Strasbourg : Un projet pour mettre la femme au centre du jeu

FOOTBALL Le club de l’AS Pierrots Vauban et la société strasbourgeoise EcoGreenEnergy veulent défendre la mixité sur et en dehors des terrains de foot

Alexia Ighirri

— 

Strasbourg: L'équipe de football féminin de l'AS Pierrots Vauban (en jaune)
Strasbourg: L'équipe de football féminin de l'AS Pierrots Vauban (en jaune) — Sandra Jankowenko
  • Alors que le Variétés Club organise son premier match caritatif mixte ce mercredi à Reims, un projet entend porter la mixité bien plus loin à Strasbourg. Grâce au travail de l'AS Pierrots Vauban et l’entreprise EcoGreenEnergy qui accompagne les industriels dans leur maîtrise d’énergie. 
  • Ensemble, ils veulent proposer un véritable plan d’accompagnement en défendant la place de l'athlète féminine dans le projet sportif mais aussi celle de la femme dans la société.

Alors que le Variétés Club organise son premier match caritatif mixte ce mercredi à Reims, un projet entend porter la mixité bien plus loin à Strasbourg. Pas besoin de vedettes du foot comme têtes d’affiche, mais le travail de l' AS Pierrots Vauban – club historique qui a quand même vu passer Arsène Wenger ou Jacky Duguépéroux- et de l’entreprise  EcoGreenEnergy qui accompagne avec succès les industriels dans leur maîtrise d’énergie. Que font ces deux acteurs dans la même équipe ? Eh bien, ils entendent défendre sous le même maillot (jaune et noir, pour info) la place de l’athlète féminine dans le projet sportif comme celle de la femme plus généralement dans la société, en lui proposant un véritable plan d’accompagnement.

Alors ça commence évidemment sur les terrains de foot. Ceux de l’ASP Vauban donc : « Historiquement, c’est un club masculin même si des Pierrettes étaient là à l’origine. La section féminine est récente, c’est sa troisième année. Il y a une centaine de femmes sur les 500 licenciés du club », débute le président de la section féminine de Vauban Freddy Rump, également directeur général… d’EcoGreenEnergy. Outre le président, trois joueuses de l'équipe senior (D2) et le coach sont également employés de la société strasbourgeoise. « On parle plus foot au boulot que business à l’entraînement », sourit ce dernier.

« Développer le féminin »

Freddy Rump embraye : « Ce qui nous motive c’est de trouver l’équilibre d’une mixité moderne dans la société. C’est disruptif : quand on regarde un club masculin, le but c’est de gagner. Notre but c’est de développer le féminin à travers le foot. De mettre la femme au cœur du projet. Pour cela, il faut y mettre des valeurs profondes. Le fait qu’EcoGreenEnergy porte économiquement le projet Vauban, c’est de la mise en pratique de ces valeurs, ça apporte des actes. »

« Le point de départ, c’est la femme. Le ballon c’est un moyen de développement. »

Son coach, Stéphane Martos, souscrit : « On veut défendre la mixité qui doit avancer dans la société. Toutes les filles ont conscience qu’elles ne sont pas dans une équipe classique. Elles doivent partager les valeurs et les assumer. » Aucun problème pour la milieu de terrain Noémie Sturm qui a, en prime, pu associer le « plaisir » du foot à un job d’acheteuse chez EcoGreenEnergy « J’ai compris très tôt que les footballeuses ne pouvaient pas gagner leur vie, je savais qu’il fallait que je travaille. C’est la première fois de ma vie que je vais au travail avec plaisir, ma vie est changée, je suis épanouie. » De quoi lui permettre de relativiser sa blessure au genou qui l’éloigne des terrains.

L’entreprise n’apporte pas qu’une subvention pour placer son logo sur le maillot. Cela va bien au-delà et cela est dû à une vision : celle de la fondatrice et dirigeante d’EcoEnergyGreen, Amandine Aubert. « La société a été créée il y a dix ans sur des valeurs importantes à mes yeux : l’écologie, la liberté, l’innovation et la parité, explique-t-elle. Ces quatre valeurs guident notre action et nos choix à la fois de développement de la société mais aussi de savoir ce qu’on fait de notre valeur ajoutée et comment on essaye de la rendre fertile dans d’autres compartiments que celui de l’entreprise. »

Pas du féminisme mais de la mixité

Convaincue des bienfaits de la gouvernance mixte et paritaire mise en place dans la société (entre elle et Freddy Rump), Amandine Aubert a donc décidé de porter la mixité sur d’autres terrains de jeu. « Mais il ne faut pas voir ça du côté féministe, prévient la dirigeante. On est juste obligé de pousser plus le féminin parce que le masculin existe déjà et est prépondérant. »

Voilà comment est né ce projet, « où on essaye de permettre à ces filles d’être accompagnée de manière complète, dans un environnement qu’elles ne retrouvent pas forcément ailleurs ». Les accompagner dans le foot, dans le monde de l’entreprise, dans leur détermination, en gagnant en confiance : « Je vois bien qu’il y a une forme de plafond de verre pour les femmes. Il ne faut pas grand-chose, c’est assez subtil, pour que les femmes puissent s’asseoir et être complémentaires à côté des hommes. Il manque l’amour de soi et la confiance en soi », estime encore Amandine Aubert.

Pas étonnant de l’avoir vu créer, toujours dans cette philosophie, l'association Au coeur des femmes – école humaniste, qui travaille sur l’accompagnement de l’équilibre relationnel homme-femme dans les secteurs de l’entreprise et éducatif. « A terme, l’idée est d’arriver à réunir ces entités et trouver un lieu commun où on pourrait les héberger et avoir des lieux de rencontres informels, des partages d’infrastructures », se projette la dirigeante. En gros, un siège d’entreprise ouvert pour EcoGreenEnergy, avec des équipements sportifs. Pas un nouveau stade, mais juste offrir aux femmes des locaux auxquels elles ont légitimement droit, pour ne plus avoir à se contenter des restes de vestiaires ou terrains. Comme cela est encore parfois le cas pour les sections féminines de clubs de foot.