OL: «C’est ça la folie du frérot»… Tanguy Ndombele raconté par son ami Yoane Wissa, attaquant de l’AC Ajaccio

INTERVIEW Avant Toulouse-OL ce mercredi (20h50), « 20 Minutes » s’est penché sur le parcours du prometteur milieu relayeur lyonnais Tanguy Ndombele…

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Ici en Ligue Europa contre l'Apollon Limassol, Tanguy Ndombele met à terre de nombreux adversaires depuis ses tonitruants débuts lyonnais, en septembre face au PSG.
Ici en Ligue Europa contre l'Apollon Limassol, Tanguy Ndombele met à terre de nombreux adversaires depuis ses tonitruants débuts lyonnais, en septembre face au PSG. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • L’ancien Amiénois Tanguy Ndombele, qui fêtera ses 21 ans le 28 décembre, n’a pas mis longtemps à trouver ses marques à Lyon.
  • Son ami d’enfance Yoane Wissa, actuellement attaquant à l’AC Ajaccio (Ligue 2), raconte à « 20 Minutes » les différents épisodes de la jeune carrière de l’international Espoirs, qui n’a notamment pas été conservé au centre de formation de Guingamp, à 17 ans.

Avec sept buts inscrits sous les couleurs de l’AC Ajaccio, Yoane Wissa (prêté par Angers) est l’une des révélations de la première partie de saison en Ligue 2. Pour sa découverte de l’échelon supérieur, son ami d’enfance Tanguy Ndombele est lui déjà l’un des hommes forts d’un OL concluant sa phase aller ce mercredi (20h50) à Toulouse. L’attaquant corse de 21 ans retrace pour 20 Minutes le parcours du spectaculaire milieu relayeur lyonnais, d’Epinay-sous-Sénart (Essonne) à l’équipe de France Espoirs.

Yoane Wissa sait soigner ses célébrations de buts au stade François Coty d'Ajaccio.
Yoane Wissa sait soigner ses célébrations de buts au stade François Coty d'Ajaccio. - Gérard Pierlovisi

Quels sont les premiers souvenirs qui vous reviennent de Tanguy sur le terrain, au FC Epinay Athlético ?

J’étais à l’époque aux buts, je lui donnais souvent le ballon et je le regardais faire (sourire). C’était le poumon de l’équipe. Il était alors positionné en pur 10, c’était son numéro de cœur.

Il paraît que vous jouiez aussi beaucoup en dehors des entraînements du club, notamment sur la place du marché d’Epinay-sous-Sénart…

Oui, et surtout au plateau. Il fallait vraiment qu’on ne voit plus rien pour que les matchs s’arrêtent. Tanguy n’hésitait pas à jouer avec son grand frère, lui aussi accro au foot. Du coup, il a vite pris en maturité et a toujours su tenir tête aux grands ayant cinq ans de plus que nous. De toute façon, c’était simple, si tu ne leur tenais pas tête, tu sortais du terrain…

Yoane Wissa (en bas), gardien de 8 à 11 ans avant de passer en attaque, et Tanguy Ndombele (en haut), ici sur une photo d'équipe à Epinay.
Yoane Wissa (en bas), gardien de 8 à 11 ans avant de passer en attaque, et Tanguy Ndombele (en haut), ici sur une photo d'équipe à Epinay. - FC Epinay Athlético

Partagiez-vous à l’époque des modèles dont vous cherchiez à reproduire les gestes ?

En fait, on ne regardait pas un joueur en particulier mais plutôt des vidéos de compilations de dribbles, et surtout de petits ponts. Tanguy a toujours été très à l’aise techniquement et il dribblait tout le temps sur le terrain. Il n’y a pas un match dans lequel il ne passait pas un petit pont (rires). A cet âge-là, on ne pensait qu’à s’amuser mais il n’en a jamais trop fait malgré tout.

Tanguy a intégré le centre de formation de Guingamp à 14 ans. Savez-vous pourquoi il n’a pas été conservé là-bas, trois saisons plus tard ?

Franchement, et ce n’est pas parce que c’est mon ami, j’étais très surpris de cette décision. Je ne comprends toujours pas qu’il n’ait pas été gardé. Avec Châteauroux, j’avais joué quatre fois contre Guingamp à l’époque et seuls James Léa Siliki [aujourd’hui professionnel au Stade Rennais] et Tanguy sortaient du lot dans leur équipe. Cette période de quelques mois sans club a été difficile à vivre pour lui mais elle lui a forgé un mental. Je connais beaucoup de gens qui ont complètement lâché à la fin d’un centre de formation. Tanguy a toujours voulu vivre son rêve donc il n’a pas baissé les bras. Il a continué à s’entraîner dur dans le club de son frère puis Amiens est venu le chercher [en 2014]. Il faut savoir que Tanguy ne doute jamais, c’est sa principale force.

Quelle relation gardez-vous, 13 ans après vos débuts à Epinay et maintenant que vous êtes tous les deux parvenus à devenir professionnels ?

Je considère Tanguy comme mon frère. Nos familles sont restées très proches. Sa mère est par exemple venue fêter la montée en Ligue 1 d’Amiens chez ma famille.

Tanguy n’a finalement eu le temps de disputer que trois matchs avec Amiens en L1 avant de changer de dimension en rejoignant Lyon…

Et on a vu qu’il s’est directement affirmé à l’OL lors de son premier match au Parc des Princes. C’est là qu’on se rend compte qu’il n’a vraiment peur de rien. Juste avant sa première sélection avec les Espoirs [en septembre], on s’est vus à Epinay et je lui demandais pourquoi il n’était pas encore sélectionné. Il le méritait mille fois et c’est chose faite. Je n’ai pas vu beaucoup de joueurs aussi talentueux que lui.

Justement, comment définiriez-vous son profil assez rare pour un milieu relayeur ?

C’est un joueur esthète, très élégant et très beau à voir jouer. Après l’avoir côtoyé à Guingamp, il aimait beaucoup Giannelli Imbula dont il regardait souvent les matchs à l’OM. Mais Tanguy a toujours eu un style bien à lui.

Rêvez-vous désormais d’évoluer un jour dans la même équipe ?

Il nous arrive de taper des délires là-dessus et mais on ne fait pas une fixette sur ça. On ne sait pas de quoi la vie sera faite. En pros, on ne s’est affronté qu’une fois [succès d’Amiens 3-0 contre Laval en mai dernier avec deux passes décisives de Ndombele] et on avait beaucoup rigolé. Aujourd’hui, je me débrouille pour voir tous ses matchs avec l’OL, et franchement je ne regarde que lui. C’est pire qu’un kif de regarder le frère passer à la télé.

« La charge émotionnelle n’a aucune portée sur lui. Il ne se pose jamais de questions sur un terrain. Par contre, c’est sûr que ce n’est pas quelqu’un d’exubérant et qu’il peut vite se braquer ou se vexer » (Christophe Pélissier, son ancien entraîneur à Amiens)

Tanguy Ndombele est décrit comme « discret et introverti », vous confirmez ?

Je n’ai évidemment pas ce rapport-là avec lui. Mais c’est vrai que si personne ne fait le premier pas, il ne dira rien. Des fois, il paraît même énervé alors qu’il ne l’est pas du tout. Et si sur le terrain, son équipe gagne 2-0 mais ne pratique pas de beau jeu, il peut facilement se braquer.

En parlant de beau jeu, Tanguy avait dû bien vous régaler en janvier avec sa passe décisive en coup du foulard contre Lens (2-1), non ?

Ah oui, c’est typiquement un geste qu’on pouvait essayer de reproduire à Epinay. Les gens ne font ça qu’à l’entraînement mais Tanguy a toujours tenté ça aussi en matchs. C’est ça la folie du frérot (sourire) ! A moins d’enchaîner trois sombreros et une virgule, il aura du mal à faire un geste plus spectaculaire un jour.