Monaco-Dortmund: Son sourire, sa voix, son regard... Le phénomène Mbappé raconté par son propre corps

FOOTBALL Au-delà de son talent, le petit génie monégasque dégage une impression d'authenticité et de joie de jouer très rare...

Nicolas Camus

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Kylian Mbappé, l'attaquant de Monaco, à l'échauffement avant le match contre Dijon en Ligue 1, le 15 avril 2017.
Kylian Mbappé, l'attaquant de Monaco, à l'échauffement avant le match contre Dijon en Ligue 1, le 15 avril 2017. — VALERY HACHE / AFP

C’est une impression qui nous a saisi dès qu’on l’a vu poser un pied sur un terrain mais à laquelle on n’a pas forcément prêté attention tout de suite. Parce qu’il y avait d’abord trop de choses à encaisser dans le jeu Kylian Mbappé. Sa vitesse, ses déplacements de briscard, sa technique propre en toutes circonstances, son sang froid. Maintenant qu’on a commencé à s’habituer, cette impression se fait plus claire: ce que dégage ce gamin de 18 ans - son sourire, sa voix, son regard - est quelque chose de rare, presque déstabilisant.

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Pour en être sur, on a demandé à quelqu'un d'extérieur au monde du foot d'observer le phénomène, étudier ses traits, ses postures, bref, tout ce langage non verbal qui en dit souvent beaucoup. Ces yeux innocents, ce sont ceux d’Olga Ciesco, spécialiste du langage corporel, créatrice du programme FIRST, plateforme de formation en ligne pour apprendre le décodage du non verbale.

A partir de vidéos d’interviews posées, de réactions en zone mixte et d’actions sur le terrain envoyées pour lui présenter Kylian Mbappé, Olga Ciesco s’est rapidement forgé une opinion. « C’est une bonne graine », résume-t-elle, avant d’entrer dans le détail.

L’humilité

« C’est ce qui m’a le plus frappée. Ça le caractérise vraiment, on peut le voir par une combinaison de différents aspects. Son axe de tête, d’abord. Il parle avec une posture légèrement basse et cette posture se retrouve régulièrement sur toutes ses interventions télévisuelles, c’est-à-dire qu’il ne se met pas au-dessus des autres. Il ne se prend pas pour quelqu’un de supérieur. Et puis il est mobile. Quand il parle, il bouge beaucoup les épaules, il y a aussi beaucoup de mouvements au niveau du visage. Ça veut dire qu’il a des émotions qui le traversent, et qu’il les transmet. Qu’il dise qu’il est content ou qu’il est déçu d’avoir raté un truc, il le dit pleinement, il n’esquive pas ».

 


L’authenticité

« Il a une stature, une "colonne vertébrale" forte. Il est droit, mais pas rigide. L’ensemble de son corps est bien ancré. Du coup, on a la sensation quand on le regarde qu’on a affaire à quelqu’un de très bien équilibré. Avec mouvements d’épaules dont on parlait, cela caractérise ceux qui communiquent avec beaucoup d’authenticité. Il ne dégage pas de stress, il n’est pas en train de se forcer à parler, ne donne pas l’impression de choisir ses mots. Il n’y a pas de filtres, il est assez transparent ».

La franchise

« Il regarde la personne à qui il parle, avec des mouvements oculaires directs. Il ne cherche jamais à se cacher, quel que soit le sujet abordé. En plus, il a le regard de quelqu’un qui va bien. C’est un peu difficile à expliquer, mais ça se voit aux muscles autour de l’œil. En cas de grosse fatigue, de santé défaillante ou même de dépression, ces muscles se contractent et laissent apparaître un regard différent. Quand la personne "va bien", ces muscles sont relativement souples et dilatés et cela donne un regard comme il a lui, un regard "rieur" ».

L’empathie

« On le voit dans la vidéo de la zone mixte, quand sa tête penche vers l’épaule. Son axe de tête traduit l’empathie. C’est un geste qu’on fait spontanément quand on regarde notre enfant, par exemple. Il y a de la souplesse ».

La joie

« Quand on le voit sourire, on peut voir qu’il sourit beaucoup à gauche [sa gauche]. En tout cas, son sourire est plus souvent accentué à sa gauche qu’à sa droite. On sait que la gauche c’est le côté émotionnel « spontané » et qu’à droite c’est le côté social "contrôlé", ça veut dire qu’il ressent réellement du plaisir, de la joie, qu’il est réellement content. C’est aussi ce que veulent dire ses "langues de délectation", qu’on voit à plusieurs reprises ».

Kikou Kylian.
Kikou Kylian. - CréditFRANCK FIFE / AFP

La psychologie positive

« Il a beaucoup de mouvements de victoires. Il court avec les mains ouvertes, les bras ouverts, la bouche ouverte. Quand il marque, il court les bras vers le haut, la tête vers le haut. Il ne se retient pas, il profite de ce bonheur. Là où c’est intéressant, c’est que des chercheurs américains sont en train de montrer que plus tu fais ce genre de geste, plus tu entretiens en toi cette biologie de la victoire. En adoptant certaines postures régulièrement, tu finis par changer la biologique de ton corps, modifier certains taux d’hormone. Ça peut faire que tu te sentes plus fort, que tu aies une meilleure estime de toi-même, etc. Lui ne réfléchit pas à tout ça, bien sûr, mais peut-être que plus il profite pleinement de la victoire, du plaisir de jouer, de marquer, plus il entretient ces sensations et plus il va réussir. On pourrait dire qu’il a une psychologie positive, qui s’entretient d’elle-même ».

"Ouais ouais, je viens bien de marquer mon 4e but en 6 matchs de Ligue des champions les gars". - Martin Meissner/AP/SIPA

Voilà pour l’analyse détaillée. Aucun jugement de valeur dans tout ça. On peut, par exemple, être joyeux et bête ou joyeux et intelligent. Il faut en tout cas bien comprendre que tous ces aspects, ici découpés pour plus de clarté, sont liés. Ce qui fait Kylian Mbappé, c’est tout ça à la fois. Si l’humilité et l’authenticité transpirent chez lui, elles n’en feront pas pour autant un grand joueur. Mais si on a un peu de talent, ça peut aider à aller loin, en revanche.