Euro 2016: Les Bleus ont de la chance? C’est un métier, ma bonne dame

FOOTBALL L’équipe de France a pris l’habitude de remporter ses matchs dans les toutes dernières minutes en 2016…

Julien Laloye

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Les Bleus nous font peur jusqu'au bout.
Les Bleus nous font peur jusqu'au bout. — J.E.E/SIPA

Alex Ferguson peut ranger son « Fergie time » dans les cartons. Le « DD time » sonne un peu plus franchouillard, mais on s’en fout, on est français et on vient de s’enfiler une baguette au beurre, comme les vrais. De quoi on parle ? Ben de la formidable capacité des Bleus à forcer leur destin quand le chronomètre clignote tout rouge et que leurs supporters frisent le malaise vagal. A ce propos, on a lu un peu partout que l’équipe de France avait les fesses bordées de nouilles. Pitié, laissez les nouilles là où elles sont. On ne gagne jamais à la dernière minute par hasard. Enfin une fois, peut-être. Mais pas deux. Encore moins quatre. Oui quatre. Rien qu’en 2016.

Vous êtes perdus ? On la refait dans le détail.

Les Pays-Bas, en mars : Les Hollandais tiennent le nul jusqu’à cette percée toute en force de Blaise Matuidi pour glisser le ballon sous les gants du gardien Orange. 3-2 à la 88e minute.

Le Cameroun en préparation : Les Camerounais reviennent au score par hasard, coup-franc supersonique de Payet en lucarne. 3-2 à la 90e minute

La Roumanie en ouverture au Stade de France : La frappasse de Dimitri 1er roi de France de son mauvais pied, l’insolent.

L’Albanie mercredi au Vélodrome : La tête de Griezmann après le 137e centre dangereux de la deuxième mi-temps.

Le bilan parle de lui-même, semble-t-il. Pour l’instant, cette équipe de France est loin de maîtriser grand-chose collectivement, et ce n’est pas dit qu’elle y arrivera quand ça comptera vraiment, à partir des huitièmes de finale. Mais elle diffuse un sentiment d’inéluctabilité de la victoire au fur et à mesure que le temps passe, même si ce n'est pas tout à fit le Brésil 70 en face. Contre l’Albanie, les Bleus ont frappé au but 15 fois en deuxième mi-temps, et s’ils n’ont pas cadré avant la tête bien ajustée de Griezmann, l’intensité de la menace était réelle. On ajoute d’ailleurs qu’il restait encore cinq minutes à jouer après le but du Madrilène, et qu’il ne s’agissait pas à proprement parler de l’occasion de la dernière chance. Les Albanais ne sortaient plus de leur surface depuis un moment, déjà, et cinq minutes sans respirer, c’est long. Plus globalement, ces dénouements sur le tard, toujours en faveur de la France, obéissent à une certaine logique.

  • Une supériorité physique évidente.

Les Albanais ont fini à genoux, et certains avaient des crampes dès l’heure de jeu. Les Roumains n’avaient pas trop fléchi, mais contre la Suisse, trois jours après, ils ont explosé à la mi-temps et tenu le score comme ils ont pu. Physiquement l’équipe de France semble avoir la caisse pour rouler sur tout le monde. Pas étonnant qu’elle profite de la fatigue des dernières minutes pour marquer.

  • Un supplément d’âme certain

C’est sûrement le fait de jouer à domicile et d’avoir l’histoire avec eux, celle qui dit que la France qui organise gagne toujours à la fin, mais ces Bleus dégagent un truc en plus dans l’envie qui les aide à basculer du bon côté. Giroud : « Je pense qu’on a cette volonté commune de se transcender. De donner encore plus devant notre public, devant la France entière ». Kanté : « On sait si on se sent bien dans le match, si on a des occasions ou pas. On savait qu’on pouvait marquer même on n’y arrivait pas. Dans ces cas-là, on y croit jusqu’au bout ».

  • Un banc de touche

Coman et Martial contre la Roumanie, Pogba, Griezmann, et Gignac face à l’Albanie, Deschamps peut compter sur un potentiel offensif sans doute unique dans cet Euro. Entrée d’un mec presque meilleur que celui a commencé + défenseur crevé en face = possibilité de marquer décuplée. Deschamps résume : « La victoire est venue tardivement. Une fois, ça peut être un hasard mais ça fait plusieurs fois qu’on le fait, toujours avec des joueurs qui entrent et qui amènent un plus ».

Restons avec le sélectionneur, tant qu’on y est. Voilà sa réponse développée sur le fait de gagner tous les matchs à l’arrache. « A force de mettre des coups de boutoir ça a lâché mais tardivement. Mes joueurs sont de vrais compétiteurs. Je l’ai vu pendant la préparation. J’aime ça. Je veux le voir comme ça. Quand les adversaires sont là pour défendre, il faut les user, pousser jusqu’au bout, ça nous sourit ». C’est plus facile à dire après, évidemment, mais ça ressemble à une stratégie plus ou moins assumée. Ce qu’on en retire ? Qu’à défaut d’avoir un fil directeur dans le jeu, les Bleus s’en remettent à un exploit individuel que le talent de ses attaquants rend possible jusqu’au dernier ballon. Après tout, la dernière équipe de France à avoir gagné un Euro aimait bien prendre son temps aussi.