Roland-Garros: Novak Djokovic n'en ferait-il pas un peu trop avec son histoire de gluten?

TENNIS Le n°1 mondial est devenu l’apôtre d’une pratique très à la mode…

B.V.

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Novak Djokovic à Roland-Garros le 26 mai 2015.
Novak Djokovic à Roland-Garros le 26 mai 2015. — Michel Euler/AP/SIPA

L’histoire est désormais contée avec la même dramaturgie qu’un verset de la Bible. Pris de vertiges et d’une immense fatigue lors d’un match de l’Open d’Australie face à Jo-Wilfried Tsonga en 2010, Novak Djokovic attire l’œil du docteur Igor Cetojevic. Ce dernier vient à sa rencontre et lui propose un régime sans gluten. Miracle. Le Serbe perd du poids, devient quasi instantanément une bête physique insubmersible, s’empare de la première place mondiale et ajoute sept tournois du Grand Chelem à son palmarès, lui qui n’en avait gagné qu’un jusque-là.

Plus fort : il crée une mode. Jo-Wilfried Tsonga, à qui l’on avait assuré qu’il « gagnerait tout s’il arrêtait le gluten » ou Andy Murray se laissent tenter par l’expérience, le grand public y voit les prémices d’un nouveau régime miracle. Apôtre d’un nouveau style de vie, Djokovic convertit les païens. Il publie un livre intitulé Service gagnant, une alimentation sans gluten pour une parfaite forme physique et mentale et devient l’ambassadeur de Gerblé pour la gamme de produits « gluten-free ».

« Ce régime a changé ma vie, ma carrière, m’a fait me sentir tellement mieux que j’ai eu envie de parler de mon expérience, justifie-t-il. Je ne fais pas ça pour influencer les gens, leur dire comment vivre ou quoi manger. C’est un partage au cas où certains pourraient y trouver une utilité. Des gens m’ont déjà dit que ça les avait aidés, c’est agréable. »

Impossible de contester que l’arrêt du gluten, cette protéine que l’on retrouve dans plusieurs céréales et notamment dans le blé - et donc tout ce qui est fait avec, a été bénéfique au Serbe. Après une batterie de tests, il a expliqué avoir été diagnostiqué comme intolérant au gluten. Sans jamais avoir assuré être victime du syndrome cœliaque, maladie digestive auto-immune (pouvant provoquer de la fatigue, des douleurs abdominales, des diarrhées etc.) née de l’intolérance permanente à une ou plusieurs fractions protéiques du gluten, et avec laquelle il aurait été très compliqué pour Novak Djokovic de devenir ne serait-ce qu’un joueur professionnel.

(les symptomes de la maladie coeliaque chez l’enfant et l’adulte)

Aucun intérêt pour les sportifs non-intolérants

Mais il souffrait donc d’une hypersensibilité au gluten. « Il y a des hypersensibilités avérées ou totalement imaginaires et c’est souvent très difficile de répondre car on a pas de test très précis pour déceler les vraies, des fausses hypersensibilités au gluten », explique Christian Rémésy, nutritionniste, ancien directeur de recherche à l’Inra et auteur de L’alimentation durable pour la santé de l’homme et de la planète.

Difficile donc de chiffrer sur une population le taux d’hypersensibilité. Mais ce qui est sûr, c’est que tous les joueurs qui se sont essayés au régime « gluten-free » n’en souffrent pas. Et qu’ils n’ont du coup pas grand-chose à y gagner. « Beaucoup espèrent toujours améliorer leur performance par des recettes magiques, poursuit Christian Rémésy. Mais le gluten ne crée pas de problèmes physiologiques chez eux. »

Ils pourraient même y perdre. Andy Murray : « J’ai essayé pendant deux mois et je me suis senti super mal. J’ai perdu toute mon énergie, j’étais faible. » « Peu de sportifs gagneraient par exemple à arrêter les pâtes alimentaires, poursuit Christian Rémésy, un sportif qui les aime gagne à en consommer beaucoup à la veille d’une rencontre pour avoir une bonne réserve de glycogène, s’il ne les remplace pas par un plat équivalent, non seulement il n’aura aucun bénéfice à les arrêter, mais il aura même un manque. » Le chercheur ajoute d’ailleurs que tous les glutens ne se ressemblent pas et que par exemple, les pâtes sont faites avec de la semoule de blé dur et que cuites à l’eau bouillante, elles sont a priori très digestes, plus en tout cas que le pain, fait de farine de blé tendre.

L’ouverture vers une alimentation plus saine

Sans compter qu’à très haut niveau, la privation des choses qu’on aime peut avoir un effet psychologique négatif. Le toujours très posé Rafael Nadal : « Le plus important est d’être heureux, frais mentalement. Si être au gluten-free ou avoir le régime parfait vous pousse à faire de gros sacrifices et que vous n’êtes pas bien, il vaut mieux éviter. » Tsonga lui-même, alors qu’il était au beau milieu de son régime sans gluten, assurait s’offrir de temps en temps une pizza.

Depuis, il a arrêté. Mais pas sûr qu’il ait repris les cinq kilos qu’il avait perdu dans l’histoire. Car évidemment, l’arrêt du gluten n’est pas la recette miracle pour fondre. Mais plutôt une ouverture vers une alimentation beaucoup plus saine et équilibrée. « Le sans gluten s’accompagne souvent d’un changement total de mode alimentaire, et dans le cas des sportifs, il faut tendre vers quelque chose de très varié avec de nombreux fruits et légumes, proche du végétarisme », remarque Christian Remesy. D’ailleurs, le fameux Dr Cetojevic a confié quelques années plus tard avoir changé de nombreuses habitudes à Djokovic, et notamment d’arrêter la « junk-food ». Dur pour un fils de pizzaïolo.

(Le nouveau régime de Novak Djokovic, source l’Equipe)

« Evidemment, s’il mangeait des pizzas à longueur de journées, souligne l’ancien directeur de recherche à l’Inra, la perte de poids s’explique parce qu’il n’a pas remplacé l’apport calorique des pizzas ou des pâtes par une quantité identique de riz par exemple. » Un sportif doit évidemment éviter d’avoir un régime trop monotone et ne doit pas abuser des produits sucrés, des barres énergétiques faites de calories vides (sucres et gras ajoutés). Et s’il supprime ça, ce sera déjà pas mal.

(Voici l’exemple d’une journée des menus d’une journée pour Novak Djokovic, source)