Real Madrid: Est-ce qu’il ne gagnerait pas tout un peu trop vite, Zinédine Zidane?

FOOTBALL Le coach français en est déjà à une Ligue des champions et une Liga en une saison et demie à la tête du Real, en attendant une nouvelle finale de C1 dans deux semaines...

Nicolas Camus

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Zinédine Zidane + le Roi Midas = Zinédine Zidas.
Zinédine Zidane + le Roi Midas = Zinédine Zidas. — Youtube / Montage
  • Zidane réussit des débuts parfaits sur le banc du Real Madrid.
  • Il a offert au club sa première Liga depuis 5 ans, et en passe de devenir le premier coach à remporter deux Ligues des champions d'affilée depuis Sacchi en 89-90.
  • C'est bien beau tout ça, mais on se demande ce qu'il va pouvoir faire de mieux pour la suite de sa carrière.

Ça doit quand même être sympa d’être Zinédine Zidane. Oh, on n’est pas malheureux dans notre vie, loin de là, mais c’est juste qu’on aimerait voir ce que ça fait de se retrouver, juste comme ça pendant cinq minutes, dans la peau d’un mec touché par la grâce. Pour ceux qui trouveraient l’expression un poil exagérée, on rappellera juste quelques faits d’armes de Zizou, qui a apporté dimanche soir au Real Madrid sa première Liga depuis cinq ans.

  • Doublé pour ses débuts en équipe de France
  • Premier but de l’histoire du Stade de France
  • Deux buts en finale de Coupe du monde
  • Une volée du gauche d’extraterrestre en finale de Ligue des champions
  • Une Ligue des champions après 6 mois en tant qu’entraîneur
  • Un championnat d’Espagne au terme de sa première saison pleine sur le banc
     

Le joueur était hors-norme, l’entraîneur est en passe de gagner tout ce qu’un technicien peut rêver de remporter en club. En même pas deux ans. Comme a l’habitude de le dire l’intéressé, « c’est bieng ». Peut-être même trop, non ? C’est vrai, avec un brin de provoc’, on s’inquiéterait presque de l’avenir de coach Zizou tellement il a commencé tout en haut.

Enfin, ça, c’est notre point de vue. Raynald Denoueix ne le partage pas vraiment - Ô surprise. « Gagner n’est jamais un problème, dit l’ancien coach de Nantes et de la Real Sociedad. De toute façon, on ne choisit pas, alors il faut prendre tout ce que l’on peut prendre. Lui en tout cas le mérite, il faut insister là-dessus. Il a réussi à faire du Real une équipe, un collectif. »

« Le meilleur entraîneur du monde », pour Florentino Perez

En ce début de semaine, les louanges pleuvent sur l’ancien numéro 10 des Bleus. « Il a été le meilleur joueur du monde, et il est aujourd’hui le meilleur entraîneur du monde », s’enflamme son président Florentino Perez. « Zidane a changé l’histoire récente du Real, écrit le quotidien Marca. Sa gestion peut seulement être qualifiée d’extraordinaire. C’est son quatrième titre en 17 mois. »

De son côté, As vante sa gestion parfaite de ce vestiaire de stars. « C’est tout le mérite de Zidane d’avoir réussi la chose la plus difficile pour un entraîneur : maintenir impliqués et actifs les joueurs qui ne jouent pas habituellement », estime le directeur du journal, Alfredo Relaño.

« C’est le jour le plus heureux de ma vie professionnelle, c’est sûr, et de loin », a goûté Zidane dimanche soir juste avant d’être arrosé au champagne par ses joueurs. Et après ? Que faire une fois raflés tous les trophées possibles à la tête de l’un des plus grands clubs du monde ?

« C’est sûr qu’au niveau des résultats, il ne pourra pas faire beaucoup mieux que ça, juge Denoueix. Le Real était en tout cas le meilleur environnement pour lui pour débuter. Ici, il est au-dessus de tout, il a la crédibilité et le respect car il a su amener des choses au-delà de son aura d’ancien joueur. »

Même si Florentino Perez souhaiterait prolonger le Français jusqu’en 2020, le banc du Real n’est pas non plus celui d’Arsenal. Ces 30 dernières années, malgré les innombrables lignes ajoutées au palmarès de la Maison Blanche, seuls trois coachs sont restés trois saisons ou plus : Leo Beenhakker (1986-1989), Vicente Del Bosque (1999-2003) et José Mourinho (2010-2013).

Pour la suite, aller entraîner un autre club est une option, mais même si on peut se tromper, on ne voit pas Zidane aller entraîner en Allemagne ou en Angleterre à la manière de Pep Guardiola. Il a suffisamment répété que le Real était « le club de [s] a vie » pour ça.

En fait, vu de l’extérieur, un seul challenge serait susceptible de l’intéresser. Celui de devenir sélectionneur de l’équipe de France, évidemment. Pas besoin d’aller chercher bien loin pour s’en convaincre, Didier Deschamps lui-même le pense. « Je suis convaincu qu’il va finir par être le sélectionneur de la France, en raison des liens avec ce pays et cette équipe, assurait DD fin mars à El Pais. On se connaît très bien. Je ne vois pas sa présence comme une menace ou une pression pour moi. Un jour, il aura aussi à assumer cette grande responsabilité. »

« C’est Zidane, et rien de ce qui ne lui arrive n’est dû au hasard »

« Bien sûr, l’équipe de France, par rapport à ce qu’il a déjà montré, ce serait logique. Il n’y a même pas à se poser la question, ajoute Raynald Denoueix. Mais il pourrait entraîner le Brésil aussi. Pourquoi pas ? C’est Zidane, et rien de ce qui ne lui arrive n’est dû au hasard. » « C’est Zidane », l’expression sonne dans la bouche du champion de France 2001 comme un sésame qui pourra ouvrir n’importe quelle porte.

En attendant, il faut quand même s’arrêter deux minutes sur ce que peut réussir le Français en cas de victoire contre la Juventus le 3 juin à Cardiff : le premier doublé Liga-C1 pour le Real depuis 1958, et devenir le premier entraîneur à être champion d’Europe deux années de suite depuis Arrigo Sacchi avec le grand Milan AC (1989 et 1990). A 44 ans, ç’en est presque indécent.