Euro 2016: Les femmes de joueurs vont-elles décider de la victoire des Bleus ?

FOOTBALL La question des compagnes des joueurs est devenue une donnée primordiale dans la gestion d'une grande compétition...

Julien Laloye

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Les épouses des joueurs tricolores soutiennent l'équipe de France sur chaque match de l'Euro 2016.
Les épouses des joueurs tricolores soutiennent l'équipe de France sur chaque match de l'Euro 2016. — Twitter/Ludivine Sagna

La même question posée à Dimitri Payet et Yohan Cabaye, et une réponse discrète à chaque fois : Alors, c’était comment ces retrouvailles familiales à Lille, après le match nul contre la Suisse ? Le meneur des Bleus d’abord : « Je suis très famille, ma famille a une place importante dans ma vie, dans mon football, ils font tous les déplacements, c’est important pour moi de les savoir pas loin ». L’ancien parisien ensuite : « Ça donne aussi de la force de pouvoir jouer devant eux. J’étais content de pouvoir les voir après le match, de prendre du bon temps avec eux avant de revenir au château ». C’était la deuxième respiration seulement pour les 23 depuis leur arrivée à Clairefontaine avec compagnes et enfants, et chacun peut mesurer l’importance de ces moments en famille dans la réussite des grandes aventures tricolores.

Un théorème postule même qu’à chaque fois que ces dames ne sont pas contentes, ça se voit vite sur le terrain : « Entre 1998 et 2002, les couples se sont lézardés. En 1998, l’harmonie des familles existait, a écrit Roger Lemerre à propos du flop monstrueux en Corée du Sud. En 2002, On faisait venir les femmes pour briser les tensions entre les joueurs, mais s’il fallait aussi briser les tensions entre les femmes… ». Une phrase qui a fait beaucoup de mal à la cause des femmes des joueurs tricolores, déplore Virginie Ramé, présente en Corée. «  Les médias donnent le tempo et on a parfois pris plein la figure. Mais entre les filles du groupe ça ne s’était pas mal passé. On faisait tout ensemble et on se motivait en permanence. On savait pourquoi on était là. Après quand il y a des mauvais résultats, toutes les merdouilles sont bonnes à prendre ».

L’ex-femme de l'ancien ardien des Girondins de Bordeaux est contente qu’on l’appelle là-dessus. Elle suit l’actualité des Bleus mieux que nous, et les photos de groupes des wags de 2016 qui circulent un peu partout lui rappellent des (bons) souvenirs : « On lit beaucoup de méchancetés, mais quand je vois les filles dans cette euphorie, je n’ai pas l’impression qu’elles sont différentes de nous en 2000. C’est la passion, c’est beau, un truc qu’on vit une fois ou deux dans la vie. Tu as ton mari qui est sur le terrain, dans dix ans c’est fini. J’en ai des frissons rien qu’en les revoyant. Elles sont heureuses d’être là ». Et leurs conjoints aussi, qui sont les premiers à les chercher du regard à leur entrée sur le terrain ou au moment des hymnes, après les photographes, évidemment.

« Notre présence constitue un équilibre pour eux. Quand vous avez un challenge comme à ça dans votre vie, vous êtres contents d’avoir quelqu’un qui vous soutient. Le téléphone plusieurs fois par jour c’est bien, mais je peux vous assurer qu’on avait toutes envie de venir pour vivre ça avec eux, les joueurs ont besoin de ça ». La Fédération a mis du temps à admettre la convergence des intérêts. Mais à partir du moment où elle a compris qu’une épouse pouvait aussi servir à apaiser le courroux d’un remplaçant frustré, par exemple, elle s’est décidée à tout prendre en charge. Et attention au faux pas. Au Brésil, notre confrère maison surplace nous a raconté cent fois la scène où il tombe sur Erwan Le Prévost, alors manager des équipes de France, abandonné de tous dans le hall d’un hôtel de Rio. Le bonhomme avait mal géré l’arrivée des familles après le troisième match de poules, une histoire d’hôtel pas réservé, et la négligence lui a coûté son poste.

Depuis le début de l’Euro, aucune fausse note à déplorer. Pour 15 000 euros par match, la 3F gère le transport et le logement. « Un jour de match en particulier, un joueur ne doit surtout pas être perturbé à cause d’un problème logistique que pourrait connaître sa femme par exemple, explique un cadre de la Fédération au Parisien. C’est pour cette raison que le cercle restreint des proches est pris en charge de A à Z ». Pour l’encadrement, c’est géré. Pour l’ambiance, en revanche, c’est comme en équipe de France. Chacune doit trouver sa place comme une grande : « Quand vous avez raté 98 et que vous venez d’Angers, vous vous dites qu’il va falloir assurer, se souvient Virginie Ramé. Je n’avais pas envie de faire de la figuration. Mais il n’y a pas eu de difficultés avec les filles, même si quand le mari joue au Real Madrid ou au Bayern Munich, le vécu est différent. Adriana est toujours mon amie, Véronique Zidane aussi. On s’appelle de temps en temps pour se donner des nouvelles ».

Adriana Karembeu et les épouses des joueurs tricolores après la victoire à l'Euro 2000.
Adriana Karembeu et les épouses des joueurs tricolores après la victoire à l'Euro 2000. - NIVIERE/SIPA

 

A l’Euro, la dynamique de groupe est assurée par Ludivine Sagna, qui a repris le rôle de chaperonne autrefois dévolu à Adriana Karembeu. La compagne de l’arrière-droit de Manchester City a pris le soin d’organiser un dîner avant la compétition afin d’intégrer les dernières arrivées. Une étape primordiale pour éviter les concours de sac Vuitton ou les remarques perfides évoquées par Govou dans ses souvenirs de la Coupe du monde 2010. Relativisons tout de même l’anecdote. A l’époque, les joueurs n’avaient eu besoin de personne pour faire n’importe quoi.