Bordeaux-ASSE : « Il aurait pu aller bien plus haut », le talentueux Wahbi Khazri passe-t-il à côté d’une plus grande carrière ?

FOOTBALL Trop irrégulier, l'attaquant stéphanois Wahbi Khazri, qui va retrouver les Girondins de Bordeaux dimanche (15 heures), n'arrivera sûrement jamais à atteindre le top niveau européen

Clément Carpentier

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Wahbi Khazri, l'attaquant de l'AS Saint-Etienne.
Wahbi Khazri, l'attaquant de l'AS Saint-Etienne. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Wahbi Khazri retrouve les Girondins et le Matmut Atlantique dimanche (15 heures) avec les Verts.
  • Capable du meilleur comme du pire, l’attaquant stéphanois se montre encore beaucoup trop irrégulier pour rejoindre le très haut niveau européen.
  • Les critiques sur ses problèmes de poids et son caractère bien trempé sont-elles justifiées ?

« Bien sûr que oui », la réponse fuse quand on demande à Nicolas Maurice-Belay si son ancien coéquipier et pote Wahbi Khazri aurait pu jouer au top niveau européen. Pour lui, il n’y a pas de doute. C’est vrai que d’un point de vue talent pur, le Tunisien en a ! Et pas qu’un peu. Mais pour atteindre le très haut niveau, ça ne suffit pas… Il faut bien d’autres choses.

Capable de performances exceptionnelles comme d’énormes trous d’air dans un match ou sur une saison, l’ex-attaquant des Girondins, qu'il retrouve dimanche (15 heures), reste à 28 ans un intermittent du spectacle avec l’AS Saint-Etienne. Ce joueur est extrêmement frustrant pour tout entraîneur ou supporter. Alors, le Tunisien est-il en train de passer à côté d’une bien plus belle carrière ?

Des problèmes de poids ? Le faux débat !

C’est la critique, pratiquement systématique, que l’on fait à Wahbi Khazri dès que ça va un peu moins bien : il aurait des problèmes de poids. La parution de photos et vidéos sur les réseaux sociaux comme en février alimente régulièrement le débat : « Il a toujours eu tendance à être en surpoids. Après est-ce que c’est dû à sa morphologie ou son hygiène de vie ? Je ne suis pas nutritionniste », confie Pierre-Paul Antonetti,ancien joueur et recruteur de Bastia qui l’a longuement cotoyé le Tunisien lors de sa formation.

Nicolas Maurice-Belay, lui, se souvient qu’à l’époque, « c’était compliqué pour Willy Sagnol (leur entraîneur à Bordeaux) car il était hyper pointilleux là-dessus et en même temps Wahbi (Khazri) était son meilleur joueur… » Difficile donc de punir son attaquant pour quelques abdos moins saillants. Et si certains grands clubs ont peut-être pu tiquer là-dessus, l’ancien recruteur corse tient à rappeler quelques faits :

« On dit que ça joue sur ses performances… Moi ce que je vois c’est qu’il a toujours été décisif. Physiquement, c’est quelqu’un qui peut supporter une grosse charge de travail et répéter les efforts. Il a une excellente VMA (Vitesse Maximum Aérobie) par exemple. Il n’est pratiquement jamais blessé depuis le début de sa carrière et puis être costaud, ça peut aider dans les duels (sourires). »

Pour info, Wahbi Khazri, c’est 34 matchs de moyenne sur les six dernières saisons. Apparemment, l’attaquant a plutôt la forme pour quelqu’un parfois en surpoids…

Toujours pas l’âge de raison

L’autre limite que certains spécialistes avancent tient plus à son caractère. Eh oui, l’attaquant des Verts est un bon compagnon de route des arbitres : « Comme souvent avec les joueurs qui ne trichent pas et donnent tout sur le terrain, il a le sang chaud, il parle beaucoup et il a été formé à bonne école », s’amuse Nicolas Maurice-Belay. Et ce n’est pas avec l’âge que ça s’améliore… Wahbi Khazri a encore pris 12 cartons dont un rouge la saison dernière.

Le Tunisien Wahbi Khazri prend régulièrement des cartons pour contestation.
Le Tunisien Wahbi Khazri prend régulièrement des cartons pour contestation. - NICOLAS TUCAT / AFP

Forcément à un moment, ça agace et en premier lieu ses entraîneurs. Jean-Louis Gasset n’avait pas mâché ses mots il y a quelques mois à ce sujet : « Depuis le début de la saison, on ne fait que le lui dire (de se tenir à carreau) et il le sait. Il pénalise l’équipe avec ses cartons et les suspensions qui suivent. À 28 ans, je pense qu’il peut réfléchir. Je lui en ai parlé. » Sachant qu’en plus les cartons tombent souvent pour contestation…

Une irrégularité fatale pour espérer mieux

Finalement si le meilleur joueur stéphanois de la saison dernière (14 buts et 8 passes décisives) n’arrive pas à franchir le palier du dessus, c’est peut-être avant tout à cause de son irrégularité. Une irrégularité symbolisée par exemple par son début de saison plus que moyen (0 but, 2 passes décisives).

Mais pour Nicolas Maurice-Belay, « il a repris bien trop tôt après la CAN (Coupe d'Afrique des Nations), il n’a pas eu assez de vacances ». Alors que pour Pierre-Paul Antonetti, « il ne peut pas toujours porter l’équipe tout seul, ça lui est souvent arrivé de tenir son équipe à bout de bras et du coup quand ça va moins bien ça se voit tout de suite. » Les supporters bordelais pourront confirmer.

Ça, c’est sur le court terme. Les explications peuvent s’entendre. En revanche sur le long terme, son ancien compère du vestiaire – « on n’était pas loin l’un de l’autre » – s’interroge toujours aujourd’hui :

« Pourquoi est-il allé à Sunderland après Bordeaux ? Moi, je le voyais aller dans des plus grands clubs comme Séville à l’époque. C’est un joueur qui doit jouer tous les trois jours. Il aurait pu aller bien plus haut ! »

Eh oui, peut-être. Mais pour le moment, Wahbi Khazri reste ce joueur capable de tout comme de « passer complètement à côté de son match, perdre 15 ballons sur la même rencontre, dixit NMB, pour au final vous mettre une frappe en pleine lucarne de 25 mètres à la 96e. » Tout Wahbi Khazri !