Euro 2016: Il y aura un autre « Les yeux dans les Bleus » si la France va au bout

FOOTBALL La Fédération française a prévu un film souvenir inspiré - de loin - du mythique documentaire réalisé en 1998 en cas de victoire finale à l'Euro 2016…

Julien Laloye

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Deschamps et Pogba plaisantent lors d'un entraînement à Clairefontaine.
Deschamps et Pogba plaisantent lors d'un entraînement à Clairefontaine. — SIPA

A Marseille,

Dix-huit ans après, il est toujours considéré comme LA référence du documentaire sportif en France. Un souvenir chéri par tous ceux qui avaient l’âge de fêter la victoire de 98, un générateur de scènes inoubliables et de répliques entrées depuis dans le patrimoine national. Les Yeux dans les Bleus, le film en immersion de Stéphane Meunier, pourrait connaître une suite avec l’Euro 2016. A la seule et unique condition que l’équipe de France remporte la compétition dimanche prochain. « On réfléchit depuis longtemps à sortir quelque chose, explique-t-on à la FFF. Mais ce n’est valable que si on va au bout, sinon ça ne marchera pas. Et il faudra attendre un peu, le temps qu’on mette toute en boîte. Ce sera peut-être à la rentrée ».

Depuis le début de l’aventure, Guillaume Bigot,le responsable des contenus digitaux de la Fédération, celui qui alimente tous les jours les comptes Twitter et Dailymotion de l’équipe de France avec des vidéos de la vie de château des Bleus à Clairefontaine, emmagasine un stock d’images pour plus tard, au cas où. Le modèle ?  Le film réalisé par l’équipe d’Allemagne lors de sa victoire au Brésil il y a deux ans, avec la même contrainte : Les jours de match et l’avant-veille, c’est l’UEFA qui contrôle toutes les images. « A Clairefontaine, on est indépendants et on peut tourner ce qu’on veut, précise la Fédération. Par contre, on a l’interdiction de tourner dans les vestiaires ».

Une contrainte lourde, pour qui se souvient, au hasard, de la séquence inoubliable d’Aimé Jacquet en train de remonter ses troupes à la mi-temps de France-Croatie, en demi-finale de la Coupe du monde 98. Mais une contrainte théorique : la Fédération allemande avait un peu triché en amont, considérant que la FIFA saurait se montrer conciliante au final. Les champions du monde avaient eu gain de cause, c’est donc qu’il y a moyen de négocier. La véritable interrogation subsiste plutôt dans la nature du contenu du film : peut-il être aussi bon que celui des Yeux dans les Bleus ?

A priori, non, et cela tient surtout à la commande en amont. Guillaume Bigot travaille pour la FFF depuis 1998 et son boulot consiste d’abord à faire de la bonne pub pour les Bleus. Stéphane Meunier, lui, s’était incrusté avec l’œil d’un journaliste, comme il l’explique dans une très bonne interview au monde, réalisée avant le Mondial 2014.

« Charles Biétry, le patron des sports de Canal, avait prévu dans le contrat la possibilité de faire une « cassette » de la Coupe du monde et Aimé Jacquet voulait que les joueurs aient un souvenir de l’aventure. Il a juste demandé un droit de regard avant la diffusion. […] Mon travail, ç’a été de faire accepter la caméra. La méthode était simple : être là tout le temps. Et tout le temps avec une caméra. A partir du jour où je suis arrivé, j’avais une caméra dans les mains, même pour boire un café. Du premier joueur qui se lève au petit-déjeuner à 8 heures du matin au dernier à 2 heures du matin qui se couche après le massage. Jusqu’au visionnage, le staff ne savait pas que je rentrais dans les chambres des joueurs ».

Un exemple concret ? Il fallait avoir les bons réflexespour suivre Zinédine Zidane dans le vestiaire après son expulsion contre l’Arabie Saoudite. « Zidane, je le trouve magnétique, même quand il traverse une pièce. Je le trouve beau à voir jouer. Et, en même temps, je suis journaliste. Alors, quand il se fait expulser, je ne me pose même pas la question une demi-seconde de savoir si je le suis ou pas. Je le fais. Avec respect, pudeur. Mais je le fais, parce que c’est le film ». Il faut sans doute faire le deuil de l’équivalent de plusieurs scènes fortes filmées en 98.

  • Lilian Thuram qui écoute du Miles Davis dans sa chambre après son doublé contre la Croatie
  • Aimé Jacquet et son fameux « Petit bonhomme, c’est pas Zizou » dans les vestiaires de Clairefontaine
  • Vincent Candela sur le banc contre l’Italie qui annonce que Di Biagio va envoyer son penalty au-dessus lors de la séance des tirs au but.

L’exemple allemand revendiqué par la Fédération confirme les premières impressions. Dans le documentaire « Die Mannschaft », on n’apprend rien de transcendant. Plusieurs membres de l’aventure sont interviewés face caméra en mode reconstitution après-coup, ce qui dilue l’intérêt d’un film à vif, et les images fortes sont rares. Schweinsteiger qui joue au golf sur la place, Podolski qui balance un journaliste dans la piscine de l’hôtel, Muller déguisé en serveuse tyrolienne lors du stage de préparation, tout ça est anecdotique et bien fade.

Les nombreuses vidéos publiées par la FFF depuis le début de l’Euro vont un peu dans le même sens. De bonnes idées, comme le principe de passer la journée entière avec un joueur à Clairefontaine, du déjeuner à sa chambre, mais peu de moments marquants, sauf à considérer que voir Griezmann se passer de Giroud dans une partie de Football Manager en est un. C’est une autre limite, si l’on veut faire aussi bien que les Yeux dans les Bleus. Un flot d’images permanent circule déjà sur la vie des Bleus pendant l’Euro, et les joueurs actuels sont bien plus habitués à être épiés et scrutés que ceux de 98, quand les réseaux sociaux et la téléréalité n’existaient pas. Cela dit, à la fin, la valeur du film importera moins que les souvenirs communs de la victoire qu’il inspirera. En Allemagne, plus de 10 millions de personnes s’étaient ruées en salle pour rêver encore un peu de l’été brésilien.