Mondial de handball: Franchement, ce serait pas le pire métier du monde doublure de Titi Omeyer?

HANDBALL Vous êtes bons, vous espérez jouer, et puis le meilleur gardien du monde squatte la place à 40 ans passés...

Nicolas Camus

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Au cas où vous n'auriez pas reconnu le joueur sous la serviette à côté de Thierry Omeyer, il s'agit de Vincent Gérard.
Au cas où vous n'auriez pas reconnu le joueur sous la serviette à côté de Thierry Omeyer, il s'agit de Vincent Gérard. — FRANCK FIFE

Les gens qui ne suivent pas forcément le championnat de première division de handball - ce qui représente tout de même une bonne partie de la population française - l’ont sans doute découvert mercredi soir. Thierry Omeyer rassasié de petits shooteurs brésiliens dès la mi-temps (14 arrêts), son fidèle second Vincent Gérard a eu le droit d’aller tâter le taraflex de Bercy pendant toute la seconde période du match d’ouverture, remporté facilement par les Bleus. Une opportunité rare dont il a bien profité. Elu homme du match - à sa grande surprise -, il a multiplié les arrêts lui aussi (8 sur 16) et même inscrit le dernier but du match.

Franchement, on a trouvé ça chouette. Parce que Vincent Gérard occupe peut-être le poste le plus ingrat de l’histoire du hand : être la doublure de Titi Omeyer, un monstre toujours au top à 40 ans, peut-être le meilleur gardien qu’ait connu ce sport.

En gros, même si vous êtes au top, vous ne serez jamais que le second. Nous, comme ça, on se dit que ça doit être un poil frustrant. Vincent Gérard n’est pas d’accord. Et en plus il a vraiment l’air sincère quand il le dit : « Quand on est derrière un gardien comme ça, on ne peut qu’apprendre, progresser. C’est une légende. Il n’y a pas de frustration, je ne serais pas là s’il y en avait, promet-il. Je suis très heureux de mon rôle et je l’accepte pleinement. »

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Cela semble devoir être le lot de tous ceux qui se sont succédé à ce poste. « C’est sûr que c’est un gardien qui a pris beaucoup de place dans la cage française. Il n’a laissé que des miettes, relève Cyril Dumoulin, non retenu pour ce Mondial après avoir participé aux titres de 2014 et 2015. Mais ce n’est pas un hasard. On ne le laisse pas là parce qu’on l’aime bien. »

Mais comment on vit, alors, avec cette impression, très humaine, d'être tombé au mauvais moment et de devoir se contenter des restes ? « C’est une question que tu te poses à toi-même. Est-ce que je peux gérer ça ? », explique Dumoulin. Si l’ARGRTO, la célèbre Association pour la reconnaissance du gardien remplaçant de Titi Omeyer, existait ailleurs que notre cerveau, elle serait présidée par Daouda Karaboué. De 2004 à 2013, l’actuel entraîneur des gardiens des U19 nationaux a tenu la baraque, dans l’ombre.

Voilà ce qu'il disait au moment de se retirer, en 2013: «Est-ce que j’ai eu la reconnaissance que je méritais? Ça fait longtemps que j’ai arrêté d’attendre qu’on reconnaisse mon talent. Même si je n’ai pas toujours eu le temps de jeu que j’aurais souhaité, il a été décisif par moments.» Peu avant, il lui avait rendu un bel hommage  dans Le Monde, se comparant à « un petit garçon » à côté de la hargne qui habite continuellement l’indéboulonnable Alsacien. 

Ne reste plus, alors, qu’à s’incliner. Et se concentrer sur cette fonction au combien importante de numéro 2. « Ce rôle est très spécifique. Ce n’est pas facile, il faut rester constamment sous pression alors qu’on peut très bien ne pas jouer une minute », détaille Gérard. En fait, ce dernier entrera sur le terrain dans les cas de figure suivants :

  • Si le score est acquis
  • Si Titi est fatigué
  • Si Titi est dans une mauvaise passe face aux shooteurs adverses (oui, c’est possible)
  • Sur un penalty, pour déconcentrer le tireur

« Le plus dur, c’est qu’on n’a pas le temps de s’installer. Il faut être capable d’être efficace très rapidement, sur des périodes très courtes, reprend Dumoulin. Il ne faut pas forcément avoir la volonté d’être décisif, sinon on va surjouer. Il faut "juste" éteindre le feu quand c’est nécessaire. » Avant de laisser Omeyer manger à nouveau du regard l’impétueux qui ose se présenter devant son but. « C’est difficile mais excitant, résume Gérard. Et au final, être avec lui est une bénédiction. » Ok, nous aussi on s'incline, alors.