Mondial de handball: Pourquoi Claude Onesta est vu comme le boss du management en entreprise

HANDBALL L'ancien entraîneur en chef de l'équipe de France intervient très régulièrement en entreprise pour donner des conférences sur le thème du management des hommes...

Nicolas Camus

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Claude Onesta tient régulièrement des conférences en entreprise sur le thème du management lorsqu'il n'est pas aux alentours d'une salle de handball.
Claude Onesta tient régulièrement des conférences en entreprise sur le thème du management lorsqu'il n'est pas aux alentours d'une salle de handball. — ISA HARSIN/SIPA

Claude Onesta n’est plus l’entraîneur principal de l’équipe de France, mais ses préceptes vont en régir le fonctionnement pendant encore longtemps. L’homme qui a fait des Experts les mâles dominants du hand mondial a su instaurer une méthode de management qui lui est propre, on le sait. Beaucoup de choses ont été écrites pour expliquer cette fameuse nécessité du « projet commun ». Il s’est lui-même exprimé dans un livre, « Le règne des affranchis », paru en 2014. Cette méthode possède aujourd’hui une sorte de label d’excellence, très prisé au-delà du sport.

Depuis quelques années déjà, Onesta donne des conférences en entreprises. Des grosses boîtes du CAC 40 comme des PME l’ont sollicité pour qu’il vienne raconter son expérience, expliquer ce qu’il a mis en place après les échecs de la période 2001-2005 pour ensuite enchaîner les victoires. « Au départ, on est venu le chercher sur la notion de performance durable. Son créneau, c’était "comment devenir numéro 1, et surtout comment le rester", explique Alexis Douay, responsable de l’agence Entourages, qui collabore avec différents grands noms du sport et une de celles avec lesquelles Claude Onesta travaille régulièrement. Et puis c’est devenu "comment j’arrive à devenir champion et à le rester tout en changeant mon équipe". »

Olivier Thonnel est le directeur du cabinet Progress Concept, dont l’objectif est de « contribuer à la performance de ses clients ». Le mois dernier, il a décidé de faire venir l’ancien prof d’EPS pour parler à quelque 200 d’entre eux. Pourquoi lui ? « Parce que dans la notion de performance des équipes, il y a beaucoup de gens qui sont très conceptuels. Ce qu’on cherchait avec lui, c’était son côté pragmatique, répond le directeur. Ses méthodes ont connu beaucoup de réussite, on s’est dit qu’il pourrait donner des clés à nos clients. Et tout le monde a été bluffé. »

« Que du positif après sa venue »

Toutes les personnes contactées qui ont assisté à une de ses conférences décrivent un fin pédagogue, doté d’un charisme presque enchanteur. Passionné par l’être humain et ce dont on peut en tirer, l’Albigeois, homme de gauche revendiqué qui se considère plus « comme un grand témoin » que comme un conférencier, est avant tout quelqu’un qui aime parler. Et qui a l'art de convaincre son auditoire.

« Il a joué le jeu avec tout le monde, reprend Olivier Thonnel. C’est quelqu’un qui a des valeurs. Quand il dit "le premier acte du management, c’est d’avoir le goût des autres", ce n’est pas de la théorie ! Je n'ai entendu autour de moi que du positif après sa venue ». Le dirigeant admet avoir eu du mal à faire ce montage de 5 minutes pour résumer l’intervention qui a duré une heure.

C’est bien beau tout ça, direz-vous, mais concrètement, de quoi parle-t-il dans ses interventions ? On y vient. Claude Onesta ne parle que très peu de handball, il s'en sert juste pour illustrer son propos. Ce dernier tient en trois axes: la motivation et le mode de fonctionnement des individus, la performance collective, et le comportement du manager.

« Avec nous, il a pris l’exemple du peintre, raconte Pierre-Olivier Martin, DRH chez Roche Diabetes Care France, qui l’a accueilli en 2015. Il nous a dit que son rôle à lui, ça avait été de donner un cadre. Et qu’après les joueurs étaient responsables du dessin. C’est un parallèle intéressant pour une entreprise. Le manager doit donner la direction, mais ce sont les salariés qui réalisent, qui font la réussite de l’entreprise. »

La révélation

Le but affiché n’est pas de révolutionner le fonctionnement global d’une société, mais d’en amener les responsables à s’interroger sur leur manière d’aborder les choses au quotidien. Quand on lui a demandé ce qu’il avait retenu de cette conférence, Emilien Béranger, l’un des managers concernés, a parlé de « révélation ». Pour ces trois leçons, au moins.

  • « On pense que pour être un bon manager, il faut savoir faire les choses. Parce qu’on se pose toujours la question de la légitimité. Si je ne sais pas faire ce que je demande à mon salarié, pour qui je vais passer ? Mais non, ce n’est pas notre rôle. Lui ne va pas apprendre à Karabatic à jouer au hand. Il a su se détacher de ça. Ça a été une vraie prise de conscience pour moi ».
  • « On lui a demandé des conseils pour remotiver une personne. Ça l’a fait rire. Il a eu cette phrase magnifique : "Quand vous recrutez quelqu’un, le jour où il arrive, il est motivé. La question que j’ai envie de vous poser, c’est qu’est-ce que vous avez fait pour qu’il ne le soit plus ?". En fait, ça ne vient pas de la personne, mais de nous. Donc il faut se forcer à réfléchir sur ce qu’on peut mettre en place à notre niveau, et pas au sien ».
  • « Dans les fonctions commerciales, on a tendance à ne primer que les meilleurs. C’est un système qui amène les gens à la performance individuelle, contre les autres. Alors que pour vraiment gagner, ça passe par le collectif. La somme des individualités est meilleure que tout. Les sept titulaires d’une équipe de hand n’y arriveront jamais seuls. Le seul moyen, c’est la construction d’une victoire commune, qui au final n’empêchera pas les meilleurs de sortir du lot de toute façon ».

Vous en conviendrez, le récit est détaillé, la marque apparemment bien imprimée. Et le cas d'Emilien semble loin d'être isolé. Qui a dit que l’équipe de France de handball n’avait pas l’impact qu’elle méritait dans notre pays ?