Handball: Pour les arbitres français, c'est presque perdu d'avance

Euro Deux arbitres français sont actuellement engagés en Pologne. Leur destin est intimement lié au parcours des Bleus…

Guilhem Richaud

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Les deux arbitres français ont officié lors d'Espagne-Allemagne. Ils n'ont pas hésité à sortir les cartons.
Les deux arbitres français ont officié lors d'Espagne-Allemagne. Ils n'ont pas hésité à sortir les cartons. — SIPA

Vous pensez que les Français ont gagné le Mondial 2009, l’Euro 2010, le Mondial 2011, les JO 2012 ? Les Experts peut-être. Mais pas tous les Français. A chaque fois depuis la Croatie en 2009, le parcours des deux arbitres tricolores s’est arrêté en demi-finale. 

Nordine Lazaar, aujourd’hui à la retraite, a participé à toutes ces compétitions internationales avec Laurent Réveret. « C’est une des grandes frustrations de ma carrière, résume-t-il. Quand on est arbitre on est aussi des sportifs de haut niveau. A chaque match on est évalué et on attend de nous qu’on soit les meilleurs possibles. Lorsque la performance est au rendez-vous, c’est frustrant de savoir qu’on ne peut pas faire la finale parce que notre équipe nationale la joue. Mais bon, on connaît la règle dès le départ donc on ronge notre frein en silence. »

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Son binôme pendant ces années-là, Laurent Réveret, est toujours en activité. Il arbitre actuellement avec Stévann Pichon à l’Euro en Pologne. « On fait les matches des poules C et D, explique-t-il. Comme la France joue dans le A et va croiser avec le B, on ne peut pas arbitrer dans ceux-là. Si on est bon, on avancera dans la compétition. »

Jusqu’à la finale ? Si la France n’y est pas. « On commence à avoir l’habitude. On sait très bien que la Fédération ne brillera jamais parce qu’elle a deux bons arbitres qui font des finales. Si aujourd’hui le handball rayonne, c’est parce que l’équipe gagne. On l’a intégré. Ce qui compte avant tout pour nous, c’est d’être performant, d’avoir la reconnaissance des équipes, des coachs et des officiels qui nous encadrent. »

Quand on croisait les collègues arbitres qui s’occupaient des Bleus, on leur mettait la pression pour qu’ils les saquent et encouragent l’équipe adverse

Supporters, mais pas trop

Bon OK. Et si les Bleus perdent plus tôt que prévu alors ? Ce n’est pas gagné d’avance. Les deux Français, qui avaient arbitré la petite finale l’an dernier au Qatar postuleront pour la finale. La situation s’était déjà présentée en 2012 lors de l’Euro, quand les Bleus avaient raté leur compétition. « Mais les instances ont préféré nous mettre sur la demi-finale Serbie-Croatie qui était bouillante, se rappelle Nordine Lazaar. »

Pour les autres fois, ce n’est pas faute d’avoir essayé. « Quand on croisait les collègues arbitres qui s’occupaient des Bleus, on leur mettait la pression pour qu’ils les saquent et encouragent l’équipe adverse, plaisante-t-il. On ne souhaite pas à l’équipe de France de perdre, mais s’ils avaient échoué une ou deux fois en demi-finale ces dernières années, je ne suis pas sûr que j’aurais versé une larme. »

Laurent Réveret est plus policé. « On n’arbitre pas les jours où ils jouent, explique-t-il. On regarde leurs matchs. Vu leur niveau de jeu, c’est difficile de ne pas les supporter. Bon on fait quand même attention, il faut que ça soit mesuré. Il ne s’agit pas de se pointer avec du bleu blanc rouge partout, le maillot de Karabatic et des drapeaux sur la tête. Tant qu’on reste correct, c’est de bonne guerre. »

Les arbitres de cet Euro peuvent aussi se marrer. La preuve.

Abalo, Fernandez, Karaboué, maîtres chambreurs

Et entre Français, joueurs ou arbitres, on essaie d’échanger un peu avant ou pendant la compétition. « On ne l’a pas fait cette année car il n’y a pas de changements majeurs au niveau de l’arbitrage, mais ça nous est arrivé d’intervenir auprès des joueurs pour leur expliquer des modifications de règlement ou d’interprétation de certains gestes, détaille Laurent Réveret. Pendant la compétition il arrive aussi qu’on échange avec Claude Onesta par messages. Il a toujours un œil sur notre performance. »

Comme les joueurs d’ailleurs, qui n’hésitent pas à les chambrer. « Souvent quand je les croisais ils en rajoutaient une couche, se marre Nordine Lazaar. Ils nous disaient "Désolé les gars, cette année vous allez encore rater la finale." » Et au rang des maîtres chambreurs, Jérôme Fernandez, Daouda Karaboué et Luc Abalo. Mais attention, en cas de revers pour cet Euro compliqué par les nombreuses blessures, les moqueurs pourraient changer de camp…