Mondial de handball: «C'est jouissif», l'art de la maîtrise sous haute pression par Nikola Karabatic

HANDBALL Le joueur emblématique de l'équipe de France est pour l'instant irréprochable dans ce championnat du monde...

Nicolas Camus

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Nikola Karabatic, le patron de l'équipe de France de handball, lors du Mondial 2017 en France.
Nikola Karabatic, le patron de l'équipe de France de handball, lors du Mondial 2017 en France. — Barczyk/PressFocus/SIPA

Après cinq minutes qui ont paru interminables, le premier but ne pouvait venir que de lui. Alors Nikola Karabatic s’est arraché, a passé le bras entre deux colosses islandais et envoyé une mine dans la lucarne. Son rugissement a réveillé ses coéquipiers et sorti le public de la torpeur qui commençait à s’installer. 3-1 pour l’Islande, certes, mais ce 8e de finale pouvait enfin commencer.

Depuis le début de ce Mondial, Karabatic tient son rôle de leader à merveille au sein des Experts. Cela paraît d’une évidence folle tant on est émerveillé par le niveau et la régularité du garçon depuis maintenant plus de 10 ans. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. Le joueur du PSG aurait tout pour se dire que cette compétition doit être la sienne. L’image du handball en France, c’est lui, et après avoir tout gagné hors des frontières, il mériterait bien une consécration à la maison.

C’est là que nous reviennent en mémoire les mots de Tony Parker, dans une position équivalente lors de l’Eurobasket 2015. Après la compétition, achevée tout de même sur une troisième place, le Français aux quatre titres NBA n’avait pas caché ses regrets quant à ses performances : « Je me suis peut-être mis trop de pression dans cette compétition, pour laquelle je m’étais préparé comme jamais. Je voulais tellement bien faire que je n’ai pas réussi à me relâcher. Pourtant, j’ai eu de la pression toute ma carrière mais c’est comme ça. Je pense que je n’ai jamais pu trouver un bon rythme sur ce tournoi. Ça fait mal au cœur. »

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Surjouer est une tentation si humaine… Pour l’instant, avant le quart de finale contre la Suède, mardi, on ne ressent rien de tel chez Karabatic. Mais comme on peut se tromper, le mieux est d’aller lui poser directement la question. La réponse est dense, intéressante. La voici en intégralité.

« C’est vrai qu’avant cette compétition, quand j’y réfléchissais, je me disais que ça allait être dur, cette pression. Et au final, je ne la ressens pas, en tout cas moins que sur toutes les autres compétitions. Je ne sais pas pourquoi… Peut-être le fait d’être à domicile, paradoxalement, d’avoir cette force en plus avec nous, le fait de pouvoir relativiser. Je sais qu’on est attendu, je sais que je suis attendu, mais je n’ai rien à prouver aux autres, je pense. C’est plus pour moi, pour ma famille et mes proches. J’ai de longues années de compétitions et de titres derrière moi, la pression est mon amie, elle est là tous les jours avec moi [il sourit]. Je sais comment évoluer avec elle maintenant. »

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Avec 19 buts inscrits sur 32 tirs lors de ce Mondial, Karabatic n’est ni le meilleur marqueur des Bleus, ni dans la fourchette haute de ses standards de réussite. Et pourtant, il y a cette sensation de plénitude dans l’air quand il pose ses pieds sur le Taraflex. Il fait jouer ses copains, il tire quand il le faut, il arrache des bras devant sa zone, bref, il exprime sa capacité unique à être aussi précieux en attaque qu’en défense. « Son talent est sans limite », nous disait Jackson Richardson la semaine dernière. « C’est notre leader, ajoute Ludovic Fabregas. Il veut gagner, et sa capacité à mettre tous les moyens pour arriver à ses objectifs est impressionnante. Il nous entraîne avec lui. »

« C’est jouissif »

A 32 ans, Nikola Karabatic semble plus que jamais au sommet. Maîtriser à ce point tous les paramètres de son sport, ça doit être jouissif, non ? « Bien sûr que c’est jouissif, parce que c’est mon métier, répond l’intéressé. Ça me permet de prendre du recul, et pas qu’en dehors des matchs. Pendant aussi. De jouer un peu plus relâché, de m’amuser, d’essayer de faire des matchs pleins à tous les niveaux. Ouais, je prends beaucoup de plaisir. »

Tout ça n’aura réellement de sens, bien sûr, que si la France se trouve à la place attendue le 29 janvier, soir de la finale. Si l’équipe de France ne manque pas de cadres, beaucoup de choses reposeront tout de même sur Nikola Karabatic. « Il ne joue pas non plus pour la France entière », tempère Vincent Gérard. Du moment que ça ne le paralyse pas, en tout cas, tout va bien.