Euro 2016: Cette équipe de France a des défauts, mais elle mérite votre amour

FOOTBALL En battant l'Irlande, les Bleus ont réussi à se qualifier pour les quarts de finale dimanche, en procurant des émotions inédites à leurs supporters…

J.L.

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Les Bleus nous vont vibrer, on ne peut pas leur enlever ça.
Les Bleus nous vont vibrer, on ne peut pas leur enlever ça. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

A Lyon,

L’équipe de France ne fait pas tout bien, mais dans l’ensemble, elle fait bien les choses qui comptent. a voici en quarts de finale, l’objectif minimal qu’on lui avait fixée au vu de son tableau, et si la perspective ne sera pas la même selon que l’Angleterre décide de rester ou non dans l’Euro, elle dégage un courant de sympathie mérité dans son sillage. Depuis l’aventure de 2006, aucune sélection tricolore n’avait suscité autant d’adhésion populaire. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Elle est souvent en retard

L’équipe de France, c’est un peu ton pote tout le temps à la bourre à qui tu pardonnes tout, même s’il t’a promis qu’il arriverait à l’heure, parce que tu sais qu’il va te faire passer une bonne soirée. « Je pense qu’on s’était préparés à bien rentrer dans le match, on savait que ce serait dur physiquement et qu’ils allaient jouer les deuxièmes ballons, mais on a été très gênés par leur engagement », reconnaît Bacary Sagna. Pas grave, la deuxième mi-temps a tout emporté, alors on passe l’éponge.

Elle a une défense en carton, mais Rami est un type trop cool

Certes, la défense tricolore dégage bien peu de sérénité, mais chaque ballon dans le dos d’Adil Rami, particulièrement, fait passer un grand frisson sur notre petit corps. Et puis le Sévillan arrive en zone mixte pour nous expliquer « qu’il était dans le rouge » et que Shane Long, sorte de mélange entre Messi et Ronaldo, « l’avait mis en difficulté parce qu’il va super vite ». Comment en vouloir à quelqu’un d’aussi honnête ?

Elle n’a aucune tactique fiable, du coup c’est un joyeux bordel

Plus cet Euro avance et moins on comprend à quoi joue l’équipe de France. Contre l’Irlande, Matuidi a évolué à droite une mi-temps en étant nul à pleurer, Griezmann est allé dans l’axe se coller à Giroud, Pogba a fini devant la défense après avoir commencé limite ailier gauche, bref c’était du grand n’importe quoi tactique. Mais le tout dans un enthousiasme communicatif et sans jamais perdre l’équilibre. Chapeau.

Elle ne joue qu’une mi-temps sur deux, mais alors quelle mi-temps

Les matchs de 90 minutes, c’est pas trop le truc de nos Bleus qui préfèrent en général se contenter d’une mi-temps de fous furieux pour emporter la mise. La deuxième en général, comme dimanche. La façon dont les Irlandais ont pris le bouillon, en y repensant : dix minutes de pression, et explosion totale en face. Il n’y a pas une équipe dans la compétition capable d’avoir des temps forts pareils.

Elle ne renonce jamais, même quand c’est mal barré

Une équipe de France avec un caractère pareil, ça fait longtemps qu’on l’attendait. Plusieurs fois, les DD boys auraient pu couler avec leur bloc de béton accroché aux crampons dans cet Euro. Mais ces gars croient en eux d’une manière qui force le respect. Lisez ce qu’en dit Matuidi :

« Chacun a élevé son niveau de jeu après ce qu’on s’est dit à la mi-temps. L’équipe a encore montré sa force de caractère. On peut dire ce qu’on veut, que j’aurais pu faire mieux à droite, l’essentiel c’est que j’ai pu me reprendre comme toute l’équipe et faire ce qu’il fallait pour que l’équipe puisse gagner et se qualifier. On a le droit de retenir le positif et cette deuxième mi-temps, parce que c’était une belle mi-temps. »

Elle mise tout sur ses attaquants et c’est drôlement couillu

Deschamps a la réputation d’un entraîneur conservateur, pourtant c’est un qualificatif usurpé sur cet Euro. Le sélectionneur des Bleus n’hésite pas à changer ses plans en cours de match et il utilise tout l’arsenal qu’il a disposition. Un exemple ? Tous les attaquants de la liste ont été titularisés au moins une fois. Le coaching offensif de DD contribue aux fins de match échevelées de son équipe et cela mérite d’être souligné.

Elle fait stresser juste ce qu’il faut, mais pas plus

Au Brésil, la France avait explosé tout le monde en poules avant de se faire sortir dans une sorte d’indifférence teintée d’impuissance contre l’Allemagne. Son Euro à la maison aura transmis d’autres émotions, entre les buts tardifs et les retournements de situation comme celui de dimanche.

Deschamps : « Cette équipe a tout pour être aimée. Elle donne des émotions. Le soutien populaire était encore très fort à Lyon. On en a besoin. »

Elle nous offre un héros différent à chaque match

En attendant Pogba, qu’on voit bien nous qualifier en demies d’une sacoche de mammouth en lucarne dimanche, l’équipe de France a la gentillesse de nous fournir à chaque match un nouveau héros sur lequel s’extasier. Face à l’Irlande,c’est Antoine Griezmann qui nous a fait pondre du papier au kilomètre. Varier le scénario, c’est le meilleur moyen de captiver son audience. Bien vu.

Antoine Griezmann et Dimitri Payet, le 26 juin 2016 lors du 8e de finale de l'Euro contre l'Irlande à Lyon.
Antoine Griezmann et Dimitri Payet, le 26 juin 2016 lors du 8e de finale de l'Euro contre l'Irlande à Lyon. - MARTIN BUREAU / AFP

Elle est toujours là, sans Varane, sans Benzema, sans Diarra

Samedi en conférence de presse, Deschamps se demandait «quelle autre équipe aurait résisté à la perte de 50 % de ses titulaires » dans l’année précédant l’Euro. Aucune probablement, et c’est pour ça qu’il faut apprécier l’équipe de France telle qu’elle est, en dépit de ses imperfections. C’est trop tard pour croire qu’elle dispose d’une quelconque marge de progression, alors allons-y gaiement, on verra bien. Après tout, la Croatie était censée gagner l’Euro et elle est déjà rentrée chez elle, comme le souligne Evra.

« Je rappelle juste que pour tout le monde, la Croatie avait déjà gagné le tournoi. On pouvait déjà partir en vacances. A l’arrivée, ils sont à la maison. Il faut donc faire attention. Ce tournoi n’est pas facile. L’Islande, on les sous-estime. On verra contre les Anglais. Si ce sont les Anglais, ce sera un gros match. Mais contre l’Islande, j’aurai la même concentration d’avant-match que si je jouais contre l’Angleterre. »