de gagner le Bouclier de Brénus sur son drop contre Agen.

Puis, d’un autre joueur qui m’a marqué, dans cet esprit là, c’est mon ami et pote de club Dimitri Yachvili. Il a révolutionné le rôle du buteur en arrivant à Biarritz.  
Cet exemple montre qu’il faut qu’on y accorde une importance dans le système de l’organisation des clubs. Il faut que cela aussi plus important dans la formation du joueur. Je me rappelle d’ailleurs d’Armand Randrianarivo qui m’a entraîné à Clichy et c’est un hommage que je lui rends car il est décédé. Il m’a encouragé à buter alors que je n’avais pas encore un poste défini quand j’ai commencé à jouer au rugby. J’y ai été très sensible. Il faut que les enfants découvrent toutes les facettes de ce jeu pour savoir s’ils aiment ou pas. On minimise, on ne met pas toujours en avant les qualités dont on a besoin dans tel ou tel poste. Et donc ce qu’on attend d’un joueur.

Lio: Salut Serge. Tu tapes dur dans ce livre. Pourquoi? Tu penses vraiment que la France peut retrouver le top mondial? 

Oui, la France peut retrouver le top mondial parce qu’elle a le potentiel humain, financier, de pouvoir le faire. Donc, oui, je pense vraiment que l’on peut faire partie des toutes meilleures nations du rugby au monde.

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Il est de retour. Serge Betsen, l'ancien 3e ligne du XV de France, publie Les 7 plaies du rugby français. Un livre dans lequel l'emblématique plaqueur dresse un constat alarmant sur le rugby français et donne plusieurs pistes pour replacer le XV de France dans le top international. L'objectif? Voir la nation soulever enfin sa première Coupe du Monde. Pour présenter son ouvrage, il sera de passage à la rédaction de 20 Minutes jeudi pour répondre aux questions des internautes.