José Mourinho, c'était mieux avant
José Mourinho, c'était mieux avant — Montage (Avec AFP)

FOOTBALL

Premier League: José Mourinho devient has-been (et c'est triste pour le football)

Ça nous fait un peu mal au cœur, mais le meilleur de José Mourinho est sans doute derrière lui…

Le temps passe vite. Il y a douze ans de cela, José Mourinho débarquait en Angleterre en s’autoproclamant Special One. A cette époque, il ne se doutait pas que le 24 octobre 2016, il ferait la une des journaux nationaux en tant que the Humilated One (l’humilié) après avoir essuyé un douloureux revers contre son ancienne équipe (4-0) sur le banc de Manchester United. Pas plus qu’il ne pouvait deviner qu’à 53 ans, il ne serait plus très loin de passer de légende du foot à coach has-been.

Le coup de Mou en stats’

Si le jugement peut paraître sévère, les chiffres ne mentent pas. José Mourinho gagne moins et, surtout, perd plus.

  • Sur ses 27 derniers matchs de championnat, le Portugais a enregistré 13 revers. C’est quasiment autant que lors de ses deux années passées à l’Inter Milan (15). 

     

  • Après avoir raflé six titres à Porto, autant à Chelsea et cinq à l’Inter, ses scores ont décliné au Real Madrid (3) et à son retour à Chelsea (2). Notons qu’avec le Community Shield, il en a déjà glané un à Old Trafford.
  • Mourinho n’a plus atteint la finale de la Ligue des champions depuis six ans. De 2004 à 2010, il en avait joué et gagné deux.
  • Son dernier record individuel (« premier entraîneur de l’histoire de la Premier League à dépasser les 100 victoires en seulement 142 matchs ») repose sur les 85 succès acquis au cours de son premier passage chez les Blues. Symbolique.

Bref, le Mou, c’était mieux avant. Et les chiffres ne sont que l’expression de changements dans le comportement et la manière d’aborder le métier d’entraîneur de la part du Portugais.

Il ne défend plus ses joueurs comme avant

Le 10 septembre dernier, José Mourinho essuie un revers agaçant contre son « double rival », le Manchester City de Pep Guardiola. Enervé par la mauvaise prestation d’ Eric Bailly, le manager des Red Devils n’hésite alors pas à jeter son défenseur dans la fosse aux lions en conférence de presse.

Le Mourinho 2.0. n'est pas tendre avec ses joueurs
Le Mourinho 2.0. n'est pas tendre avec ses joueurs - Montage (Avec AFP)

Curieuse attitude, surtout venant d’un entraîneur que l’on avait pris l’habitude de louer pour sa capacité à détourner la pression médiatique sur lui pour préserver le mental de ses joueurs.

Le Mou est donc passé du papa poule à père fouettard. Un changement de comportement qui pourrait expliquer que des joueurs importants (Ramos, Hazard, Diego Costa, Martial) l’aient lâché ces dernières années.

Plus personne ne veut « mourir pour lui »

« J’étais un bon joueur en Ligue 1 mais lui m’a permis de devenir l’un des meilleurs d’Europe. C’est pourquoi, pour José, j’étais capable d’aller au bout de la terre. » La phrase est signée Didier Drogba, en 2013. L’Ivoirien fait partie de ces joueurs, qui, à l’instar de Marco Materrazzi, Javier Zanetti et John Terry, pouvaient mourir pour le Special One.

Aujourd’hui, ces grands noms ont raccroché les crampons ou sont en fin de carrière, et le natif de Setubal n’a plus grand monde à qui s’accrocher, pas même Zlatan Ibrahimovic qui peine à confirmer des débuts anglais prometteurs. Des liens que le coach ne parvient pas à tisser avec la nouvelle génération. C’est ce qu’on appelle prendre un bon coup de vieux.

Mêmes ses punchlines sont moins bonnes aujourd’hui

José Mourinho et la poésie, c’est une très grande histoire d’amour. « Dans le monde du théâtre et de la communication, c’est un phénomène », se moquait Jordi Vinyals, entraîneur du modeste Hospitalet (Espagne) en 2011.

Il est vrai que le Portugais a toujours su briller devant la presse grâce à des punchlines qu’il mettait au service de mind-games qui pouvaient déstabiliser jusqu’aux entraîneurs les plus expérimentés. Il s’en vantait d’ailleurs il n’y a pas si longtemps.

Malheureusement, le Special One donne désormais l’impression de n’user de grands mots que pour régler des différends personnels (coucou Arsène Wenger) ou soulager la frustration engendrée par des résultats indignes de son talent, comme ce fut le cas après le revers de Manchester United sur la pelouse du Feyenoord en Ligue Europa.

José Mourinho avant d'affronter Manchester City avec son club de Manchester United
José Mourinho avant d'affronter Manchester City avec son club de Manchester United - DR

Il a l’air de plus en plus fatigué

L’info date de mardi et sort du Times. L’effectif de Manchester United serait déjà déçu par la méthode Mourinho. Attendu comme le messie avant son arrivée, le coach serait loin de transcender ses troupes.

Pour cause l’intéressé serait un poil trop distant de ses joueurs. Après la gifle reçue à Stamford Bridge, le manager mancunien aurait préféré déléguer la séance d’entraînement à son adjoint avant de s’abriter dans son bureau plutôt que de l’animer lui-même.

Blasé par son taff, le Mou ? Possible. Au lendemain de son dernier titre de champion d’Angleterre, en 2014-2015, le Portugais admettait déjà « être régulièrement fatigué ». Et vu les traits qui creusent son visage, on veut bien croire que c’est toujours d’actualité.

Le métier d’entraîneur est exigeant et est difficile de rester au plus haut niveau plus d’une dizaine d’années sur un banc. Preuve en est qu’à part Sir Alex Ferguson, rares sont ceux qui ont réussi l’exploit de per (durer). Le Special One a encore l’occasion de rejoindre son ami écossais, mais il devra pour cela inverser une dynamique qui lui semble bien défavorable…